Comédie musicale

Keely Beirne: « La ligne entre le jeu et la réalité est très fine voire floue dans ce spectacle. » [Interview]

Keely Beirne: « La ligne entre le jeu et la réalité est très fine voire floue dans ce spectacle. » [Interview]

14 octobre 2017 | PAR Donia Ismail

West Side Story revient sur les planches à Paris, et la comédie musicale a choisi la Seine Musicale pour quatre semaines de représentations haut en couleurs! L’un des personnages qui concentrent tous les regards sur scène est la fougueuse Anita. Du haut de ses 26 ans, Keely Beirne interprète un des rôles les plus iconiques de Broadway. TouteLaCulture a pu rencontrer la jeune artiste.

Donia: Que représente Anita pour vous?
Keely Beirne: Jouer Anita a toujours été le rêve de ma vie, donc c’est vraiment un honneur pour moi de pouvoir devenir ce personnage sur scène. La première fois que j’ai fait la connaissance de ce personnage c’est lorsque j’ai vu ma soeur l’interpréter au lycée. Depuis, j’ai regardé toutes les versions de West Side Story et plus particulièrement les actrices qui ont incarné Anita. Je suis vraiment fière de pouvoir être l’une d’entre elles.

D: Comment entrez-vous dans le rôle?
K: Lorsque nous avons commencé les répétitions, il y a de cela un an, je pense que j’étais moins investie qu’aujourd’hui parce que pour devenir Anita je devais vivre des choses, des expériences bien précises. Mais à l’heure d’aujourd’hui, je me sens profondément connectée à ce personnage. C’est comme-ci j’étais complètement en osmose avec elle. La transformation s’est faite petit à petit je pense. Le rôle me demande énormément, et est d’une puissance inimaginable. Je dois me souvenir que le public attend beaucoup de ce rôle parce qu’il est si célèbre. Donc j’essaye d’avoir le plus d’énergie possible et de connection avec ce personnage.

D: Quelle est votre chanson préférée dans West Side Story?
K: America! Facile [rires]. Tout au long de l’intrigue, Anita est plongée dans un périple dramatique, sombre. America est son unique célébration. La célébration et la fierté de qui Anita est. Et il est vrai que généralement à la fin du numéro, on reçoit énormément d’applaudissement, c’est assez satisfaisant. Puis, il y a aussi le fait que se soit six femmes sur scène, et les danseuses qui m’accompagnent sont extraordinaires. Comme je vous l’ai dit, j’ai toujours eu envie de camper Anita, donc même quand je suis épuisée physiquement, j’essaye d’oublier parce que c’est une réelle chance!

D: Le message politique affirmé par la comédie musicale est toujours d’actualité aux États-Unis avec le mouvement d’extrême droite (alt-right) ou encore avec la présidence de Trump. Quel est votre sentiment face à cette histoire si vieille mais qui reste tout de même autant d’actualité?
K: C’est juste fou. Cette comédie musicale a été écrite en 1957, soit il y a 60 ans. La plupart des comédies musicales ont des histoires qui ne perdurent pas dans le temps. Avec West Side Story, c’est totalement différent. Le message et les thèmes de cette comédie musicale restent toujours d’actualité et résonnent énormément dans notre monde. J’espère que le public comprendra cela, que c’est un message qui montre que la haine et la violence ne gagne pas, que l’amour vainc tout, tout aussi cliché que cela peut paraître. Il y a tellement de racisme, d’intolérance alors que les États-Unis ont été créé par les immigrés. J’espère que ce show, ces performances live, montreront l’exactitude de ce qu’ils s’est passé historiquement, et ce qui est en train de se passer. J’espère que les personnes qui ne comprennent pas cela, sortent de la salle en pensant à ce qu’ils ont vu. On espère tous que cela change.

Donia: Quel est le sentiment que vous éprouvez de jouer Anita en sachant tout ce qui se passe aux États-Unis?
K: J’ai eu tellement de moments de doute et d’effroi. Cela fait un an que nous avons commencé l’aventure West Side Story, c’est assez fou parce que nous sommes assez déconnectés. On est dans une sorte de bulle, toujours à voyager autour du monde. Mais bien évidemment que je suis de très près ce qu’il se passe aux États-Unis et dans le monde. Certains jours sont plus compliqués que d’autres. Je me rappelle très spécifiquement de Charleston, et ce que je joue sur scène, le viol mais la discrimination dont Anita est la victime à cause de sa couleur de peau, me ramène à ma propre condition de femme de couleur aux États-Unis. C’est difficile, c’est certain. La ligne entre le jeu et la réalité est très fine voire floue dans ce spectacle.

D: Mais en même temps, c’est une source pour incarner Anita!
K: Absolument! En tant que femme Anita est si forte et elle s’oppose à son homme, alors que West Side Story date des années 50, où le statut de la femme était très différent de celui d’aujourd’hui. C’est un rôle inspirant qui me donne de la force.

visuels : West Side Story web site

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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