Comédie musicale

Guitry, en vaudevilles et chansons à Genève

Guitry, en vaudevilles et chansons à Genève

03 décembre 2017 | PAR Gilles Charlassier

On connaît la verve de Sacha Guitry, et sa vie sentimentale parfois agitée. C’est à l’homme du monde et de théâtre que rendent hommage Raphaëlle Farman et Jacques Gay dans un spectacle musical, Si Guitry m’était chanté, qui inaugure leur nouveau projet artistique et pédagogique, le Pont des Arts.

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C’est dans le petit Théâtre des Salons, salle intimiste du milieu du dix-neuvième siècle nichée dans un discret immeuble à deux pas de la place De Neuve, et de son Grand-Théâtre en travaux – lequel a déménagé temporairement à l’éphémère Opéra des Nations –, que, pour leur nouveau spectacle, Si Guitry m’était chanté, donnent rendez-vous Raphaëlle Farman et Jacques Gay, avec leur compagnie, la Comédie Lyrique Romande. Attentifs à la nouvelle génération, les deux comparses ont conçu depuis plus d’une décennie des spectacles mêlant le répertoire lyrique à l’humour – de Voilà la Vie Parisienne à La diva et le toréador – pour offrir un tremplin à de jeunes artistes à l’aube de leur carrière. Dans le cadre de leur nouveau projet pédagogique Le Pont des Arts, ils ont réuni six étudiants en fin de cursus aux Hautes Ecoles de Musique de Genève et Lausanne dans une petite formation orchestrale, sous la baguette de Lucie Leguay, pour accompagner leur vaudeville, chamailleries des domestiques comprises.
Inspiré par le personnage et la vie de Guitry, l’intrigue relate les péripéties d’un couple d’artistes, Henri, un célèbre dramaturge, et Yvonne, une brillante comédienne, un peu volage : on reconnaît dans cette dernière les frasques d’Yvonne Printemps, tandis que l’écrivain mêle sans doute le visage de Sacha Guitry à celui de Pierre Fresnay, sans oublier le titre qui parodie le film Si Versailles m’était conté. Invité par Henri qui veut le mettre à l’affiche de sa prochaine pièce, Esteban Ramirez, auquel ne résistera pas l’épouse incorrigible – et réciproquement – arrive aux bras d’une jeune et jolie créature, Paulette, laquelle se révélera être la fille d’Henri. La valse des sentiments finira par rabibocher les époux, retrouvant la profondeur des affinités affectives et intellectuelles, par-delà l’inconstance des corps, en une sagesse que n’aurait pas reniée l’auteur du Roman d’un tricheur.
Les répliques s’enchaînent, plus d’une fois coquines et polissonnes dans leurs calembours et bons mots, moussant comme le champagne, accompagnées par des pages, aussi pétillantes, d’opérette française, d’Offenbach à Messager, sans oublier des accents jazzy, distillant quelques vérités morales sous une apparence de légèreté très entre-deux-guerres.
Emmené par le métier irrésistible de Raphaëlle Farman, Yvonne coquette et libre, et Jacques Gay, mari transit et désabusé qui tente de prendre sa revanche, la petite troupe respire une complicité évidente. Clémentine Bourgoin incarne une Ciboulette fraîche, idéalement oie blanche, aux côtés des effets d’exotisme du Ramirez campé par Juan Carlos Echeverry. Prétextant une origine flamande, la Gracieuse d’Anneke Sleven s’amuse à maltraiter les expressions françaises, tenant tête au Nestor cabotin incarné par Fabrice Coccitto, également au piano, pour débiter un savoureux titre de Boris Vian, « Je suis snob ». Sans chercher une insolence de gosiers qui sonnerait déplacée dans un tel écrin intimiste, ce spectacle d’une heure et demie, assure un plaisante bouffée de sourires, que l’on pourra goûter également à Annecy juste avant Noël et le ski.

Si Guitry m’était conté, Genève, du 29 novembre au 3 décembre, également à Annecy les 19 et 20 décembre 2017

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