World

Live report : Susheela Raman et son « gamelan brass band » aux Bouffes du Nord

Live report : Susheela Raman et son « gamelan brass band » aux Bouffes du Nord

24 octobre 2018 | PAR La Rédaction

Sans que vous ayez à bouger de votre siège, Susheela Raman vous emmène dans son monde. Et quel monde ! Le concert de la jeune londonienne d’origine tamoule qui s’est joué aux Bouffes du Nord à Paris (Métro Chapelle), ouvrait le Worldstock Festival ; un festival de world music qui se tient à Paris du 22 au 28 octobre.

Par Irving Magi

Subtile détournement du festival de Woodstock avec un visuel un brin psychédélique et évoquant des couvertures de disques qu’aurait pu affectionner Albert Ayler ou Soft Machine. Le festival se donne ainsi des allures à la fois « pop » et « free jazz » : « Let’s go back to the sixties ! ». Celui-ci donne ainsi le ton pour rendre la world music encore plus fédératrice qu’elle ne l’est déjà, en mettant en avant une de ses meilleures ambassadrices. Car la musique de Susheela Raman – qui cette fois dresse un pont entre la pop occidentale et le gamelan – est universel. Pour ceux qui ne connaissent pas le gamelan, il s’agit un orchestre indonésien constitué principalement d’instruments à percussion comme les gongs, les cymbales ou les tambours.

Intense dans sa prestation, libre dans ses arrangements et métaphysique dans sa musicalité, Susheela Raman a été à l’image que le festival a voulu donner : « pop » et « free jazz ». Le tout mue par les inspirations de la musique extrême orientale. Une inspiration que ces deux courants, aussi bien la pop que le jazz des années 1960, n’ont jamais reniée. Si le festival veut nous rappeler les sixties, la chanteuse, elle, nous emmène quelque part entre l’Angleterre et l’Indonésie. Quelque part entre le ciel et la terre, aussi. Les accords mystérieux et évanescent se mariaient avec des accords majeurs ronds et chaleureux. Curieux mélanges. Incroyables harmonies.

La scénographie, lorsqu’on est habitué aux scènes musicales occidentales, a de quoi surprendre. On est comme un touriste à Java pénétrant dans un temple bouddhiste. Accompagnée des arpèges mystiques de Sam Mills, Sussheela Raman enjoint le public à venir auprès d’elle, sur le parterre vide de sièges. Sans doute était-ce le meilleur endroit pour mieux se laisser porter dans les songes javanais de la chanteuse. En plus de Sam Mills à la guitare, nous avions également Smith Dudley à la basse, Lucie Antunes, Pirashanna aux percussions ainsi que quatre joueurs de gamelan. Tous ont constitué cet orchestre atypique, éclectique et puissant.

Pendant près d’une heure et demi, Susheela Raman et son ensemble ont joué le répertoire de son dernier disque : Ghost Gamelan. L’ensemble musical nous plonge dans les songes et la méditation. Chaque morceau était comme hanté, habité d’un esprit. Un esprit dont le rôle est de nous envouter et nous hypnotiser. Il est aussi là pour délivrer « son » message. Les textes nous évoquent les souvenirs, le temps qui passe et on passe par une quantité d’émotions déconcertante. Tout y passe. L’extase précède, la sérénité. La sérénité précède la colère. Une tinte de mélancholie peut toujours venir s’immiscer çà et là. Le morceau « Tenpa Nama » est là pour nous envoyer un peu de « feel good » et nous donner envie de danser. « Beautiful Moon » résonne de son côté comme une incantation divine. Quand « Going Down » nous transporte dans un univers totalement onirique, « Sphinx » nous balade entre calme brumeux et colère incandescente. Rare sont les morceaux uniformes, on va de crescendo en decrescendo. Dans sa gestuelle, Sucheela Raman paraît possédée, à moins que ce ne fusse nous, spectateur, qui l’étions… Le concert est un véritable voyage émotionnel. On est comme emmené dans un pèlerinage. Un pèlerinage qui fait penser à celui de Honda, le personnage principal du Temple de l’Aube, le roman de Yukio Mishima. Et comme dans le roman de Mishima, on est invité à réfléchir sur la vie, l’âme, la mort et ce qu’il y a après. On est, sans même s’en rendre compte, mené vers une forme de transcendance. A la fin, la chanteuse a décidé de nous ramener sur Terre en interprétant un autre morceau de son disque, plus pop cette fois, « Annabel ». Et pour terminer ce long et palpitant voyage, nous avons eu le droit à la reprise de « Tomorrow Never Knows » ; à l’occasion des cinquante ans de l’album Revolver, le célèbre titre des Beatles a été réarrangé de façon à le rendre plus méditatif et transcendantal. En fin de compte, c’est comme si nous avions vécu le concert au gré de l’humeur des dieux. Il ne nous restait rien d’autre à faire que de contempler et admirer.

Visuel : ©Irving Magi

Ratapoil, ça déménage chez Rouergue
Pierre Lapointe à Pleyel, entre autodérision et hommages artistiques éclectiques
La Rédaction

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *