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« Couscous-Clan » – Rodolphe Burger et Rachid Taha en cuisine

« Couscous-Clan » – Rodolphe Burger et Rachid Taha en cuisine

09 novembre 2016 | PAR Antoine Couder

 Si vous aimez les bon petits plats, il faudra goûter à ceux du Couscous Clan. Aperçu vendredi soir, à la Cité de l’immigration, autour de l’exposition « Vivre ! »  d’Agnès B.

Et à la fin, ils s’embrassent tous … La frêle Agnès blonde sous les bisous impétueux du petit Rachid et les accolades du grand Burger. Avant cela, et à propos de l’origine du nom de ce groupe improbable, Taha parle du village sicilien du père de Frank Zappa où l’on organise chaque année une grande fête du couscous.  Parce que le monde de la culture et celui des pratiques culturelles sont surtout étonnants avant d’être quoi que ce soit d’autre. Parce qu’elles recouvrent mille et une formes, le nom d’un groupe par exemple, le « Couscous clan » n’est-ce pas déjà un beau geste culturel ? N’est-ce pas un nom qui  parle de lui-même et, en ce sens, coche une belle case du parcours du groupe de rock : celui de choisir un chouette nom qui, par dessus le marché, coule de source. Et le couscous est vraiment tip top pour évoquer cette idée d’hybridation positive qui parcourt le mélange des genres et des personnes. Comment le dire de façon simple et audible, et sans choquer personne ;  que l’immigration est toujours une chance pour la France ? Pour commencer, en musique, en mélangeant les styles musicaux, cette profondeur raï qui s’acoquine subtilement à la rigueur boogie et boogie blues qui file en douce vers la musique électronique. Epais mélange qui fait fiesta et où se rajoute encore des couches métisses ; le rock de Casbah repris par Rachid Taha ou le Billie Jean de Rodolphe Burger. L’hybridation est un fusil à répétition… Il n’y a pas un mélange mais des mélanges et une cuisson lente, à feu doux.

Il y aussi des hasards. Émigré d’Algérie, Rachid Taha arrive en France en 1968 avec ses parents, pile à Sainte Marie aux Mines, en Alsace, où vit la famille Burger. Les deux futurs musiciens ne se croisent pas tout de suite mais s’y retrouveront autour du festival  « C’est dans la vallée », en 2013 notamment.  Et ce qui les rapproche encore, en dehors de cette paradoxale géographie, tient dans l’intuition d’une complémentarité musicale et personnelle,  une sorte de verticalité sur l’horizontalité. Quelque chose comme « parce que c’était lui parce que c’était moi »  … Burger cheveux fraîchement coupés, guitare en bandoulière et chemise cintrée… Taha chapeau haut de forme, tee-shirt Motörhead ; quelque chose entre New York Dolls et Slash.  A la basse, Julien Perraudeau qui semble vraiment s’éclater, stimulé qu’il est par la frappe lourde et métronomique de Franck Mantegari et les lancements de Kenzi Bourras au clavier. Dans la marmite qui commence à chauffer, ce sera la mandole d’Hakim Hamadouche qui dira le mieux cette espèce de promiscuité culturelle dans un phrasé orientaliste et quasi-psychédélique, tenu de loin par le reste du Clan, sur le bon vieux temp(o) du rock’n roll.

Dans cette belle salle, haute de plafond,  l’acoustique n’est pas toujours d’une rigoureuse perfection -elle nuit particulièrement au micro de Rachid Taha- elle n’empêchera pas le show d’être à la hauteur d’un public qui a envie d’être ensemble, pour danser et lever le poing, faire le lien avec le reste de l’histoire qui se déroule ici et là, autour de la figure d’Agnès B et de cette Cité  nationale de l’immigration, qui n’est autre que l’ancien Musée des colonies, ce qui en dit beaucoup sur l’accélération de l’histoire, sur la difficulté sans doute à la digérer. Une explication en bonne et due forme de la préparation du couscous s’imposait donc ; Rachid Taha a fini par la déclamer en musique afin que plus personne ne puisse dire qu’il ne savait pas…

Antoine Couder

 Photo : Anne Volery :copyright: EPPPD – Musée national de l’histoire de l’immigration – novembre 2016

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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