Musique
Une Nuit Verte comme on en aimerait tant

Une Nuit Verte comme on en aimerait tant

24 mai 2022 | PAR Pierre Pouj

La soirée Verte est la Nuit à La Maroquinerie est l’occasion de plonger dans le rock psyché, cette mouvance tentaculaire aux milles influences. Hier soir, trois exemples, tous les trois atypiques, différents et géniaux, Chocolat Billy, Frankie and The Witch Fingers et CANNIBALE.

Chocolat Billy est un quartet mixte de Bordeaux. Voilà pour les présentations, ensuite il devient difficile de définir ce qu’est ce groupe. On y retrouve de la pop, du rock psyché, de l’électro, du bruit, du tout et n’importe quoi. En anglais, en français, en approximation, du chant, des paroles, des choses. En fait, Chocolat Billy c’est un mélange génial. 20 ans de carrière, 6 disques, dont le dernier, Le Feu au Lac, sorti il y a un mois, est une pépite. Tout compte fait, voilà comment résumer Chocolat Billy, un joyeux bordel génial.

Un joyeux bordel, c’est bien les premiers mots qui nous viennent après la performance de Chocolat Billy. Le quatuor mixte nous a proposé un set surprenant, et le mot est faible. Jouant, surjouant sans compter, baigné.es par une énergie impressionnante, les membres du groupe ont donné plus ou moins tout ce qu’ils avaient. Intervertissant parfois les places et les instruments, enchaînant sans relâche, avec quelques petites phases d’impro, on se retrouve avec un résultat flamboyant. On retiendra l’état de transe du chanteur principal, menant la barque d’un set à son image, sur une autre planète.

On s’échappe ensuite sur la West Coast étatsunienne deux minutes, pour aller à la rencontre d’un des groupes de garage rock psyché qui monte fort fort fort. Ce quartet mixte propose une overdose d’énergie pure et intense sur chacun de ses morceaux, parfois plutôt pop, parfois plutôt garage, mais toujours avec cette ambiance psyché qui régale. 6 albums en 7 ans, on est sur des standards assez impressionnant. Avec une grosse réputation sur scène, Frankie and the Witch Fingers fait des émules outre atlantique. Hier soir, ils étaient à La Maro, on peut parier sans trop se risquer qu’ils vont bientôt remplir des salles bien plus grandes, vu le talent monstre du groupe.

Exit leur côté pop, dans leurs valises, le quatuor mixte Frankie and the Witch Fingers n’a ramené que les gros riffs, le gros psyché qui tâche, la castagne, quoi. Et ça a castagné pour sûr. Dès les premiers accords, dès les premières notes, aucune seconde de répit. Un claque d’énergie, du début à la fin. Leurs tracks, longs de parfois plus de dix intenses minutes ont fait long feu de la clim qui tournait au ralenti. L’ambiance était étouffante, était éclatante, était démente. Leur chanteur, sosie de John Dwyer, tant par le porté de guitare, des lunettes, ou du style, était dans une furie communicative, épaulé par ses acolytes tout aussi éclatant.es. Un régal de garage rock psyché, un régal de castagne.

Comment ne pas aimer CANNIBALE ? Cette question mérite d’être posée tant le quintet nous offre une musique passionnante dans chacun de leur trois opus. Le dernier, Life Is Dead, datant de novembre dernier, est dans la droite ligne de leur style caractéristique. Alliant rock psyché et sonorités tropicales, le quartet nous propose une musique douce, heureuse, dansante, enivrante, voir même parfois hypnotique. Les premières notes de n’importe quel morceau nous dessinent un sourire béat, et on se laisse porter par une musique écrite à la perfection, des arrangements et des sonorités folles, des harmonies prenantes, en bref, on ne tarit pas d’éloges devant l’un des fers de lance du génial label Born Bad Records. A écouter en boucle et en boucle, encore et encore.

Et voilà, ce qui devait arriver arriva. Pour terminer en beauté une soirée magistrale, le quintet CANNIBALE se présente sur scène. Et, là encore, dès les premières notes, la clim est à la ramasse. Des vagues de douceur, de bonheur vont se déverser sans jamais tarir, transformant La Maroquinerie en une piste de danse géante. Parce que c’est là où Cannibale est un groupe génial, c’est qu’on ne vient pas les voir pour la castagne, mais pour danser, se laisser porter par leur guitar music aux saveurs caribéennes, brésiliennes, tropicales. Usant donc de diverses percussions, de synthés colorés, de rythmiques dansantes, Cannibale nous a offert un spectacle époustouflant, encore plus impressionnant que lors de notre précédente rencontre au Petit Bain. Malgré les quelques 120 degrés chaleur tournante dans la salle, on ne doute pas que personne dans le public n’aurait fait la fine bouche sur un set deux ou trois fois plus long tant le concert était un régal.

Trois groupes dans les plus pointus de leur style, tout cela réunit un même soir pour un concert dont on ne tarira pas d’éloges, cette Verte est la Nuit #5 était exceptionnelle à n’en pas douter. Vivement la prochaine !

Crédit photo : Affiche de Verte est la Nuit #5

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Pierre Pouj

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