Classique
Un violon sur le sable : fête populaire de la musique classique taille XXL

Un violon sur le sable : fête populaire de la musique classique taille XXL

26 juillet 2019 | PAR Victoria Okada

Le festival Un violon sur le sable à Royan est probablement l’une des manifestations de la musique classique les plus « populaires » au monde. Depuis une trentaine d’années, le nombre de spectateurs ne cesse d’augmenter. Cette année, le concert du 23 juillet sur la plage de Royan a mobilisé 54 000 personnes.

Nemanja Radulovic et Yan Cassar © Xavier Renaudin

Une large scène montée avec la mer Atlantique derrière, les jeux de lumières dignes de concerts du pop, du rock ou des variétés, un mélange de style et de genre musicaux avec essentiellement des extraits d’œuvres connues et méconnues agrémentées de medley, des talks du chef d’orchestre entre les deux pièces, la sonorisation largement satisfaisante… Tout cela incite les gens à venir écouter de la musique classique dont ils n’osent peut-être pas acheter des billets de concerts si ceux-ci ont lieu dans une salle dédiée. L’ambiance est festive et les gens de tout âge, de 9 mois à 99 ans, se pressent pour réserver une meilleure place et pour passer une soirée d’été entre amis, en famille ou en amoureux, allongés sur des transats, assis sur les bâches étalées sur les sables avec leurs pique-niques.

Ce soir, l’accueil réservé pour les quatre solistes — l’organiste Thierry Escaich, le violoncelliste Christian-Pierre La Marca, le violoniste Nemanja Radulovic et le ténor Kévin Amiel — était véritablement chaleureux. En ouverture du concert, Escaich joue en duplexe, Perché sur la tribune de l’orgue de l’église Notre-Dame, à quelques centaines de mètres de là, en compagnie de l’orchestre placé quant à lui sur la scène de la plage et dirigé par Jérôme Pillement. À chacune de ses trois apparitions, l’organiste est très applaudi et reçoit des « bravo ! » qu’il n’entendra que lorsqu’il rejoindra la scène, à minuit passé. La coordination technique entre les deux lieux est parfaitement assurée par les régisseurs ainsi que la sonorisation équilibrée par les ingénieurs de son. Quel beau travail pour ces gens œuvrant dans les « coulisses » à qui doit la qualité sonore de ce concert géant. D’ailleurs, Christian-Pierre La Marca était encore émerveillé après le concert pour leur professionnalisme car le retour du son pour l’interprète était plus que correct à tel point qu’il s’exclame : « c’était plus agréable de jouer sur cette scène que dans une salle moyenne ! » Namanja Radulovic bénéficie d’une popularité toute particulière auprès du public du Festival. Présent depuis une dizaine d’années, on l’y connaît plus que n’importe où, et dès qu’il monte sur la scène, la joie est manifeste dans l’assemblée. Il joue le dernier mouvement du Concerto de Khatchatourian et dans un medley sur le thème de voyage en Italie (Nino Rota, Ennio Moricone, « Con te partiro »…) arrangé et dirigé par Yvan Cassar : grande virtuosité et « easy listening » dans la même soirée. Après avoir chanté dans le même medley, Kévin Amiel revient vers la fin du concert pour « Ah ! Lève-toi, soleil » (Roméo et Juliette de Gounod). Plus que les instrumentistes, le chanteur devait affronter le vent qui était fort ce soir-là, mais son envolée vocale plaît et il est lui aussi copieusement applaudit. Certains spectateurs se mettant spontanément debout. Chacun réagit selon sa propre appréciation, sans qu’il suive ses voisins pour savoir quand et comment applaudir (attitude fréquente des néophytes dans les salles de concerts) ! Et pendant plus de deux heures de concert, le public demeure silencieux et attentif aux prestations des artistes et ne bouge pas…

Christian-Pierre La Marca © Xavier Renaudin

 

Des mauvaises langues diront que le programme n’est pas assez « classique » et n’est qu’un pot-pourri des morceaux divers, mais ce type de concert n’est absolument pas nouveau. En effet, au 19e siècle, les concerts Colonne, Pasdeloup ou Lamoureux et autres sociétés de concerts ont procédé de la même manière. Parmi les pièces interprétées dans ce concert, rares sont ceux qui ont déjà entendu Cyprès et Laurier de Saint-Saëns, même parmi les mélomanes. Les commentaires du chef, didactiques et accessibles dans un langage courant, contribuent à casser l’image guindée de la musique classique qui persiste encore chez de nombreuses personnes. Alors, oui, des concerts populaires comme en offre Un Violon sur le sable depuis plus de trente ans et comme il en offrira encore dans les années à venir, sont certainement utiles et nécessaires (ô combien !) pour la vulgarisation du classique et la formation des publics de demain.

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Victoria Okada

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