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Sôra, chimère merveilleuse du RNB

Sôra, chimère merveilleuse du RNB

03 février 2021 | PAR Clara Bismuth

Sorti ce 15 Janvier dernier, Long Life to Phil est le premier opus percutant que nous propose la jeune française.

Personnage hybride et mystérieux, c’est dans un voyage musical et solaire que nous embarque l’artiste. Entre influences jazz fusion (Lifestorm) et RnB (Drifting) en passant par la soul (Pulling) et la funk (Finding Myself Again), difficile de trouver à redire sur ce premier album. Une œuvre réfléchie, qui suscite tout un tas d’émotions sans jamais vous lasser, avant de s’achever sur l’explosif Sakura, conclusion qui ne donne qu’une envie : relancer l’album.

C’est donc après avoir développé une addiction terrible à ses chansons que nous avons décidé d’en savoir plus sur Sôra, dans une interview à son image : passionnée, chaleureuse et harmonieuse.

CB : Long life to Phil est un premier album très abouti, hybride de nombreuses influences mais aussi dans sa construction. Il y a aussi ce jeu de mots avec « Phil ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Sôra : Oui effectivement, j’aime bien utiliser des jeux de mots de temps en temps, comme je l’ai fait pour le premier EP. Philippe est le prénom de mon père qui est décédé quand mon frère et moi étions plus jeunes. Je me suis lancée dans ce projet d’album moins d’un an après la création de mon identité « Sôra », et ce titre et son homonyme me sont venus comme une apparition.  J’avais envie de rendre hommage à mon père comme à la vie. J’ai toujours eu l’impression qu’on avait plusieurs vies à l’intérieur d’une même. Ce sont ces deux grands axes qui m’ont guidée pour la création de mon premier album.
 
Il y a une certaine évolution dans votre album, comme un voyage au travers des époques ou des genres musicaux. C’est un choix ? 

S. : Effectivement, je voulais faire un premier album qui me ressemblait et éviter d’être trop linéaire dans mon style puisque je suis quelqu’un qui est imprégné de beaucoup styles et d’époques! C’était compliqué à défendre car on a tendance a vouloir catégoriser tout ce qu’on voit dans la société dans laquelle on vit. Mais je suis contente d’avoir pu proposer une palette de couleurs variées.

Il y a un côté très Hiatus Kaiyote, Jamiroquai, Björk ou encore OutKast sur « Tripping » ou Janelle Monáe sur « Sakura », est-ce que se sont des artistes que vous écoutez, qui vous influencent ? 
 
S. : Haha! Très bien vu! Oui Hiatus j’ai découvert ça grâce à des amis d’école de musique. J’en ai pas mal chanté aussi! Et évidemment pour le reste ce sont des artistes qui ont marqué mon enfance et mon éducation musicale! Jamiroquai est un surhomme dans sa catégorie d’artiste! J’ai toujours admiré Björk pour son originalité, son excentricité et son travail du son. OutKast c’est vraiment un groupe que j’ai adoré, je suis une fan de la voix d’André3000 (« Prototype » est un véritable bijou). Et merci pour la comparaison avec Janelle Monàe, j’aime beaucoup sa musique aussi et c’est une femme à multiples facettes et talents! 
 

Si vous deviez définir en quelques mots cet album ? 
 
S. : Cet album est une invitation à la réflexion, à l’amour, à la joie et un hymne à la vie.

 
Dans vos vidéos, vous arborez des styles vestimentaires très éclectiques et des coupes de cheveux toujours stylisées, quel est votre rapport à la mode ? A votre image ? 
 
S. : J’ai toujours aimé la mode et surtout la possibilité d’exposer sa personnalité à travers le vêtement. Je trouve que la mode est une passerelle entre soi et les autres. C’est aussi un moyen de se voir comme on a envie de se voir. La mode c’est du partage en fait! J’aime bien dire que c’est « l’extension de soi au profit du regard des autres ». 
 
Si vous deviez imaginer un personnage qui représente votre musique, ça donnerait quoi ? 
 
S. : Ca donnerait une créature très hybride, douce mais puissante, mystique mais pragmatique, mélancolique mais joyeuse, réfléchie mais spontanée, simple mais profonde et enfin réconfortante et colorée! 
 
Etes-vous quelqu’un d’aussi hybride que votre album ? 
 
S. : Je pense être quelqu’un d’hybride oui… Déjà je suis issue d’une famille multiculturelle et morcelée. Puis, ma mère nous a toujours dit, à mon frère et moi, que dans ce monde, c’était très important de pouvoir être adaptable! J’ai donc grandi avec l’idée qu’il fallait être un caméléon. Et enfin, je pense être quelqu’un à multiples facettes, comme mon album!
 
Vous êtes plutôt scène ou studio ? 
 
S. : J’adore les deux. Mais c’est vrai que la scène commence à sérieusement me manquer. L’adrénaline et les sensations du live sont assez addictives. L’énergie envoyée et reçue sont tellement puissantes… Ah…
 
La chanson que vous auriez aimé chanter ?
 
S. : J’aurais aimé être capable de chanter « Loving you » de Minnie Ripperton mais impossible de toucher ces 3 notes légendaires….
 
 
Qu’est ce qui vous a donné envie d’être 100% indépendante ? 

S.Plusieurs choses je pense… Déjà mon éducation. J’ai grandi dans une famille où les femmes sont puissantes et indépendantes, j’ai eu de beaux exemples : ma mère, ma grand-mère. Puis le fait de vivre dans une société où l’indépendance de la femme est loin d’être une évidence pour tous! Et enfin le fait d’avoir toujours été vue comme « la chanteuse ». C’est une étiquette qu’on aime bien coller aux femmes chanteuses dans le milieu musical, et à cause de ça, notre avis est très souvent considéré comme moins important. Je me suis souvent sentie peu écoutée et ça a nourri mon envie de créer moi-même et d’être indépendante dans mon travail.

Vous faites partie du collectif féminin parisien @Sulfureuse3000, pouvez-vous nous en dire plus ? 
 
S. : Ce collectif c’est justement pour ça qu’il a été créé! Pour mettre à l’honneur la femme dans le milieu musical et mettre en valeur ces autres talents. C’est un collectif de femmes, chanteuses, auteures, compositrices et qui produisent de la musique pour certaines. Au-delà des qualités musicales, on met aussi à profit tout notre savoir-faire et nos compétences pour faire avancer le collectif. Actuellement, on essaie de se préparer à la suite. On verra quand les événements pourront reprendre mais on a hâte de pouvoir partager ça!
 
Votre point positif du confinement et de cette année 2020 ? 
 
S. : Le gros point positif c’est que j’ai quand même pu terminer mon album! Et surtout, au début du confinement j’ai produit un titre qui nécessitait à mon sens un flow de rappeur, « Pulling », et le fait qu’on était confinés m’a obligé à réfléchir au procédé… J’ai pensé à un rappeur dont j’ai écouté l’album pendant toute l’année 2019! Je trouvais que le titre lui irait comme un gant et j’espérais tellement qu’il me réponde, même si la réponse était négative. J’ai donc pris mon courage à deux mains, lui envoie un message privé sur Insta et hop! Il me répond 3 jours après : « This is dope, I’m down! » Voilà que j’entreprends une collaboration à distance avec un rappeur de L.A. que j’adore! Complètement improbable! Mais c’est grâce au confinement! 
 
Votre cover montre la présence de nature et autres éléments bruts, est-ce important pour vous ? Vous sentez-vous concernée par l’environnement ? 
 
S. : Tout à fait. C’est hyper important pour moi. J’ai toujours adoré la nature. Sans elle, on est rien. Je me sens concernée par l’environnement et je pense que c’est important qu’on le soit tous. La Terre c’est notre planète, je trouve ça affligeant qu’on fasse si peu pour la protéger. Quand on voit à quel point les océans sont si peu contrôlés… Bref! Je ne vais pas m’étaler sur ces sujets mais au-delà de la politique c’est plus de survie dont il est réellement question. 
 
 
L’artiste qui vous inspire en ce moment ? 
S. : Lianne La Havas. Je l’adore. C’est un véritable soleil.
 
Vos projets pour 2021 ?
S. : Déjà sur un projet d’EP. Et grosse préparation du Live, pour reprendre en beauté!
 
Un dernier truc que vous souhaiteriez partager avec nous ?
 
S. : Oui! Je tiens juste à dire que je sais que la période est très complexe, mais profitez-en pour être proche de vous-mêmes, vous êtes beaux, forts et capables de beaucoup! Alors aimez-vous et remplissez vos cœurs de belles choses! Bisous et plein d’amour de ma part!
 

Visuels :©ThomasBraut

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Clara Bismuth
Rédactrice pour le magazine Toute La Culture depuis mars 2018, principalement dans les rubriques Musique et Cinéma.

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