Musique
Sonia Wieder-Atherton et Laurent Cabasso, funambules sur la portée de la transmission

Sonia Wieder-Atherton et Laurent Cabasso, funambules sur la portée de la transmission

16 juin 2011 | PAR Bérénice Clerc

Yad Layeled transmet avec ouverture et dévouement, l’histoire des enfants juifs pendant la Shoah afin de donner aux plus jeunes des envies de solidarité, de révolte saine, de respect et de démocratie. Pour participer à l’œuvre de mémoire, l’extraordinaire violoncelliste Sonia Wieder-Atherton et le pianiste Laurent Cabasso ont offert ce soir, 14 juin 2011, au théâtre du Ranelagh un concert envoutant et chargé d’émotions pures.

La salle est pleine, le soutien à l’association Yad Layeled est unanime, l’ambiance est détendue, simple comme un partage. La lumière se fait douce, un piano à queue ouvert pour une main droite du pianiste côté public, un tabouret, un pupitre, un voyage à venir.

Sonia Wieder-Atherton et Laurent Cabasso entrent en scène, sans emphase avec la classe des artistes, l’élégance des humbles. Un temps, rien ne bouge, la voix de Sonia Weider-Atherton interprète une « Prière » et crée un espace à la mesure de son temps.

Tout est réuni pour livrer la musique, le violoncelle seul, musique verticale, puis le piano le rejoint à l’horizontale pour le début d’une osmose divine. Vient le temps du « Psaume » et de la félicité « Nigun ». Les notes soupirs, respirent, un geste de la main, la brisure du poignet, tout va bien, la musique nous rassure, nous porte, tout va bien, le rythme danse, le piano virevolte, la musique nous pose des questions tout bas. « Qu’est-ce qu’être juif ? » Trop de temps et d’errances métaphysiques ou humoristiques pour y répondre, nous voici déjà chez Johannes Brahms Sonate opus 38 en mi mineur.

Intimité palpable, violence résonnante, sculpture des notes, phrasé insoupçonnable, fusion des cordes griffées, caressées par les doigts, l’archet et des cordes tapées par les marteaux du piano sur une ligne tendue entre les notes harmonieuses.

L’enthousiasme est tel que certains spectateurs applaudissent de joie, mais au mauvais moment, rabroués rapidement par des voisins en pleine concentration méditative.

L’entracte arrive, pourquoi redescendre, surtout rester en lévitation, ne pas écouter les discussions futiles, attendre la reprise du fil de la mémoire de la musique.

Dimitri Chostakovitch Sonate Opus 40 en ré mineur, ouvre le bal de la seconde partie. Finesse, équilibre, fulgurance des instruments, violoncelle vibrant sur lit de piano harmonieux.

Une surface en éternel mouvement, le violoncelle donne de la voix, creuse le temps, arrache les silences, étire les notes sur une vague de piano perpétuelle.

Béla Bartok, et ses « Six danses Roumaines » casse le poignet, chante avec joie, coule avec malice, passion et le temps s’écoule sans limite au sein d’un univers commun.

Morceaux d’Histoire, poétique des notes, rondeur du son, vibrato gorgé de couleurs, la matière sonore coule dans les veines des deux musiciens en harmonie parfaite dans une respiration commune quasi inimaginable.

Liens, hasards, accidents, chuter, se relever, vivre, survivre, revivre, donner la vie, réapprendre à vivre, chanter, prier susurrer, offrir sa sensualité, se donner et découvrir son propre bonheur voilà ce que Sonia Wieder-Atherton et Laurent Cabasso nous ont offert ce soir. Les oreilles voient, les yeux entendent, l’engagement corporel des musiciens est tel qu’il en devient spirituel. Le public se lève, applaudit, rappelle et appelle les artistes dans une osmose sincère.

Nous portons tous en nous un enfant juif de la Shoah aussi caché soit-il dans l’escalier de notre musique intérieure, son rire, ses chants doivent résonner en nous pour que plus jamais un enfant, un Homme ne puissent un jour être victime de la bêtise, du rejet, de l’innommable.

En cette époque où certains voudraient se jouer de l’identité nationale où les amoureux du même sexe ne peuvent pas graver leurs noms au bas d’un parchemin, ne laissons pas l’ombre cacher l’histoire, donnons envie à nos enfants aussi jeune soient-ils de connaître le passé pour tisser un présent solide, gage d’une liberté future pour tous. Aimons la musique, soutenons Yad Layeled.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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