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Questions à Jean-Michel Verneiges, directeur artistique du Festival à l’abbaye Saint-Michel en Thiérache

Questions à Jean-Michel Verneiges, directeur artistique du Festival à l’abbaye Saint-Michel en Thiérache

18 juin 2021 | PAR Victoria Okada

Le Festival de Saint-Michel en Thiérache dans l’Aisne se déroule cette année jusqu’au 4 juillet. Situé au nord-est de l’Aisne, l’abbaye fut construite au Xe siècle, sur le site qui était devenu au VIIe siècle un lieu de pèlerinage.

Jean-Michel Verneiges, directeur artistique du Festival répond à nos questions pour cette édition particulière.

Quels sont les points forts de cette édition ?

Nous avons souhaité que cette édition soit spécialement brillante pour marquer le retour du festival, en l’adaptant cependant au contexte. Chaque dimanche est donc un point fort en soi mais on peut insister sur les productions nouvelles que constituent le programme de Magnificat avec Les Meslanges de Thomas Van Essen et l’organiste Nicolas Bucher, ou celui d’ouvertures et de concertos de Fabio Bonizzoni. Il faudrait citer également le programme de Julien Chauvin avec Sandrine Piau et Véronique Gens autour de l’opéra à Paris à la fin de l’Ancien Régime, qui fera l’objet en même temps d’un enregistrement discographique. Enfin, sans préjudice de tous les autres merveilleux moments, la journée confiée aux Arts Florissants pour commémorer La Fontaine.

Cette année, une journée La Fontaine (le 4 juillet) sera un événement. Est-il important pour vous de célébrer le poète ?

Il me semble que c’est important à double titre pour le festival de Saint-Michel en Thiérache. D’une part en raison de sa naissance dans ce même département de l’Aisne, à Château-Thierry, il y a exactement 400 ans, en 1621. Et, d’un point de vue plus esthétique, parce qu’il traverse pratiquement tout le XVIIe siècle français qui nourrit ici tant de programmes, et que son histoire raconte beaucoup des soubresauts politiques et musicaux de l’époque.

@ Abbaye de Saint-Michel

Comment avez-vous organisé cette année, avec les restrictions et les directives qui changeaient fréquemment ?

Nous sommes en effet restés assez longtemps et jusqu’à assez récemment dans l’incertitude de la réalisation totale ou partielle du festival. Les réservations n’ont par exemple été ouvertes que fin avril, avec deux mois de retard sur le planning habituel. Nous avons dû en outre aménager certaines dispositions, en se limitant à deux concerts par dimanche au lieu de trois certains jours et aussi en renonçant aux rencontres si conviviales dans le cloître entre le public et les artistes pour éviter les rassemblements peu encadrés.

Y a-t-il des difficultés ou des facilités spécifiques à la musique baroque (aux ensembles baroques) pour organiser cette édition ?

C’est en effet une question qui se pose peut-être un peu plus que pour d’autres répertoires en raison de la provenance souvent très diversifiée et européenne des effectifs d’un même ensemble. Nous avons essayé de limiter cela cette année, mais c’est presque impossible d’y renoncer totalement.

Pourriez-vous présenter brièvement l’histoire de ce lieu, magnifique mais assez peu connu ?

A proximité de la frontière belge, au nord-est de l’Aisne à 200 km de Paris, c’est une abbaye millénaire qui a connu de nombreuses strates, dont le monument actuel témoigne par le mélange des époques récentes, avec son chœur gothique primitif harmonieusement raccordé à une nef baroque, reconstruite par des moines italiens arrivés dans le sillage des Médicis. L’ensemble est rehaussé par la présence de l’orgue historique exceptionnel de Jean Boizard (1714), qui est une pièce importante du patrimoine français et l’un de ses instruments de cette dimension les plus anciens en état de marche. Son existence est d’ailleurs à l’origine des activités musicales qui ont progressivement suscité l’émergence du festival et sa dévolution au baroque.

Vous êtes organiste. Et en tant que directeur artistique de l’ADAMA (Association pour le Développement des Activités Musicales dans l’Aisne), vous assurez également la direction artistique du Festival de Laon. Quels sont les avantages d’être organiste dans cet exercice ?

Je ne vois pas d’avantage a priori en tant qu’organiste, hormis le plaisir personnel de profiter parfois des beaux instruments du département ! D’être musicien est par contre certainement un atout pour concevoir des programmes et solliciter les artistes qui paraissent les mieux à même de les servir.

Quelques indices pour le festival de Laon ?

Volontiers pour vous livrer même le thème et son titre : « Proust, du côté de la musique » ! Pour marquer le 150e anniversaire de sa naissance et mettre en lumière d’assez nombreuses articulations de ce territoire avec la Recherche du temps perdu. Où l’on y croise la cathédrale de Laon bien sûr mais où l’on apprend aussi, de la bouche d’Odette Swann, que les Guermantes sont… de l’Aisne !

Renseignement et réservation sur le site du festival

Photo © Jean-Michel Verneiges

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