Sortie du deuxième album de Radio Elvis : « J’ai aussi besoin de la scène pour me sentir vivant » (Pierre Guénard)

5 novembre 2018 Par
Jean Emmanuel P.
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Le groupe Radio Elvis, Victoire de la Musique 2017 (catégorie « Album Révélation »), sort son deuxième album le 9 novembre prochain, intitulé « Ces Garçons-là », qui mêle chanson, rock et pop. Rencontre avec le chanteur et leader du groupe, Pierre Guénard. Début de tournée le 15 novembre 2018, à La Maroquinerie (Paris).

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TouteLaCulture : Après un premier opus très bien accueilli, vous sortez votre deuxième album, dont on a coutume de dire que c’est le plus difficile, à savoir se renouveler sans toutefois perdre son public. Comment avez-vous appréhendé les attentes très fortes sur ce deuxième album ?

Pierre Guénard : Paradoxalement, notre premier album nous a donné confiance en nous. On a reçu plusieurs prix, dont les Victoires de la musique. Cela nous a permis d’abandonner plein de timidité qu’on pouvait avoir ou de doutes. Pour le deuxième, on s’est positionné en terme d’envie et on a la chance de ne pas avoir tout eu avec le premier disque.

On a appris à se connaitre avec Colin et Manu sur la première tournée et de mettre des influences en commun. On a commencé à enregistrer en studio avec des envies communes et un langage partagé, ce qui n’était pas forcément le cas auparavant. Cela a été un peu moins « laborieux », un peu moins long et sinueux que pour le premier disque, avec une envie d’assumer pleinement les garçons que nous sommes. Le premier disque était beaucoup dans les impressions, un travail sur le style, sur la forme. Pour ce deuxième album, on avait plus de choses à raconter, plus intime, plus personnel. J’avais envie qu’on me dise « je me retrouve dans ce que tu écris » et de faire une musique plus « décomplexée », de retrouver une urgence adolescente. Cela s’est fait rapidement avec 6 mois d’écriture et 11 jours de studio.

Comment travaillez-vous sur l’écriture de vos chansons ? Ce sont d’abord les textes, puis la musique ?

J’écris habituellement les textes, avec cette fois une première expérience de coécriture, pour cet album, sur la chanson « New York », avec Lescop. Le travail d’écriture évolue. Dans le premier album, j’écrivais dans mes carnets, après je passais à la musique et les deux se rencontraient un peu au hasard. Dans cet album, j’ai apporté beaucoup plus de piano voix, avant c’était la guitare. Cela m’a permis d’être sur un terrain moins balisé et cela a laissé plus de place à la voix. Certaines musiques ont été apportées comme pour « Ces Garçons-là », par Manu, qui est arrivé en toute fin de l’album, au bout de cette nouvelle démarche d’écriture. Je voulais me raconter, raconter des histoires, me livrer. Le morceau « Docturama »  caractérise cette transition entre une écriture très métaphorique et une écriture plus directe, plus simple et personnelle, démarche que je vais continuer à travailler et à approfondir

Vos textes ont pour certains des influences littéraires et musicales fortes ? Vous vous reconnaissez dans quel type d’influence artistique ?

Le premier album était proche d’un artiste comme Dominique A, y compris dans la voix, ce qui est sans doute moins vrai aujourd’hui. On écoute beaucoup de musique anglo-saxonne, et en français c’est plutôt la jeune génération, comme Grand Blanc qu’on adore. Il ne faut pas rester dans son pré-carré, dans ce qu’on sait faire, sinon c’est la mort artistique. Pour ce deuxième album, on a sollicité Patrick Devin, qui travaille avec des artistes du hip hop, Phénix et Lomepal par exemple.

En terme d’influence littéraire, au moment du premier album, je lisais « Le vagabond des étoiles » de Jack London, qui parle d’un homme qui voyage dans plusieurs époques. Cela a pu inspirer le coté plus spirituel de la chanson « Solarium ». Cela correspondait aussi à une période où il se passait beaucoup de choses dans ma vie, signature avec une maison de disque, voyage à Los Angeles… La chanson «  Prière perdue », dans le second album, je l’ai écrite le jour des attentats et de la mort de mon grand père, et ce jour-là je ne croyais pas en grand chose. On peut à la fois être mystique et croire qu’il n’y a rien après la mort, mais je suis persuadé qu’il y a quelque chose qui nous dépasse, qui nous dépasse entre êtres humains.

Pourriez vous évoquer pour terminer votre rapport à la scène ?

Mon rapport à la scène est vital. Je ne suis pas un passionné du studio, et on peut parfois être insatisfait. Par contre à la scène, on peut avoir droit à une seconde chance. C’est un dépassement de soi, et une manière d’exister. J’ai aussi besoin de ça pour me sentir vivant. On est dans l’énergie sur la scène, comme un concert de Noir Désir des années 90.

Photo : couverture de l’album « Ces Garçons-là »