Pop / Rock

[Live report] Okkervil River et leur énergie folk au Nouveau Casino

[Live report] Okkervil River et leur énergie folk au Nouveau Casino

26 novembre 2013 | PAR Celeste Bronzetti

photo225.11.2013. Okkervil River ont laissé deux ans s’écouler avant de reporter sur la scène parisienne leur rock aux accents folk et l’énergie indé de leur jongleur, Will Sheff. En 2011 c’était pour présenter I Am Very Far, un album imprégné de passé mais paraissant marquer une nouvelle ère du groupe. Hier, dans la jolie petite salle du Nouveau Casino, c’était pour nous révéler leur création 2013, The Sylver Gymnasium, un album aux tons décidément plus lumineux, détendus, qui retrouve quelque part la légèreté des débuts.

Il était presque 20 heures quand la musique a commencé. L’atmosphère était intime, la salle n’était pas encore remplie et la voix veloutée de Joseph Léon a ouvert en douceur la soirée. Dans une ambiance cohenienne, qui semblait plonger la salle dans le concert hall de Inside Llewyn Davis, on suivait Will Sheff du regard pendant qu’il faisait sa tournée d’inspection parmi les gens du public : comme s’il voulait se mélanger à son auditoire avant de monter sur le plateau, le chanteur d’Okkervil River se préparait à son concert en se baladant pensif dans la salle.

Les deux premiers titres de The Silver Gymnasium ont suffi pour recréer l’atmosphère live signée Okkervil River. Comme à chaque fois, une énergie poétique chaleureuse et sans un brin d’artifice s’est dégagée du groupe dès qu’ils sont montés sur le plateau. Et la mesure de cette poésie n’est rien que la voix de Will Sheff en personne, une voix rêche, impertinente, épineuse jusqu’à devenir désagréable. Une voix qui peut blesser et qui ne manque jamais de creuser des espaces douloureux où les paroles et les sons semblent se crisper.

Comme chez tous les storytellers de la tradition folk, les paroles de Will Sheff se complètent dans la musique qui les accompagne. Les morceaux s’enchaînent et la recherche d’un temps perdu qui domine les textes de The Silver Gymansium s’étale peu à peu sur un rythme serein, moins tendu que celui de l’album précédent. Les morceaux de cet album quelque peu générationnel semblent de temps à autre évoquer les années dont ils nous parlent et le son assume la touche satinée des années quatre-vingt.

L’atmosphère est toujours on the road chez Okkervil River mais c’est dans le dernier album que cette évocation se développe jusqu’au bout. Et hier, l’énergie d’un voyage sur l’asphalte est montée sur la scène du Nouveau Casino avec Will Sheff et ses compagnes d’aventures, parmi lesquels une jeune musicienne a enrichi le décor underground à l’aide de sa guitare électrique. Une cinquième présence qui ne se joint au groupe qu’en tournée et qui a transformé un morceau comme The valley en véritable poème de pur rock.

photoWalking without Frankie est peut-être le morceau qui résume le mieux l’esprit du nouvel album : en l’écoutant, on a l’impression de voir une voiture qui roule sur l’asphalte des longues routes périphériques américaines, au beau milieu de landes désolées où la ligne de l’horizon semble circulaire.

On ne voit pas le temps passer ; les morceaux vieux et nouveaux s’enchaînent. Pour le jeune Johnny Cash d’Okkervil River, le temps est arrivé aussi de s’approprier le plateau et de nous régaler avec des petits instants de bonheur où la tension poétique de sa voix n’est accompagnée que de sa guitare et de son harmonica.

L’un après l’autre, les morceaux RedGirl in portFor real se sont succédé en résumant le parcours créatif du groupe, en traversant les différents albums dont ils ressortent. L’empathie des musiciens monte sans arrêt, la perfection de leurs performances en découle et achève un spectacle dont le charme lyrique nous a transportés du début à la fin.

Un concert passionnant, comme les histoires qu’Okkervil River nous raconte depuis 2002, lors de la sortie du premier album, quand l’urgence expressive était encore plus forte que l’équilibre musical de leurs créations. Et aujourd’hui, la mesure et l’expérience acquises, on retrouve un groupe au parcours cohérent et passionnant, qui fait de ses concerts des incontestables chefs-d’œuvre.

Visuels : © Celeste Bronzetti

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Celeste Bronzetti

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