Pop / Rock

[LIVE REPORT] BRIGITTE, DOMINIQUE A, JOAN BAEZ, LONDON GRAMMAR, LIONEL RICHIE, FLUME ET DAVID GUETTA aUX VIEILLES CHARRUES

[LIVE REPORT] BRIGITTE, DOMINIQUE A, JOAN BAEZ, LONDON GRAMMAR, LIONEL RICHIE, FLUME ET DAVID GUETTA aUX VIEILLES CHARRUES

20 juillet 2015 | PAR Thibaut Tretout

Les concerts se suivent, mais se ressemblent rarement : mouillés d’abord par intermittence, rincés peu après par une averse torrentielle, les festivaliers les plus résolus auront pu apprécier, ce dimanche encore, la diversité d’une programmation finale à la hauteur de toutes les exigences.

De retour aux Vieilles Charrues, Sylvie et Aurélie, toujours aussi sexy, toujours aussi précises, interprètent avec le brio qui caractérise les Brigitte des compositions à la sensualité entière, et parfaitement maîtrisées, dont les rythmes colorent la scène Glenmor et le coeur d’un public enchaîné par les deux sirènes, exécutant pour finir, avec un plaisir communicatif, le magique et déjà mythique «Battez-vous !». Le son magnétique des Brigitte laisse deviner parfois, venus de la scène Grall, les basses puissantes et percutantes de Krismenn & Alem, label Vieilles Charrues de cette édition 2015, dont la prestation fait espérer que cet autre duo – masculin celui-ci – d’hommes-orchestre accède à la reconnaissance qu’il mérite.

Le vaisseau Kerouac, avec pour capitaine Dominique A, lève les notes et appareille, avec calme et sérénité, pour l’île d’Eléor. Troublé de se voir, attentif aux accords montés des autres scènes, le poète entonne, sans poser jamais, les romances de la beauté – « Rendez-nous la lumière » – et les accords de l’écorchure – « Immortels » – , partageant avec ses musiciens une évidente complicité. Crâne fumant, se livrant à quelques pas d’une transe dansée, Dominique A rapporte la double preuve de son intelligence du rythme et de sa présence au monde, qui sont bien les seules à pouvoir et savoir dire « Le courage des oiseaux ».

Quinze ans après un premier passage aux Vieilles Charrues, passé à la postérité du festival, Joan Baez apparaît enfin. Royale, et douée d’une élégance que seules possèdent les Américaines dépeintes par Henry James, Joan Baez débute, avec l’intemporel et fragile « Farewell Angelina », un concert intimiste, résolument placé sous le signe de la douceur vocale et d’accords en cascade où se mêlent la jeunesse qu’elle a su conserver, la nostalgie qui l’habite et la joie qui la distingue. Une fois tombée l’étole amarrante qui recouvrait ses épaules, se révélant en marinière et unie aussi bien à ses musiciens qu’à la choriste qui parfois l’accompagne – d’aucuns diraient qui lui supplée – , la «Reine de la folk» multiplie les hommages – à Bob Dylan, Janis Joplin, Simon & Garfunkel – et, possède, plus que simplement la classe, la grâce. Avec l’éclat fragile et brillant d’une flamme inextinguible, l’immortelle égérie de Woodstock s’aventure avec bonheur en terre bretonne – « Tri Martolod » – et française, où elle choisit d’abord « L’Auvergnat» de Brassens, puis « Le déserteur » de Boris Vian, non sans nous avoir, presque comme en passant, ramenés à La Nouvelle-Orléans – « The House of rising sun », loin des fureurs assassines d’un Johnny Halliday, et plus près du paradis. «Merci beaucoup».

Sans doute la pluie y est-elle pour beaucoup, mais le commencement du concert de London Grammar, entre orchestration sans but audible et vocalises sans destination apparente, traîne désespérément en longueur. Pourtant salué, et manifestement espéré, le trio britannique ne s’anime que peu à peu, pour le plus grand bonheur de ses fans inconditionnels, mais sans véritablement convaincre. La gratuité de l’art, après tout, ne dispense pas, surtout lorsque l’on s’appelle London Grammar, des règles élémentaires de la composition musicale.

Le reste de la soirée, fort heureusement, suffit à pallier cette déception relative. Tout feu tout Flume, le jeune prodige Harley Streten incendie la scène Kerouac aux rythmes fous et composites d’une électro vive et virevoltante, et sans avoir à rougir aucunement parvient à s’imposer après Lionel Richie en personne, le king incontesté de la soul américaine. Toujours aussi dynamique, et drôle, verre de rosé à la main – pour noyer, sans doute, la pluie carhaisienne – la star offre un concert habité et diaboliquement sensuel, au cours duquel le public, non content de reprendre avec une joie sans mélange les tubes les plus légendaires de Lionel Richie – « Hello », « Say you Say me », « All night long» of course – , salue un retour de Joan Baez et, moment de pure émotion, le mariage inattendu de la soul avec la rigueur envoûtante du chant qu’interprètent les vingt-quatre enfants de la Maîtrise de Bretagne.

Pour conclure cette édition 2015, et sous un ciel redevenu clément, l’icône mondialisée d’Ibiza, «LE» DJ David Guetta réussit le pari de faire des Vieilles Charrues, le temps d’un concert balancé et inspiré, le dance floor géant que tout le monde espérait, à grands coups de laser stroboscopique et par un véritable feu d’artifice. Il n’y a donc plus, comme chaque année donc, à saluer l’engagement et la disponibilité toujours attentive des bénévoles, l’accueil réservé aux handicapés – plus nombreux que l’année dernière, car de mieux en mieux reçus sans doute – et la passion des organisateurs d’un festival qui, labourant son propre champ, est capable, surtout, d’explorer les territoires les plus merveilleux de la musique.

Thibaut Tretout et Gweltaz Le Fur.
Visuels : © DR

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Thibaut Tretout

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