Pop / Rock

Jazz à la Villette : Janelle Monae enflamme le public parisien

Jazz à la Villette : Janelle Monae enflamme le public parisien

06 septembre 2018 | PAR Antoine Couder

Point d’orgue du festival, Janelle Monae est à la fois explicite et magistrale sur les raisons qui la poussent à chanter « Proud and loud ». Sous nos yeux ébahis, la soul music entre dans une magnifique et troublante modernité.

Dirty Computer. Il faut bien comprendre le contexte : la petite Janelle née il y a 33 ans à Kansas City en est peut-être au tout début de sa carrière. Elle le dit elle-même d’ailleurs (it’s the beginning) à un public parisien enthousiaste mais qui n’en saisit pas forcément l’étrange nuance. Comme il a été longuement expliqué ici et là,  Dirty computer , le nouvel album de la belle sorti 5 ans après  Electric lady  est peut-être davantage ce qui aurait dû être son premier disque (et non son quatrième) tant elle y livre l’éclatante équation de son art de la pop.

Estime de soi. Ce disque qui nous éclaire à la fois sur sa relation avec l’actrice et chanteuse Tessa Thomson et son orientation pansexuelle (attirée sexuellement et sentimentalement par garçons et filles) est une suite brillante de déclarations, hooks et punch Line explorant ce fragile cristal de l’estime de soi de l’engagement à être soi, en dépit de l’incompréhension voire de l’agressivité que celui-ci peut générer. L’important comme le dit Janel c’est de s’aimer soi-même, et de parvenir à célébrer la libération que ce self love peut procurer. Et là-dessus, le public réuni sous la grande Halle enchaîne catégoriquement.

Janelle vs Janet. Du coup, la musique noire telle qu’elle est mise en scène ici – mélange de R&b et de pop mâtinée de hip-hop- prend une signification particulièrement explosive. Pour résumer, on pourrait dire que sans le cerveau de Janelle, on n’aurait là rien d’autre que du Janet (Jackson) ce qui serait certes déjà pas mal (« Control », « The velvet rope ») mais trente ans plus tard, si le beat 90’ reste intact (« Make me feel » quasiment le riff du « Kiss » de Prince), les poses suggestives sont beaucoup moins outrées, eu égard à la sexualisation de la société et ici de la politisation de la sexualité. Le mélange de tout ça crée un effet farouchement glamour avec, en prime, ce clin d’œil au look Sun Ra (le chapeau) et un hommage discret à Lauren Hill (les lunettes)…

Transversale. Ainsi dans une version propédeutique de « I got the juice » (feat.Pharell W), Janelle fait successivement monter sur scène deux adorables petites gamines, un grave blanc ; une fille vêtue d’un drapeau LGBT et un vieux modeux blond à longs cheveux qui y vont tous de leur style et de leur booty. Est-ce que l’on a compris ce qu’était devenue entre les mains de Janelle la soul music ? Une fierté de l’être totalement transversale, Benetton politique et jubilatoire. Une Whitney revenue en prince queer pour un « Pynk » qui vous calme sa Solange. Bref, tout est brillant, parfaitement maîtrisé et enchante un univers de l’excellence féminine, à la fois sportif et travailleur, qui a le don de vous planter droit dans le sol et de vous procurer la sensation de tenir vraiment debout. Joie de la différence dans l’indifférence, joie de l’estime de soi. Certes le show est un peu court (environ 1h15) mais enfin on n’a peut-être pas besoin de plus pour comprendre le message.

Photo : © Philharmonie de Paris / Avatam studio

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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