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[Interview] Jacqueline Taieb, Goes Funky Pop Rock « j’aime trop la musique pour me cantonner à un seul registre »

[Interview] Jacqueline Taieb, Goes Funky Pop Rock « j’aime trop la musique pour me cantonner à un seul registre »

16 juin 2015 | PAR Marie Charlotte Mallard

Forte du succès sans cesse renouvelé de l’intemporel 7h du matin, Jacqueline Taieb reprend le micro pour de nouvelles créations. Parce qu’elle n’est pas femme que l’on cloisonne ou que l’on étiquette, elle présente sous le titre Jacqueline Taieb Goes Funky Pop Rock, quatre titres aussi  éclectiques qu’actuels. Quatre chansons indubitablement portées par cette verve libertaire et douce effronterie revendicative qui la caractérise. De passage à Paris, elle évoque avec nous ce nouvel opus, en décrypte l’esprit comme ses inspirations, et revient sur sa carrière de parolière autant que ses rencontres artistiques. 

Le titre 7h du matin a eu par le passé un très gros succès, il revient en force depuis les années 2000 grâce à la publicité, selon vous à quoi tient son intemporalité ? Est-ce dû à la rythmique des années 60, à la thématique abordée, cette nonchalance dans laquelle la jeunesse peut se retrouver ?

Je pense que le thème, la difficulté et la prise tête de se réveiller à 7h du matin, parle à tout le monde et va continuer de parler quoiqu’il arrive. A moins que le monde change et décide que la vie commence à minuit, ce qui m’arrangerait car je ne suis pas du tout opérationnelle le matin ! Je pense aussi que les arrangements de Jean Bouchetti sont vraiment superbes, et très actuels, ce côté rock allié à cette nonchalance plait bien.

Comment le définiriez-vous, est-ce un titre effronté, libertaire, ou lié à l’émancipation ?

Oui cela tient à cela, une sorte de rébellion un peu féminine.

Justement vis-à-vis de cela et de son utilisation dans la publicité, ne pensez-vous pas que le message soit un peu détourné ?

Non, je trouve que ça colle tout à fait. Il a été utilisé pour des produits très différents, en premier lieu par les parfums Lolita Lempika, ce qui est plutôt flatteur, puis étonnamment par les voitures Bentley, ainsi que par Mini Cooper. Dernièrement les 3suisses l’ont reprise pour leur campagne qui est magnifique et qui met la femme en avant. Il y a au moins 6 clips différents, et mon préféré est celui ou les filles censées être à la fac s’ennuient devant le prof qui essaie de faire son cours.

Quand on regarde vos premiers titres, on retrouve l’esprit des chansonniers, de plus on y sent quelque chose de Brassens, d’Aznavour, est-ce un univers dans lequel vous vous sentez proche ?

Quand j’écris une chanson je la visualise, je vois toujours les images qui vont avec, c’est toujours comme cela que je compose. En effet, Aznavour est mon maitre, aussi bien au niveau musical que des paroles, et Brassens, j’en suis entièrement fan. J’adore et admire aussi Yves Montant bien entendu puisque j’ai eu l’honneur de faire un disque avec lui, Jacques Brel évidemment, mais mes références absolues sont Aznavour, Brassens, et Montant.

Musicalement que ce soit dans vos anciens titres ou dans les nouveaux, vous êtes toujours très actuelle, les derniers titres par exemples sont très pop ?

Je ne dirais pas que je suis les tendances musicales, d’ailleurs je n’ai jamais fait de techno par exemple. Je dirais simplement que j’aime trop la musique pour me cantonner à un seul registre. Si j’ai envie de composer un rock, et bien j’y vais. J’écoute tout ce qu’il se passe, mais je zappe aussi très vite. Lorsque j’écoute la radio, ou la télé, je me fais très rapidement mon opinion. Soit l’intro et le premier couplet me plaisent et je reste, soit je passe. Quoiqu’il en soit je reste au courant de ce qu’il se passe, je fais mon choix et j’ajoute ma griffe perso.

De manière générale, dans vos titres, on retrouve toujours une grande mixité, vous ne faites jamais une chanson entièrement rock, ou pop, on va toujours y retrouver d’autres références, des apartés jazz ?

Absolument, mais c’est sans doute dû au fait que ma maman préférait me bercer de chansons plutôt que me lire des histoires, et dont le répertoire allait de la musique orientale, à Ella Fitzgerald, en passant par Aznavour. Et puis je suis née en Tunisie, j’y retourne souvent et là-bas ils aiment justement varier les plaisirs. Dans un restaurant vous pouvez entendre à la suite tous les genres. J’ai découvert énormément de titre la bas, comme Unbreak my heart.

J’aimerais revenir sur le travail d’écriture musicale comme textuelle, quelle est la différence entre écrire pour soi et écrire pour les autres ?

Je peux très bien créer un personnage, partir de rien et inventer une chanson qui plairait à quelqu’un où écrire directement pour l’autre. J’adore particulièrement ce travail, car on se sent alors comme un tailleur qui ferait du sur mesure.

Je me souviens par exemple que Michel Fugain était venu avec des musiques et j’avais craqué sur une mélodie sud-américaine, en l’entendant l’idée, m’est venue tout de suite. Par contre, pour Dave c’était l’inverse, j’avais fait une mélodie, et c’est Patrick Loiseau qui a fait le texte dessus. Ce que je préfère c’est écrire sur mesure pour quelqu’un parce que cela me permet de me libérer de ma personnalité. Moi je suis une femme donc j’écris des choses féminines, et quand je dois écrire pour un homme cela m’oblige à sortir de moi-même. Il faut que je parte dans d’autres domaines, d’avoir ce nouveau costume me plait, c’est un peu être comme un acteur.

Ensuite ce qui me vient généralement c’est le refrain avec le titre, c’est-à-dire le slogan, le thème. Ensuite c’est plus compliqué pour moi de tournicoter autour, de trouver les couplets. Pour Peace Love and Action c’est ce qu’il s’est passé. J’ai 10% d’instinct, le reste est de la recherche, des interrogations.

Peace, love and action, qu’est-ce que cela symbolise, est-ce une revendication par rapport à notre époque une réaction face aux événements violents et aux guerres qui perdurent partout dans le monde ?

Oui, c’est clairement une revendication, je fais partie d’une génération dont le slogan était Peace and Love, à l’époque nous étions dans la contemplation. Aujourd’hui je trouve qu’il ne faut plus rester dans la contemplation mais qu’il faut agir, avec des mots, des initiatives, mais surtout pas d’armes attention ! J’ai déjà fait quelques chansons engagées, le titre Selem, raconte ce que j’ai vécu en Tunisie, dans mon enfance, ou toutes les religions cohabitaient avec bonheur et complémentarité, ou chacun cherchait à connaitre les coutumes culinaires ou religieuses de l’autre. Cet échange, cette mixité font qu’aujourd’hui je ne peux supporter ce qu’il se passe, et c’est mon action que mes chansons.

Parlons de votre titre Chauvinist Pig (sale macho) tout aussi frondeur, peut-on parler d’une revendication politique là encore par rapport au comportement masculin et à la place de la femme au XXIeme siècle?

Oui, mais il ne s’agit pas de propagande, je parlerais de revendication politique poétisée. Ce titre ressemble à beaucoup d’hommes sur terre. J’avais envie de tourner en dérision les hommes qui traitent les femmes comme n’importe quoi avec une petite joke mais aussi de parler de la régression de certaines femmes qui cachent tout d’elles-mêmes. Cela me révolte car je suis des années soixante, de l’époque de la libération de la femme et je trouve que l’on avance à deux vitesses. D’un côté celles qui luttent toujours pour se libérer et de l’autre une vraie régression. J’ai eu 20 ans en mai 68 et je ne peux voir ça. Jamais je n’aurais pu imaginer que les femmes seraient capables d’accepter cela, de se cacher à ce point, comme si elles étaient coupables de quelque chose, cela me déplaît souverainement.

Heure sup’, un texte qui évoque la question du bonheur, d’autant plus ambivalent dans  notre monde ou tout va très vite?

Ce qui m’est venu en premier c’est cette phrase : le bonheur ne fait pas d’heure sup’. Cela m’a été inspiré par rapport à une expérience personnelle, et puis par rapport aux confidences de mes amis. Je suis naturellement arrivé à cette conclusion que le bonheur ne fait pas d’heure sup’, qu’il n’est pas éternel même si l’on peut avoir 1000 bonheurs et qu’il faut savoir s’en satisfaire.

Parmi les titres que vous sortez, I’made a promise diffère par son côté balade, que souhaitiez-vous retrouver, promouvoir ici ?

C’est effectivement une balade que j’ai voulu assez musclée, d’où la guitare funky. Cela peut se danser en slow dans les discothèques, bien qu’aujourd’hui il n’y ait plus de quart d’heure américain. C’est d’ailleurs regrettable car il s’agissait d’un savoureux instant de rapprochement ou l’on sent l’odeur de l’autre et la tendresse. On peut dire que c’était un peu une Tony Braxtonnerie.

Votre travail de parolière, est ce qui a occupé la majeure partie de votre temps, quelle rencontre artistique a été l’une des plus fondatrices pour vous ?

Yves Montant avec qui j’ai eu l’honneur de faire un disque, le Disque de la paix qui est né d’une histoire extraordinaire. Un jour au drugstore je suis irrémédiablement attirée par Le livre de la paix de Bernard Benson, et sa couverture très enfantine. Sans même savoir de quoi il s’agissait, je l’ai acheté.  Le livre de la paix c’est celui des enfants qui se révoltent, qui vont voir tous les présidents des grandes puissances pour demander le désarmement nucléaire. J’avais envie de créer un projet, et je me suis rapprochée dans le même temps d’une jeune femme, Perle Semla avec qui j’ai monté cela. On a trouvé studio, il nous fallait des personnages par rapport aux rôles de l’histoire et c’est à cette occasion qu’on a découvert Maurane, dont c’était le premier disque. Pour les présidents nous voulions plusieurs artistes, nous avions pensé à Yves Montant pour le français, Paul MacCartney pour l’américain et Peter Hustinof pour le russe. Perle a contacté Yves Montant, qui a beaucoup hésité, et puis un jour il a appelé pour accepter, néanmoins, il souhaitait faire les trois présidents. Il est venu au studio et fut d’un professionnalisme extraordinaire. C’était pour moi la plus belle expérience de ma vie. Lors d’une discussion par la suite, il nous a confié toute sa reconnaissance envers les femmes, qui l’avaient mené là où il en était notamment grâce à Edith Piaf et Simone Signoret. Un discours qui ne pouvait pas me laisser indifférente.

Musicalement quels sont vos artistes favoris, dans le jazz, le rock, la funk ? Quels sont ceux qui vous inspirent ?

Niveau rock c’est évident c’est Elvis, je suis d’ailleurs pour un précédent projet partie à Memphis enregistrer dans le studio ou il a écrit ses premiers titres. Il m’a fallu pas mal de temps pour choisir les titres qu’on enregistrerait, d’autant qu’à l’hôtel ils passaient du Elvis tout le temps, et je découvrais sans cesse des chansons. J’ai choisi Trouble, Goodluck et le slow I can’t take with loving you, inspiré de la chanson française plaisir d’amour. Ce que j’aime dans cet artiste c’est son éclectisme, il pouvait tout faire. Pour la Funk, j’affectionne James Brown et côté pop Mickael Jackson qui lui aussi va sur tous les terrains.

Mes chouchous actuels sont Julien doré, Benjamin Bioley, Amel Bent, et Tal. Ce sont des artistes dont j’apprécie l’univers, la voix, mais aussi l’esprit, la personnalité. J’aime aussi les artistes humbles et ceux qui prennent la grosse tête peuvent me faire décrocher de leur musique. De manière générale, j’apprécie les artistes qui me font voyager, Julien Doré par exemple a un univers visuel magnifique, et sur Paris-Seychelle on a l’impression de voir un film.

Avez-vous déjà écarté des titres parce que pour vous ils n’étaient faits que pour vous ?

Non, jamais, d’ailleurs s’il y en a qui sont intéressés par ces nouveaux titres, qu’ils viennent, je n’ai jamais été opposé à partager mes créations et à les redécouvrir sous les mains d’autres artistes, bien au contraire, j’adore cela. Je n’ai aucune notion d’appartenance avec mes titres. Il y a moins d’un an j’ai été contacté par le groupe danois Asteroide Galaxy Tour, qui souhaitaient rebâtir une chanson sur Le cœur au bout des doigts, ils ont pris un morceau et ont créé, My Club. J’adore qu’on reprenne mes titres pour les remasteriser, du moment qu’on me demande mon avis et que c’est bien fait. Comme je l’ai toujours dit, je suis venue à chanter poussée par les autres, mais je préfère composer. D’ailleurs, je lance un appel à tous les interprètes qui ont de belles voix et cherchent des chansons. Julien Doré et Benjamin Bioley écrivent mais pourquoi pas Amel Bent ou Tal…

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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