Pop / Rock

Interview : Gaëtan Roussel entend des voix au Festival Chorus.

Interview : Gaëtan Roussel entend des voix au Festival Chorus.

08 avril 2019 | PAR Pierre-Lou Quillard

C’est tout sourire et avec une poignée de main chaleureuse que l’artiste nous accueille à sa table. Sans plus attendre, on sort le stylo et on allume le magnéto.

 

 

 

Toute la Culture : Merci de nous recevoir ici, au Festival Chorus 2019. Gaëtan Roussel, votre réputation vous précède. On vous a connu et aimé en tant que voix et guitare folk-rock de Louise Attaque, on vous connaît aussi depuis presque dix ans pour votre carrière solo avec les titres de vos albums Ginger (2010) et Orpailleur (2013). Vous venez de sortir votre troisième album, intitulé « Trafic » qui mêle litanies avec une vraie excitation pop-rock ainsi qu’une influence très anglo-saxonne. Vous pouvez nous parler de cet alliage franco-américain ?

Gaëtan Roussel : Les influences anglo-saxonnes ont souvent été présentes. Avec mes camarades de Louise Attaque, quand on a commencé à faire de la musique, on est allé vers le folk américain, vers un groupe comme les Violent Femmes qui est un groupe du Milwaukee qu’on aimait beaucoup. Après, quand je suis en solo, je tends plus vers des gens comme les Talking Heads, Damon Albarn ou Gorillaz. Du coup… les références anglo-saxonnes sont présentes dans les trois albums que j’ai pu faire. Dans Trafic, il y a une influence plus particulière des musiciens avec qui j’ai joué à Los Angeles même si je ne sais pas si la musique de Los Angeles est définissable… L’alliage, c’est de rencontrer des gens avec qui on peut passer un moment, avec qui on peut faire quelque chose.

Ce sont des musiciens rencontrés lors de vos tournées ?

Non. C’était dans le cadre d’ateliers musicaux. On arrive dans un endroit où pendant une ou deux journées, on travaille avec quelqu’un qu’on ne connaissait pas forcément le matin. Et puis, il se passe ce qu’il se passe. Ce n’est pas mon approche de la musique au départ puisque moi je jouerais plutôt avec des gens que je connais et puis on verra bien ce qui sort en utilisant les défauts de chacun. Là, c’était justement pour faire autrement et ça m’a permis de rencontrer les deux-trois personnes avec qui j’ai travaillé sur Trafic : un suédois, un australien, un français … à Los Angeles. Ça, c’est très Los Angeles pour le coup.

C’était important pour vous d’enrichir cet album avec toutes ces influences ?

Moi je travaille toujours comme ça. Je fais des disques solos au contact des gens. Dans les trois albums que j’ai faits, à chaque fois, j’ai collaboré avec d’autres pour la production, pour quelques compositions musicales où j’ai écrit le texte. 

Justement. Vous avez commencé votre carrière « solo » aux alentours de 2010, cependant, vous n’êtes jamais complètement seul. Sur scène, vous êtes accompagné par vos musiciens et puis presque systématiquement par des chœurs. Ce serait presque votre marque de fabrique. D’ailleurs, l’un des titres les plus entendus de votre dernier album s’intitule « J’entends des voix ». Est-ce important pour vous ces voix qui vous entourent ?

J’ai toujours aimé les chœurs. On parlait de Talking Head… Quand j’ai entamé ma carrière solo, j’avais envie de me démarquer de ce que je faisais avec mes camarades de Louise Attaque, en groupe. On parlait des influences américaines. Je suis allé piocher dans d’autres endroits de ma discothèque et j’ai glissé des chœurs en anglais. Je me suis rendu compte que ça permettait d’exprimer des choses. Ça revient régulièrement dans mes chansons. Sur scène, il y a toujours au moins deux chœurs avec moi, minimum. J’utilise l’anglais à la fois comme des moments de refrain, pour dire des choses, mais aussi comme un instrument, un gimmick. Le gimmick de Help Myself est en anglais et les gens le chantent assez simplement.

On peut peut-être parler d’un autre titre en anglais qui est au cœur de votre dernier Album : Hope. Vous y racontez l’histoire d’un fleuriste atteint de la maladie d’Alzheimer. Cette chanson, c’est un cri ? Une invitation à l’espoir ?

C’est un texte qui parle de l’oubli, de la perte de la mémoire. Donc j’ai glissé le mot « Hope ». Quelqu’un m’a dit quelque chose qui m’a plu : c’est comme quand on plonge dans une piscine, qu’on s’enfonce jusqu’à atteindre le fond. On appuie et tac ! On remonte. J’aime cette idée-là. Il y a quelque chose d’un peu de mélancolie heureuse. Il y a le sujet et il y a le « Hope », pour remonter, qui est plutôt musical. La musique est assez enlevée. J’avais envie que cette chanson puisse s’écouter soit par le texte, soit par la chanson, soit par les pieds, le ventre… Il y a plusieurs portes d’entrée dans l’écoute d’une chanson.

Vous avez collaboré dans votre carrière avec de nombreux artistes. On se souvient de votre duo avec Vanessa Paradis ou de votre collaboration avec Alain Baschung sur Bleu Pétrole. Plus récemment, on vous a vu aux côtés d’Hoshi dans Je vous trouve un charme fou ?

Hoshi, c’est quelqu’un que j’adore, une personne dont on m’avait fait passer quelques chansons quand elle n’avait pas encore sorti son album. Je l’ai rencontré. Je suis assez fan de sa voix. Je trouve qu’elle a une manière de chanter qui est très déterminée, pas du tout négociable. Qu’elle chante une chanson rock ou une ballade, elle a quand même une manière de jeter les choses… Je lui ai proposé cette chanson qui est une ballade en me disant justement qu’elle la chanterait de manière très tendue, très déterminée, chose que j’aime.

Echange entre artistes donc… échange évidemment avec votre public aussi dont vous êtes très proche en concert. Les auditeurs ont quant à eux pu vous écouter sur RTL2, dans l’émission Dis-moi encore. Que dire de cette expérience radiophonique ?

Dis-moi encore, c’était une toute petite pastille sur des chansons que j’animais. Mais j’avais d’abord fait une émission qui s’appelait Clap Hands, qui était un hebdomadaire d’une heure. Là, je vais reprendre Clap Hands quand j’aurai fini la tournée, en septembre. RTL2 me donne une carte blanche. C’est moi l’invité et j’invite qui je veux. Du coup, chaque semaine j’invite une personne avec qui on discute. Il n’y avait que des invités musicaux lors de la première saison. Là, je pense que je vais ouvrir un peu plus. Ce qui est bien avec cette émission, c’est qu’on est hors-temps. Je peux inviter quelqu’un qui vient faire sa promo comme quelqu’un qui est encore en studio, quelqu’un qui n’a rien fait depuis trois ans parce qu’il fait autre chose…et j’aimerai bien savoir quoi. Donc, ça tourne à la discussion et pas que à la promotion. On parle plus librement. J’ai accueilli des gens supers : Etienne Daho, Renan Luce, Camille, Marc Lavoine, Mathieux Chedid … Personne ne raconte la même histoire et moi, je jongle avec tout ça. Il y a beaucoup de liberté dans cette émission et c’est pour ça que j’aime bien la faire.

Autre facette de votre travail que le grand public connaît moins, vous avez écrit et composé à plusieurs reprises pour le cinéma. On peut citer le Mammuth (2010) de Kervern et Delépine ainsi que Camille Redouble (2012) de Noémie Lvovsky pour lequel vous aviez d’ailleurs été nominé aux Césars.

Oui. J’adore ça ! Je l’avais fait puis j’ai eu moins de temps à y consacrer. J’aime bien la musique à l’image. C’est une autre manière de travailler, d’autres personnes que l’on rencontre. Récemment, j’ai refait plusieurs projets. J’ai une musique de documentaire sur une auteur de polar, Connelly. On m’en propose pas mal en ce moment et je choisis de reprendre ce temps-là.

Avec Louise Attaque, vous êtes remonté sur scène après plusieurs années. Il y a eu un nouvel album, Anomalie, sorti en 2016 et qui a reçu un accueil très chaleureux du public. C’était important de refaire une tournée ?

Oui. On était heureux de revenir. Ça faisait 10 ans qu’on n’avait rien fait. On a essayé de revenir chacun à sa manière en faisant le point sur ce qu’on voulait être et ce qu’on voulait dire, sur le fait qu’on n’était plus que trois. Et, on a fait un disque : un quatrième. Ça nous semblait important de faire un album pour accompagner la tournée qu’on allait faire pour ne pas juste tourner avec des chansons qui avaient 10 ans. Les gens étaient vraiment supers, très bienveillants. Du coup, maintenant, on peut refaire et défaire… Si un jour on a envie de refaire une tournée et que les gens veulent bien de nous, on fera une tournée et on ne sortira qu’un morceau. Ou alors un morceau à la fin de la tournée, ou un morceau tous les mois de la tournée… Il y a pleins de possibilités. Ce qu’il faut, c’est se demander : pourquoi on le fait ? Qu’est-ce qu’on propose ? Voilà, c’est un espace de jeu qui est agréable et qui, j’espère, reviendra.

On l’espère également à Toute la Culture. Nous n’allons pas vous déranger plus longtemps. Vous devez vous préparez pour votre concert de ce soir [sur la grande scène de la Seine Musicale, au Chorus Festival 2019, Ndlr]. 

Encore un grand merci pour nous avoir accordé de votre temps.

Bon concert !

 

Propos recueillis par Pierre-Lou Quillard le 06/04/2019 à La Seine Musicale.

 

Remerciements : Axel De Buyst, l’agence Ephélide, les organisateurs et les équipes du Festival Chorus 2019.

 

 

 

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