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[Chronique] The Allman Brothers Band « Live At Beacon Theatre » et « Live At Great Woods »- (Epic/Legacy)

[Chronique] The Allman Brothers Band « Live At Beacon Theatre » et « Live At Great Woods »- (Epic/Legacy)

28 mars 2014 | PAR Jean-Christophe Mary

Il y a quarante trois ans, disparaissait le guitariste Duane Allman, tué dans un accident de moto. A la fin des 60’s, en compagnie de son frère, le chanteur Gregg Allman, il mettait en route cette formidable machine southern rock qui allait inspirer des talents tels que Lynyrd Skynyrd, Outlaws, Blackfoot, Marshall Tucker Band, Gov’t Mule et autres Black Crowes.

Agé de vingt-cinq ans seulement, ce virtuose de la slide guitare laissait alors derrière lui quelques unes des plus belles pages de l’histoire du rock américain.Face à la perte d’un guitariste aussi talenteux, les musiciens restants auraient pu jeter l’éponge. Au lieu de cela, le gang se ressoude autour de Gregg Allman et continue aujourd’hui encore de mouiller le maillot sous le feu des projecteurs. Le label Epic/Legacy présente donc ces jours -ci un album et un DVD, regroupant des enregistrements de 1991 et 1992. A cette époque, le groupe composé de Gregg Allman ( chant, claviers ) , Dickey Betts ( guitare ) , Allen Wody (basse) , Marc Quinones ( percussion ), Warren Haynes ( guitare slide ), Butch Trucks et Jaimoe Johanson (batterie ) baignent dans multiples courants musicaux qui vont du southern rock, au country rock en passant par le blues, le jazz. A force d’écumer les scènes américaines, le sextet s’est forgé une personnalité à part, si forte, qu’il est devenu impossible de le classer quelque part. On peut voir dans cet album live enregistré les 10 et 11 mars 1992 au Beacon Theatre un clin d’œil à leur célèbre « live, At Fillmore East » de 1971, (capté lui aussi à New York ) et considéré comme l’un des meilleurs albums live de tous les temps. Ballades mid tempo, hymnes rock déchirants, la bande de Gregg Allman déverse deux heures durant, une musique puissante, rebelle qui laisse ici une part belle à l’improvisation. Dès le premier titre, avec cette reprise de Will McTell « Statesboro Blues » les choses sérieuses commencent. Voilà une architecture blues, rock et jazz, jouée de manière sophistiquée, avec des guitares qui s’entrecroisent, l’orgue Hammond B3 qui survole le tout soutenu par deux batteurs-percussionnistes et un percussionniste. La basse divague, swingue, tandis que la voix de Greg Allman enrobe les mélodies de ses vocaux déchirés. Dès lors, avec cette voix blues qui passe des notes basses aux hurlements déchirés, ces guitares aux riffs épais et agressifs et deux batteurs qui charpentent le tout, la formule est la bonne. Le combo de Jacksonville dynamite les canons du rock, lui insuffle des harmonies classiques pour devenir violent et mélodique. Le résultat est là dans ce  » Midnight Rider  » au riff entêtant, ce « In Memory of Elizabeth Reed  » impressionnant qui transcende l’esprit du blues à celui du jazz, ce « « You Don’t Love Me » de Willie Cobbs, sur lequel on entend des déflagrations électriques, cette reprise du célèbre Hoochie Coochie Man de Willie Dixon, ce « Whipping Post », morceau chanté, et totalement bluesy dans l’âme ou ce « Come on in My Kitchen  » repris fidèlement dans l’esprit de Robert Johnson. De bout en bout on est sous le charme de ce duel de guitares entre Warren Haynes et Dickey Betts, ces lignes de basse chaleureuses d’Allen Woody. Au passage, précisons que la rencontre Warren Haynes et Allen Woody donnera naissance à leur projet parralèle, Gov’t Mule. Vingt ans après, ces titres aux riffs marqués ont bien résisté à l’épreuve du temps et sont même devenus pour les aficionados, des titres cultes. Outre la richesse mélodique et l’intensité des chansons, il y a la virtuosité des musiciens comme ces longues joutes musicales entre les guitares, l’orgue et les batteries.Ce témoignage est un beau cadeau souvenir pour ceux qui n’ont pas eu la chance de voir ces musiciens en état de grâce à leur grande époque.
Jean Christophe Mary
Disc 1
Statesboro Blues
You Don’t Love Me
End of the Line
Blue Sky
Nobody Knows
Low Down, Dirty, and Mean
Seven Turns
Midnight Rider
Come on in My Kitchen
Disc 2
Hoochie Coochie Man
Jessica
Get on With Your Life
In Memory of Elizabeth Reed
Revival
Dreams
Whipping Post

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Jean-Christophe Mary

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