Musique

Noir Désir, Bertrand Cantat, un destin rock, de Pierre Mikaïloff

01 mai 2009 | PAR marie

noir-desir « Sous la lumière en plein/et dans l’ombre en silence/si tu cherches un abri/Inaccessible/Dis toi qu’il n’est pas loin et qu’on y/brille ». Ici ce n’est pas Cantat qui parle à Marcos, au Subcomandante, mais Pierre Mikaïloff, à Noir Désir.

C’était dans un trans-Europe un matin de 1987. A l’époque Polygram – futur Universal -, organisait pour ses groupes français quelques virées belges histoire de « faire du promotionnel ». Dans le train, les artistes se mêlent joyeusement, et Les Desaxés, le groupe de Pierre Mikaïloff, sont parmi les premiers noceurs. Un peu plus loin, sur une banquette, 4 hommes ou plutôt non, 1 seul, un groupe, plus timide, plus réservé, en dehors (ou en deçà ?) de la mêlée. L’ex guitariste des Desaxés vient de croiser Noir Désir, ex Station Desir, ex Noirs Désirs et futur star… pas Lost du tout, seulement très concentré.

De cette non-rencontre, il fera le point de départ de sa biographie ou, devrait-on dire, de son apologie… Et  il reprend, depuis le début – la naissance de Bertrand en 1964 – la chronologie du groupe : le jeune bordelais est né d’ un père militaire (comme Jim Morrison) et, fait rare, socialiste ; et d’une mère qui consacre beaucoup de son temps au « social et à l’humanitaire ». Il écoute du rock (MC5), lit de la poésie (Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud), écrit, et se sent aussi peu à l’aise dans son collège catholique que plus tard le groupe ne le sera sur un plateau de télé. Bref, Bertrand est déjà un poète maudit. Seul le regard d’un Serge Tayssot-Gay, futur guitariste de Noir Désir et, pour l’heure, ado fan de Status Quo aussi bon en maths que Bertrand en français, pourra le sauver. L’un fait les devoirs de l’autre et vice versa.

Ainsi que l’explique Pierre Mikaïloff, tout commence puis perdure par une histoire de solidarité : appels citoyens à Toulon en terre FN en 1997, concerts au profit du Groupe d’Information et de Soutien aux Travailleurs Immigrés, (Gisti) ou apostrophe au grand « patron », le PDG de Vivendi Universal, Jean-Marie Messier le-dit « Homme pressé ».

Pierre Mikaïloff s’attache à démontrer qu’à la différence de bien d’autres rockers, Noir Désir n’est pas à un groupe de gauche uniquement sur scène. Sans cesse nous dit-il, ND est seul contre tous : contre les majors – avec qu’il a tout de même signé  – contre la presse – et notamment Libé qui n’avait pas hésité à décrier le groupe adolescent -, contre le ventre mou des artistes, etc…

Pierre Mikaïloff n’est pas un écrivain (en dépit de ses nombreux bouquins), pas même journaliste (dont il utilise le travail comme matière à son livre) encore moins historien, mais musicien. Pour mieux encenser ses pairs, l’ex guitariste n’hésite pas à tout relativiser, quitte à tout mélanger. Replacer « l’affaire Vilnius » aux côtés des divers faits qui ont ensanglanté la scène rock (Phil Specor, Jerry Lee Lewis, Sid Vicious) relève sûrement de l’art de la contextualisation. En revanche, mettre sur le même plan le sang versé « aux champs d’honneur » par onze gosses écrasés lors d’un concert des Who, ou par le batteur des Dolls overdosé (Billy Murcia), à Dresde et Hiroschima s’apparente  à un obscène mélange :

« Dresde et Hirsoschima n’étaient-ils pas les premiers rock’n roll Show de l’ère morderne ? » (p 116)

Ben tiens. Pierre Mikaïloff appelle cela du cynisme. Puis continue sans scrupule à touiller la grande soupe de l’Histoire : en mai 1990, Noir Désir part en voyage en URSS. Que ses fans se rassurent, ces musiciens très au fait de politique sont « moins naïf qu’un André Gide » et « moins cynique d’un André Breton ». Précisons qu’André Gide est décédé en 1951, à une époque où toute l’intelligentsia française avait les yeux rivés vers la grande Moscou.

L’auteur, qui se voulait peut-être simplement drôle, ferait mieux d’éviter les incursions politiques et littéraires et de mettre en veille ses considérations sur le 11 Septembre pour ne s’en tenir au rock, rien qu’au rock, à l’histoire de la scène française des années 80 et 90, aux explications de textes de Cantat et à la description de son groupe qui, comme un accordéon, se serre et se desserre au rythme des tournées. Sur tous ces points, l’avocat est, à défaut d’être écrivain, bien plus convaincant. « Petite soeur de mes nuits/ça m’a manqué tout ça/quand tu sauvais la face/à bien d’autre que moi/sache que je n’oublie rien mais qu’on efface » dit-il sauf que pour l’heure, le petit frère, c’est lui.

Les fans se passionneront sûrement sur cette histoire, les autres attendront sagement l’album… (et ceux qui avaient été scandalisés par les titres sortis en Novembre 2008 s’en tiendront là).

Noir Desir, Bertrand Cantat, un destin rock, Pierre Mikaïloff, Editions Alphée, 372 p, 21,90 euros.

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9 thoughts on “Noir Désir, Bertrand Cantat, un destin rock, de Pierre Mikaïloff”

Commentaire(s)

  • Bertrand Pas Contant

    « Dresde et Hirsoschima n’étaient-ils pas les premiers rock’n roll Show de l’ère morderne ?
    C’est pas possible de lacher des immondices pareils…
    Et pourquoi pas Nuit et Brouillard ? Rwanda aussi c etait super rock, ils jouaient de la machette sous les yeux bleus casques fermes. Le WTC c’etait plus metal parcontre, avec plein de backwords dedans, si on passe les videos a l’envers.
    Bon jespere que ce monsieur fera plus de fric avec son livre plein de rock n roll.

    mai 19, 2009 at 20 h 08 min
  • Sommaire •►« Priscille Froidevaux » ®Direction Artistique
    1 Mythologie et imaginaire
    2 Institutions
    3 Toponymes
    4 Arts
    5 Voir aussi •\• – Monde quantique –

    novembre 22, 2010 at 0 h 04 min
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