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Lyrique en mer, retour à la normale avec l’opéra Orphée et Eurydice

Lyrique en mer, retour à la normale avec l’opéra Orphée et Eurydice

12 août 2022 | PAR Victoria Okada

Le Festival Lyrique en Mer, à Belle Île, a retrouvé son programme habituel avec Orphée et Eurydice de Christoph Willibald Gluck, après deux ans de restrictions liées à la pandémie. Les jeunes chanteurs de l’Académie rejoignent les solistes pour les soirées d’opéra, mais aussi pour le concert « Venez chanter ! » avec 150 choristes amateurs ainsi que pour le gala Mozart.

Orphée et Eurydice visuellement (quasi) symboliste et musicalement romantique

de gauche à droite : Serena Pérez, Sharon Tadmor, Maria Karoleva © Lyrique en mer

La production de l’opéra, entièrement locale comme tous les concerts et spectacles, met en avant la vie et la résurrection, en choisissant la version de Berlioz (1857) qui se termine avec les retrouvailles heureuses des deux amants. L’orchestration de Philippe Walsh, directeur artistique du Festival qui tient la baguette, est adaptée pour un orchestre de chambre d’une dizaine de musiciens. Eux et le chef adoptent une approche délibérément dixneuviémiste, avec des vibratos sur les cordes parfois un peu trop prononcés, et les vents très expressifs.
Parmi les trois chanteurs principaux, Sharon Tadmor, dans le rôle d’Amour, se remarque immédiatement par sa projection droite, ce qui confère une grande fraîcheur à son chant. Sa maîtrise technique permet d’insérer des ornements discrets mais stylistiquement bien justes. En Eurydice, Maria Koroleva a un beau contrôle de souffle. Son doux timbre se dote d’une autorité au moment de réclamer les regards d’Orphée. Ses expressions y sont délicieusement dramatiques (notamment au moment des douleurs) grâce à ses phrasés naturellement mis en place par rapport à la prosodie, permettant de rendre sa diction claire. En revanche, la mezzo soprano Serena Pérez dans l’autre rôle-titre, qui a remplacé la chanteuse initialement prévue seulement dix jours avant le début de la répétition, serait sans aucun doute bien meilleure dans un répertoire du 19e siècle tardif. En effet, sa voix riche et sa manière de la tenir évoquent qu’elle serait plus à l’aise dans Verdi, Puccini ou encore dans le verismo, à moins qu’elle perfectionne davantage sa respiration et par conséquent, la justesse de notes. Mais son parti pris viendrait de la mise en scène de Robert Chevara qui souhaitait qu’« Orphée soit […] davantage l’homme possédé qui brûlait la terre entière pour récupérer sa bien-aimée. »
Les neuf jeunes chanteurs du Festival, de niveaux divers, forment un chœur qui, dans la plupart du temps, meut en masse selon la chorégraphie de Sara Europeaus qui danse avec eux sur scène. La modernité de la chorégraphie, associée à la mise en scène qui va à l’essentiel des sentiments en se dépouillant de gestes superflus, et aux costumes, rouges dans la première partie (l’enfer) et blancs pour la deuxième partie (le processus de retour à la vie), ainsi qu’aux lumières de Marlis Senoner, monochrome pour chaque scène (rouge, blanche mais aussi verte, orange…), ainsi que la vision de Philippe Walsh, font de cette production visuellement (quasi) symboliste et musicalement romantique.

Gala Mozart sur la pointe des Poulins

gala Mozart © Lyrique en mer

Ce gala en plein air sur la pointe des Poulains a remporté un grand succès avec des auditeurs venus très nombreux malgré la canicule. Le programme ad libitum est composé de partitions de divers opéras de Mozart : Don Giovanni, La Flûte enchantée, Les Noces de Figaro, Cosi fan tutte, La clémence de Titus… Les chanteurs du Festival (dont les trois rôles principaux d’Orphée et Eurydice) rejoignent les meilleurs des jeunes artistes qui se montrent égaux à leurs aînés. Ici aussi, Sharon Tadmor et Maria Koroleva offrent leurs chants avec style et goût. Parmi les voix masculines, Alexander Bevan et Igor Mostovani marquent leurs empreintes par une épaisseur vocale. Les inconvénients d’un concert en extérieur, comme l’absence de résonance et de retour du son et la condition climatique défavorable, sont largement dépassés par le charme des lieux, dans une atmosphère encore (très) chaude de la journée.

« Venez chanter ! » concert participatif avec 150 choristes amateurs

Venez chanter ! avec 150 choristes amateurs © Lyrique en mer

Un autre événement très attendu du Festival, « Venez chanter ! » a rassemblé à l’église du Palais 150 choristes amateurs. Réunis seulement quelques heures avant le concert pour répéter ensemble La Messie de Haendel sous la direction avisée de Philip Walsh, ils transmettent la joie de chanter et de faire de la musique. Les solistes — les sopranos Alysia Hanshaw et Marley Jacobson, les mezzos Orana Ripaux et Isabelle Knowies en remplacement d’Hortense Venot souffrante, et le ténor breton Erwan Fosset — offrent chacun(e) une belle prestation dans une diction généralement limpide.

Lyrique en Mer, Festival international de Belle-Île, du 29 juillet au 13 août 2022

Photos © Lyrique en mer

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