Musique
Live report: Tsunami-Addiction au Centre Pompidou

Live report: Tsunami-Addiction au Centre Pompidou

11 novembre 2012 | PAR Smaranda Olcese

La soirée consacrée au label Tsunami-Addiction s’annonçait un peu longue. HYPO & EDH, CLAUDE VIOLANTE,  LA CHATTE et bien évidemment dDAMAGE, projets qu’il faudra décidément suivre, lui ont ré-impulsé une énergie trouble et rageuse.

Le printemps dernier, dans le cadre du Nouveau Festival, la carte blanche du label viennois MEGO avec son exigence expérimentale jouissive et son énergie fulgurante, a fait date. Le Centre Pompidou invite désormais les parisiens de Tsunami-Addiction, bureau indépendant et expérimental, pour une All Stars Night, présentée avec éclat par le réalisateur Patric Chiha.

Le format choisi, ou, plus précisément, l’absence de choix, le label ayant décidé de programmer les neuf projets qu’il représente, est pour le moins inhabituel, et dans une quasi-totale inadéquation avec la configuration de la Grande Salle du Centre Pompidou : pas de dance-floor, public cantonné dans les gradins, changements de sets toutes les 15 minutes. On se demande a posteriori dans quel type de lieu une telle formule aurait d’ailleurs pu fonctionner. Les deux premières heures ont l’allure des concerts tremplin dans des MJC. Cette cadence de défilement dessert quelque peu les univers fragiles et singuliers de jeunes artistes qui auraient mérité, pour certains, plus de temps pour distiller une atmosphère, brouiller un beat ou préciser des intentions laissées quelque part à l’état de promesse.

Dans ce contexte, les interventions de Patric Chiha relèvent d’un exercice périlleux, grand écart entre présentation et nécessité de meubler les moments récurrents d’installation. Pendant que les régisseurs plateau et les musiciens s’affèrent à brancher différents types de machines, pédales, tables de mixage – et il faut saluer ici leur efficacité –, le réalisateur nous emporte avec des anecdotes, le plus souvent liées à des trajets en voiture (clin d’œil un rien malicieux sur l’un des lieux les plus propices pour écouter ces musiques ?) sur les routes sinueuses de ses repérages en Autriche, dans les banlieues malfamées de Baltimore ou au Bois de Boulogne. Son introduction à la soirée par la Grèce antique et les musiques dionysiennes nous prédisposait déjà au transport qui n’arrivera que vers la fin. Entre les affinités personnelles, et nous pensons notamment à sa collaboration avec MILKYMEE qui a signé la bande son de son long-métrage Domaine, et la tâche quelque peu ingrate de Monsieur Loyal qu’il assume avec superbe en présentant chaque groupe avec des formules type : tropical nordique, électro-rock straigth to the point, électro avec un soupçon d’années 80, etc., nous retiendrons surtout son port, tour à tour coquet et altier, du voile rose fluo qu’arborait quelques minutes auparavant Vava Dudu, voix incontournable de LA CHATTE, lors de son set.

Tsunami-Addiction affirme sa volonté de soutenir une musique produite par des femmes. Outre CLAUDE VIOLANTE, touchante dans sa volonté de s’effacer sous la capuche de son sweat, posture en irrésistible porte-à-faux avec sa voix charnelle et ample, portée par les rythmes percutants de KRIKOR (du label Tigersushi) et les arpèges déraillés d’un post-punk rompu au zouk cosmique de LA CHATTE, les deux frères de dDAMAGE, participants à l’aventure du label dès sa fondation en 2001, restent de loin les artistes les plus explosifs de cette famille bigarrée. Seuls, ils auraient sans doute mis le feu aux poudres. Nous aurions aimé une soirée qui leur soit entièrement consacrée.

Une mention spéciale à EDH, artiste du label Lentonia, qui jouait pour la soirée avec HYPO, figure emblématique de la musique électronique française. Sa voix mystérieuse, travaillée par reverb ou delay, distille des atmosphères étranges aux textures entêtantes.

 

dDAMAGE photo @ Damien Moreau aka monsieur Droz

 

 

 

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Smaranda Olcese

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