Musique
[Live report] Ibrahim Maalouf improvise au Louvre…bien entouré de sons et de lumières !

[Live report] Ibrahim Maalouf improvise au Louvre…bien entouré de sons et de lumières !

27 mai 2013 | PAR La Rédaction

C’était sous la pyramide, dans la grande salle de l’Auditorium du Louvre… Vendredi soir, le prodigieux jazzman Ibrahim Maalouf embouchait sa trompette à quatre pistons, accompagné par douze musiciens de sa classe d’improvisation. Pendant près de deux heures, ils offraient à la salle bien plus qu’un accompagnement dSans titree films muets : un vrai dialogue, plein d’humour et de lyrisme, avec sept petits bijoux du cinéma du temps où il ne parlait pas.

Depuis novembre dernier, on écoutait en boucle son disque Wind, conçu déjà comme la bande originale d’un film muet de René Clair, où le trompettiste d’origine libanaise, entouré de musiciens new-yorkais, s’essayait avec succès à un jazz de facture classique, mêlé de sonorités orientales.

Le cycle des « Duos éphémères » de l’auditorium du Louvre, qui invite chaque année un musicien contemporain à raviver des images du cinéma muet, était donc le lieu idéal pour Ibrahim Maalouf. Lors de cette quatrième séance, il nous donnait rendez-vous, accompagné de douze élèves du Pôle Supérieur d’enseignement artistique de Paris Boulogne-Billancourt, de jeunes musiciens classiques, comme il nous l’a rappelé sur scène, avant de commencer… à qui il donne chaque semaine des « cours » d’improvisation.

Mais ce soir, pas d’indications explicites données : ce sont les images un peu tressautantes filmées par Georges Méliès au début du siècle, qui donnent le La. Le Tunnel sous la Manche imagine (dès 1907 !) une rencontre franco-anglaise farfelue, quelques pieds sous les mers : un régal pour les yeux et aussi, semble-t-il, pour se lancer dans une impro de jazz. Le set commence de manière assez mimétique, quasi figurative. A force de creuser, à coups de pioches et d’archets sur un fond sous-marin cuivré, les deux équipes parviennent enfin à l’explosion stridente de la dernière paroi du tunnel en carton pâte, évoquée dans un grand fracas presque symphonique… Suit un très court et joli film du burlesque italien (Amor Pedestre de Marcel Fabre, 1914), scène de drague urbaine banale… à l’idée géniale près qu’il ne montre que  les pieds des acteurs ! Qui deviennent des personnages à part entière dont l’expressivité est redoublée par les solos d’une trompette guillerette ou d’un basson hésitant.

Après ça, la salle est chauffée, et prête à accueillir ce qui a si curieusement bien résisté au vieillissement du cinéma muet expressioniste : deux histoires d’amour. Celle d’un pantomime et d’une danseuse, filmée avec beaucoup de poésie par l’américain Robert Florey (The Love of the Zero, 1928). Et puis Autumn Fire, tourné au début des années 30, où le critique d’avant-garde Herman G. Weinberg oppose deux plans : la campagne et la ville -comme dans l’Aurore de Murnau. D’un côté, les rêves d’un homme dans le silence de la nature, à qui la trompette d’Ibrahim Maalouf offre son chant, de l’autre, l’arrivée à New York ; et c’est un des grands moments de l’impro. Les cordes et les cuivres se mettent à rivaliser, c’est à qui suggèrera le mieux les bruits parasites citadins. Pour des pas sur le macadam : percussions des doigts sur violons ou plat de la main sur l’embouchure du trombone ? Les voix s’y mettent, d’abord étouffées puis sonores, les cordes freinent, le cor klaxonne… on y est.

On ne pourra pas tout raconter. Un mot quand même sur cette Eclipse de soleil en pleine lune de Méliès, si drôle qu’on en vient à se demander si les mimiques des deux astres n’ont pas inspiré la scène de Guerre et Amour où Woody Allen exécute depuis sa loge de théâtre, sa fameuse parade sexuelle faciale, pour la comtesse Alexandrovna (Olga Georges-Picot).
Les étoiles filantes, incarnées par de jolies vestales traversant l’écran de haut en bas, pourraient appeler des cordes légères et raffinées. Mais non : ce sont au contraire les cuivres tonitruants, qui évoquent si bien toute la lumière et la surprise propre aux « wandering stars », que les musiciens choisissent de mettre en avant.

Tout au long de la soirée, c’est un peu cela qui prime : servir l’image, au point d’aller au devant de son sens. Illustrer, appuyer et tout d’un coup, un pas de côté. Cet esprit là s’entendait jusqu’au bœuf final qui, partant du thème du Beau Danube bleu, nous mena jusqu’aux confins de mélodies orientales en passant par un solo époustouflant de guitare flamenco.

Les visages à la sortie portaient la double empreinte du léger flottement post-séance de cinéma et du ravissement qui suit un concert réussi.

Rendez-vous au même endroit le 7 juin à 20h30, pour l’ultime séance de cette programmation d’Ibrahim Maalouf : une « Course poursuite » avec le Eol Trio (clavier, basse et batterie).

Texte et Visuel : Mélisande Labrande

 

 

 

Infos pratiques

Théâtre de la Mackellerie
Galerie Polka
Musée du Louvre

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *