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Les Rencontres Musicales de Vézelay retrouvent leur public : questions à François Delagoutte, directeur artistique

Les Rencontres Musicales de Vézelay retrouvent leur public : questions à François Delagoutte, directeur artistique

15 août 2021 | PAR Victoria Okada

L’un des festivals incontournables de l’été, les Rencontres Musicales de Vézelay retrouvent leur public du 19 au 22 août prochain. François Delagoutte, directeur général de La Cité de La Voix, organisatrice du festival, nous met en appétit pour cette 21e édition.

Les rencontres musicales reviennent après une année d’absence. Que voulez-vous apporter en plus à cette édition de reprise par rapport au festival habituel ?

Nous avons hâte de retrouver, après une année d’annulation, l’effervescence du festival. C’est un moment intense et unique pour toute notre équipe.
Nous faisons face à un double défi. D’abord, il nous faut créer les conditions pour se retrouver ensemble, en confiance, et dans la sérénité, en faisant de Vézelay une étape musicale incontournable à la fin de la période estivale. Ensuite, il faut continuer de travailler durablement à l’ambition artistique du festival sur les bases de ce que nous avons créé il y a deux ans, le développement de l’Académie de direction de chœur qui impliquera, en plus de Mathieu Romano cette année, Grete Pedersen, cheffe de chœur norvégienne, et un quatrième jour de concerts. Le bal, également créé en 2019, ne sera pas organisé cette année pour les raisons que l’on connait. Mais la danse ne sera pas loin… !
Cette 21e édition entend maintenir le cap sans renier les questions fondamentales qui nous traversent toutes et tous dans cette crise : comment se retrouver, pourquoi et avec qui ?

En effet, pourquoi et avec qui nous retrouvons nous à Vézelay au cours des Rencontres musicales ?

Pour imaginer ces retrouvailles, la notion de résonance, que choisit et développe le philosophe et sociologue allemand Harmut Rosa pour tenter de répondre à notre rapport aux autres et au monde, m’a beaucoup accompagné.
La musique est l’une des médiations de cette résonance entre les artistes, un public et un environnement patrimonial et naturel exceptionnel. Elle porte des émotions, de la curiosité et un acte de partage essentiel, dont nous avons aujourd’hui grandement besoin.
Pour renouer avec le festival, j’ai senti qu’il nous fallait réinstaller des repères : c’est pourquoi plusieurs itinéraires d’écoute et de découverte identifiables sont proposés pour revenir sereinement à Vézelay.
Cette édition révèlera aussi plus que jamais la force de la musique vivante, d’hier à aujourd’hui, particulièrement dans la porosité entre les traditions populaires et les musiques savantes, mais aussi dans ce qu’elle nous livre de la richesse des identités culturelles qui se nourrissent et ne sont pas figées, contrairement aux idées les plus nauséabondes qui malheureusement gagnent jour après jour du terrain. La beauté, la performance et l’exécution ne sont pas mes seules préoccupations : la musique nous parle des hommes, de nos sociétés et du monde. Elle est message et aucun choix n’est neutre. C’est d’ailleurs pourquoi je prends grand soin à échanger avec les artistes sur la construction des programmes quand nous sortons d’un titre unique.
Enfin, Vézelay doit être un laboratoire du répertoire pour chœur conformément à sa mission de centre d’art national vocal, en contribuant à le défendre, le faire vivre, à susciter la création d’aujourd’hui.

Cette année, les Rencontres auront lieu sous le thème de  » Voyage ou un tour d’Europe ». Pourquoi ce thème ?

Moi qui suis habituellement un grand nomade, je n’ai pas très bien vécu les différents confinements. Je bouillonnais de ne plus pouvoir « physiquement » voyager. J’ai tenu grâce à la musique, mais aussi grâce à de nombreuses lectures qui ont continué à nourrir mon imaginaire et, il faut le dire, participé à maintenir un certain équilibre personnel.
Naturellement, je crois que cette édition est en partie l’expression d’un désir de voyages, de renouer avec la poésie et la force de certains lieux, d’infinis horizons qui me tiennent à cœur. La musique a cette force d’évocation.

Concrètement, dans quelles contrées partons-nous en musique ?

Durant les Rencontres, les voyages seront multiples  :
• Voyage dans une Espagne multiculturelle où polyphonies emblématiques côtoient traditions orales arabo-andalouse, judéo-espagnole et basque avec Les Eléments. Notons deux œuvres contemporaines du Madrilène Ivan Solano et du catalan Joan Magrané Figuera. Avec Lamento, l’Ensemble Aedes propose un portrait sensible et musical de la « lamentation » en confrontant la tradition chorale occidentale baroque et contemporaine (Monteverdi, Allegri, Rameau, Rautavaara, Barber) à celle du flamenco, incarnée par la cantaora Rocio Marquez. Il y aura également une pièce pour double chœur et chant flamenco écrite par Fabien Touchard, Una cancion de guerra, qui symbolise ce dialogue en les réunissant.
• Voyage dans les terres celtiques, avec un programme florilège autour de Purcell par les Musiciens de Saint Julien et Tim Mead, mêlant chansons, odes, airs d’opéra, empreints d’une variété de styles et surtout reflet d’un travail remarquable de recherche sur l’ornementation et les couleurs de cette musique qui ont, à mon sens, une puissance d’évocation extraordinaire. L’on voit les paysages de la campagne anglaise et irlandaise défiler, tout comme avec le Kraken Consort d’ailleurs, constitué par Chantal Santon et Robert Getchell, qui en rassemblant d’exceptionnelles phalanges issues du baroque (dont Bruno Helstroffer au théorbe) et des musiques traditionnelles (Sylvain Barou, Brewen Favrau, Ronan Pellen), ont bâti un programme original absolument enivrant !
• Voyage « hommage chez Josquin Desprez », dans le temps, figure majeure de la polyphonie de la Renaissance, jadis réputée dans les cours européennes, dont nous célébrerons les 500 ans de la disparition via deux approches différentes de sa chanson savante : Dominique Visse et l’Ensemble Clément Janequin donneront à entendre le génie de Josquin Desprez à un par partie et parfois un accompagnement au luth, l’épinette et le positif ; Romain Bockler / Bor Zuljan (Dulces Exuviae) nous transporteront, quant à eux, dans un espace plus intime, plus délicat par des transcriptions au luth et à la voix mettant davantage à l’honneur la poésie et moins la dimension polyphonique.
• Voyage chez Ravel, avec Les Métaboles, où le chœur devient un orchestre à part entière par l’art de la transcription. L’idée centrale de ce projet en coproduction était de donner à entendre, autour de la seule œuvre a capella de Ravel (Trois Chansons), les transcriptions de Gottwald, de Pesson de Machuel et d’accompagner Léo Warinsky et Les Métaboles dans la continuité de cette tradition, en guise d’ouverture et de renouvellement des répertoires pour chœur. La Pavane pour une infante défunte et le Boléro commandés par Thibaud Perrine seront présentés pour une première mondiale à cette occasion. Un jeu avec la tradition et la mémoire, comme une performance hommage au génie de Ravel.
• Enfin, voyage dans le baroque du XVIIIe en France et en Italie, avec un programme des Grands Motets dirigé par Gaëtan Jarry et l’Ensemble Marguerite Louise, dont ce sera la première fois à Vézelay. Tout comme d’ailleurs Giulio Prandi qui viendra clore cette édition avec son chœur et orchestre de Pavie et l’immense Sandrine Piau pour mettre à l’honneur Vivaldi, Galuppi et cette Venise lumineuse et flamboyante.

Pourriez-vous parler des concerts de l’après-midi, qui sont toujours d’une grande variété ? 

Les concerts gratuits font partie de l’ADN des Rencontres, ils réunissent un public familial et, malgré le contexte sanitaire, nous avons tenu à garder une offre de rendez-vous importante. On compte ainsi une vingtaine de rendez-vous gratuits en 4 jours, mises en oreille comprises. C’est l’occasion d’aller encore plus loin sur l’ouverture aux vocalités, aux genres et aux musiques du monde et d’accompagner des artistes que nous soutenons toute l’année ; on pourra y retrouver notamment Rusan Filiztek, Agathe Peyrat et Pierre Cussac, des noms que l’on connait bien à la Cité de la Voix. Un superbe hommage à Al Jarreau, avec des arrangements a cappella d’Hervé Aknin pour six chanteurs, mais aussi le loto musical, avec le Trio Musica Humana qui promet un grand moment de rire et de jeu avec le public !

La convivialité est l’une des caractéristiques des rencontres musicales. À quoi peuvent s’attendre les spectateurs ? Y a-t-il des nouveautés ?

Dans la programmation oui, concernant les lieux, nous avons tout fait pour nous organiser en prenant en compte la mise en place du pass sanitaire. Nous proposerons ainsi la majeure partie des concerts gratuits dans un espace dédié derrière la basilique, avec buvette et food truck. Aussi, pour faciliter la circulation du public entre les lieux de concert, nous proposons à celles et ceux qui le souhaitent de venir récupérer un bracelet « pass festival » pour circuler sur simple contrôle visuel. Notre objectif est d’assurer la sécurité du public et de faire en sorte que ces mesures ne grèvent pas l’atmosphère conviviale du festival.

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Victoria Okada

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