Classique
Les femmes compositrices trouvent leur place dans la postérité

Les femmes compositrices trouvent leur place dans la postérité

13 juin 2022 | PAR Zoe Grandjacques

Ouvert le 10 juin dernier, et pour encore un mois, le festival de musique classique « Un temps pour elles » exhume des œuvres de compositrices oubliées par l’histoire. Initié par la musicienne Héloïse Luzzati et l’association « Elles Women Composers », les œuvres de Charlotte Sohy, Marguerite Canal, Yvette Guilbert et trente-sept autres compositrices sont jouées à l’occasion.

Combler un manque dans l’histoire

Les mots de Laure Adler nous reviennent : « On ne naît pas artiste mais on le devient. Du plus loin qu’on s’en souvienne, l’histoire de l’art a été pensée, écrite, publiée, transmise par des hommes. Et quand on est née femme, être artiste, le prouver, y avoir accès, produire, montrer, continuer à le demeurer est un combat permanent, dangereux, épuisant physiquement, intellectuellement et psychiquement. Le temps semble aujourd’hui propice pour revisiter et regarder autrement les créations de celles qui ont eu le courage de défier les règles pour assouvir leur vocation.». Le manque d’artistes femmes dans le paysage culturel, c’est la prise de conscience d’Héloïse Luzzati, violoncelliste de formation, à l’origine de la création de ce festival. Dans un article FranceInfo elle explique s’être interrogée « Comment avais-je pu passer autant d’années sans avoir joué l’œuvre d’une femme ? ». Et effectivement, les femmes sont sous-représentées avec seulement 4% d’œuvres programmées en concert écrites par des femmes. Et ce manque de représentation n’est pas sans conséquences, Héloïse déplore le sexisme ambiant du domaine de la musique classique où les femmes sont discréditées dans la pratique de leur instrument de par leur genre. Dépoussiérer des artistes oubliées c’est aussi redonner la confiance aux plus jeunes générations. 

Un projet de longue haleine

Le festival s’inscrit dans un ensemble plus large. La volonté de redonner une place aux compositrices s’est d’abord matérialisée lors du Covid avec un travail de recherches de partitions et la réalisation de vidéos YouTube au ton didactique.  

En partenariat avec l’association « Elles Women Composers », la violoncelliste lance un label 100% féminin « La Boîte à pépites », avec la sortie en avril d’une première monographie en trois volume consacrée à la compositrice Charlotte Sohy. Et, comme une confirmation de ce travail de fond, le festival « Un temps pour elles » a démarré le 10 juin, pour un mois. Il s’agit de seize concerts (exclusivement de compositrices !) prévus à travers le Val d’Oise par une quarantaine de musiciens, dont Renaud Capuçon, Bertrand Chamayou, Déborah et Sarah Nemtanu, Sandrine Piau, Victor Julien-Laferrière ou Raphaëlle Moreau. Parmi les artistes à découvrir, il y aura bien sûr Charlotte Sohy, que Héloise décrit comme « incroyablement dramatique ». Hedwige Chrétien, compositrice du XIXe, de pièces d’orchestre et de piano essentiellement.  Ou encore Rita Strohl, plébiscitée par Camille Saint-Saëns et Gabriel Fauré, dont la plupart des œuvres n’ont jamais étés éditées ou enregistrées malgré leur qualité. 

Pour retrouvez toute la programmation : ici.

© Visuel : Visuel officiel du Festival

Un samedi entre le Sénégal, la Corse et les Balkans avec Ibrahim Maalouf au Festival des Musiques Sacrées de Fès
Jenufa à Berlin : frugalité esthétique et volupté musicale
Zoe Grandjacques

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture