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Nicolas Folmer au Sunset, c’était Soooooo Miles !

Nicolas Folmer au Sunset, c’était Soooooo Miles !

03 avril 2019 | PAR La Rédaction

Vendredi et samedi soir, le trompettiste Nicolas Folmer était au Sunset pour nous jouer le répertoire de son dernier disque – hommage à Miles Davis – intitulé So Miles. Les plus avisées d’entre vous auront sans doute reconnu le détournement du célèbre titre issu du légendaire Kind Of Blue.

Par Irving Magi

On ne dénombre plus les hommages que les jazz(wo)men rendent à leurs aînés. Il y a quelques années, le chanteur Kurt Elling s’était joint au saxophoniste Ernie Watts pour enregistrer, en live, Dedicated to You ; un album hommage à l’album que John Coltrane avait signé aux côtés du vocaliste Johnny Hartman en 1963. Le trompettiste Stéphane Belmondo, en 2014, avait enregistré Love for Chet, album hommage à Chet Baker. Les exemples de ce style ne manquent pas. Ainsi Nicolas Folmer a décidé d’en faire de même en enregistrant So Miles, à l’attention de Miles Davis. Mais celui qui a été fait, en 2011, chevalier des arts et des lettres, ne s’est pas contenté de « reprendre » Miles. Il est allé puiser dans tout ce qui a pu constituer l’esprit de la musique de Miles Davis et de tout ce qui put inspirer cette légende du jazz. Nicolas Folmer montre ainsi qu’on peut faire du nouveau avec de l’ancien, en initiant un retour aux sources du bop version Miles pour le combiner au jazz-funk version Nicolas. Ce n’est pas tant « Nicolas Folmer reprend Miles » que « Nicolas Folmer fusionne avec Miles », en fin de compte.

La salle du Sunset est égale à elle-même. Un lieu devenu mythique dans l’univers du Jazz parisien. Elle participe au charme inimitable de la Rue des Lombards. Immergé dans l’ambiance tamisée et classieuse du lieu, on prend son verre, on va s’asseoir, on papote un peu avec son voisin et on laisse la magie opérer. Plus qu’à attendre le sextet de Nicolas Folmer, qui est arrivé avec un peu de retard. Pas grave. Tout arrive à point à qui sait attendre, comme dit le proverbe. Derrière Nicolas Folmer nous avions : Stéphane Guillaume au sax ténor, Laurent Coulondre au clavier, Olivier Louvel à la guitare, Julien Herné à la basse et Yoann Serra à la batterie. Antoine Favennec au sax alto était invité pour jouer la reprise de « Human Nature », fameux titre de Michael Jackson.

Le concert commence par une reprise de « So What » mais sans partir du thème initial et sur un mode planant, extatique et un brin psychédélique. Je me suis toutefois laissé dire que cette reprise était un peu molle. Après le Horny Tonky Experience de 2016, Folmer nous avait laissé sur des notes plus énergiques et inspirées. Sur le second morceau, une version de « What it is » renommée « What’s Happen », les impros me semblaient manquer d’idées. Je n’avais pas anticipé le crescendo que j’allais prendre dans la figure. Le sextet y est allé tranquillement et nous a finalement bien mis dans le bain avant de se mettre définitivement en route. Les concerts de jazz, c’est « work in progress », après tout. C’est à ce moment-là qu’ils nous ont proposé leur reprise de « Footprints », un thème de Wayne Shorter issu du génial Adam’s Apple. De quoi tout de suite faire taire mes aigreurs du vendredi soir.

Le son qui sort de la trompette de Nicolas Folmer ne laisse d’interpeller lorsqu’on est un peu familier avec le répertoire de Miles Davis. Fermez les yeux cinq minutes et vous auriez presque l’impression d’entendre Miles lui-même ; des phrases bop dont il avait peine à se départir au groove tout en sobriété qui caractérisait son jeu. La réappropriation de Miles, sauce Folmer, est saisissante. Le funk qu’on entend depuis Horny Tonky est toujours présent. Un son funk qui peut tout autant évoquer le Jamiroquaï de Return of the Space Cowboy que les univers de Wayne Shorter et Herbie Hancock réunis. So Miles n’est pas qu’un énième « tribute » à Miles Davis mais également à toute la galaxie qui gravitait autour de lui, y compris à la pop music qui l’inspirait tant. En plus de « Human Nature », Nicolas Folmer ne s’est pas privé pour reprendre « Get Lucky » des Daft Punk. Pendant plus de 15 minutes, le public en prend plein la vue. L’agilité d’Olivier Louvel sur sa stratocaster bleu est redoutable et offre au célèbre titre – devenu un hit – des possibilités harmoniques qu’on n’aurait eu du mal à lui soupçonner au premier abord. C’était avant que Folmer ne se décide à aller encore plus loin. Après un changement d’accord et une rupture harmonique, s’en suit une improvisation bop qui laisse croire à un tout autre morceau. Heureusement Olivier Louvel est-là pour nous rappeler qu’on est toujours sur « Get Lucky ». Le tout sonne incroyablement bien et on commence à se demander jusqu’où va aller l’imagination du trompettiste.

L’expérience, en live, était réellement particulière. Une singularité dont Nicolas Folmer a le secret, car la recherche musicale – et Dieu sait qu’elle est présente chez le trompettiste – ne fait pas tout. L’inspiration est tout aussi importante. Et dans ce domaine, le trompettiste n’est jamais avare. De générosité non plus. Le désir de partager la musique qu’il aime faire, sans prétention, sans s’écouter et en écoutant ses musiciens – à qui il laisse volontiers beaucoup de place – nous touche à plus d’un titre. Et cela donne à la musique de Miles une texture nouvelle qui finalement n’appartient plus qu’à Nicolas Folmer. En ce qui concerne la réappropriation d’un univers musical – pour tous ceux qui aiment galvauder cette expression – So Miles devrait constituer un cas d’école.

Visuel : © Irving Magi

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