Jazz

Chrystelle Alour nous parle de « Traversée »

Chrystelle Alour nous parle de « Traversée »

05 juin 2019 | PAR Aurélie Brunet

Suite à son concert entraînant au Sunset le 12 avril dernier, nous avons voulu en savoir plus sur le processus créatif de la compositrice, musicienne et chanteuse Chrystelle Alour, qui sort son premier album prometteur « Traversée ». Un album précieux et authentique, qui nous entraîne sur le fil de sa voie cristalline de la musique brésilienne, au jazz en passant par la chanson française. Avec douceur et sensibilité, l’artiste partage avec TouteLaCulture la pureté de son inspiration.

Par Aurélie Brunet

 

Avec votre premier disque Traversée, vous mettez avec une spontanéité joyeuse la tristesse et la nostalgie en musique. Quels sont vos rapports avec la Bossa Nova et le Jazz ?

Il y a une couleur mélancolique dans mes compositions, que l’on trouve dans le jazz, mais il y a également toujours une couleur joyeuse, qui réside souvent dans le rythme. C’est une sorte d’équilibre qui se fait naturellement. Les mélodies reflètent profondément un Etat intérieur. C’est ensuite sur cette base mélodique et harmonique que j’écris mes textes. Les mots me sont dictés par la musique.

Contrebasse, guitare, saxophone, batterie, piano : comment avez-vous composé l’ensemble des partitions pour tous ces instruments ?

Pour chaque morceau, je procède de manière intuitive et sans intention. Comme je compose quasiment tout à la guitare, certains rythmes me viennent plus fréquemment que d’autres. C’est ainsi que les rythmes de musique brésilienne me viennent plus naturellement pour les morceaux composés à la guitare. Mais ensuite, j’adapte en fonction de l’atmosphère que je veux donner à la chanson. Par exemple, la balade dans l’eau vive était au départ destinée à être une bossa, puis au fil des répétitions, je lui ai donné une couleur plus jazz.

Lors du concert, la guitare et le piano étaient-ils les instruments « leaders » ?

Le duo guitare piano constitue effectivement le cœur de ma musique. Le saxophone peut apparaître comme l’instrument leader parce qu’il est un véritable soliste et qu’il n’accompagne pas les autres instruments. Mais la véritable identité de mes musiques est donnée par la guitare et le piano.

En concert, on sort naturellement du format de la chanson, de quelques minutes, et je donne plus de liberté à l’improvisation de chaque instrument. On revient au jazz. Lorsque j’ai composé, je ne voulais pas que les mots prennent le dessus sur la musique, comme cela arrive souvent en français. Étrangement, lorsqu’une chanson est écrite en français, elle apparaît plus comme de la chanson française, et semble faire sortir la musique du jazz. Mais ce n’est qu’une impression liée à la puissance de la langue française, qui dans notre esprit prend plus de place que la musique. Je pense que l’on peut écrire le jazz et la musique brésilienne en français, c’est ce que j’ai essayé de faire avec mon disque.

Comment s’est faite la conjugaison des 5 instruments dans votre processus créatif pour votre disque Traversée ?

Elle se fait naturellement en jazz. Chacun y a une place bien définie. La structure des morceaux et la place de chaque instrument suivent un format classique dans mes chansons, que l’on retrouve sans doute plus en concert que sur le disque. En tout cas, cela me fait toujours plaisir d’entendre des spectateurs me dire qu’ils n’écoutent pas de jazz, mais qu’ils aiment mon disque. Cela me donne l’impression d’avoir franchi des barrières et d’avoir amené des personnes vers le jazz.

Pour composer, il faut se mettre dans un certain état intérieur. Mais cet état est souvent perturbé par la vie que l’on mène. Il est rare de pouvoir trouver un temps de tranquillité et de solitude propre à la créativité. Alors il faut s’adapter, et faire en sorte de transformer les obstacles apparents, en alliés. C’est ce que j’aime avec la guitare. Je peux composer en compagnie des autres, transporter ma guitare, et laisser aller mon imagination en présence par exemple de mes enfants. C’est ainsi que j’ai composé ma chanson « Neiges d’avril » en présence de mes enfants. Elle est devenue une véritable déclaration d’amour pour eux. C’est je crois ce qui m’a le plus plu dans la composition de ce disque. Je l’ai fabriqué avec la présence de mon entourage. C’est un disque profondément encré dans ma vie de tous les jours. C’est ma plus grande satisfaction : avoir ressui à transformer les contraintes de ma vie en alliées.

Pouvez-vous nous détailler en quoi l’improvisation a-t-elle une place prépondérante dans le jazz ?

Les morceaux que vous avez entendus pendant le concert sont construits de façon classique pour le jazz. On y retrouve l’exposé d’un thème, au chant ou au saxophone et à la guitare, puis des solos d’improvisation de chaque instrument. Apres l’exposé de chaque thème, nous avons improvisé en live sur la structure harmonique du morceau.

Votre sœur Sophie est saxophoniste, votre frère Julien trompettiste. Vous êtes l’aînée et composez de la musique…

La musique est certainement notre mode d’expression et sans doute de communication. C’est un beau cadeau de la vie, un lien très fort qui nous unit tous.

Pour écouter le disque Traversée :

Pour en savoir plus sur Chrystelle Alour: ici

 

Visuel : ©Alice Lemarin

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Aurélie Brunet
Aurélie Brunet est journaliste membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre. Elle explore les arts à Paris pour TouteLaCulture et d'autres médias.

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