Chansons
« Dreamer » de Rosaway : rêver de cieux plus colorés

« Dreamer » de Rosaway : rêver de cieux plus colorés

12 septembre 2020 | PAR Eliaz Ait Seddik

Dreamer, l’EP de Rosaway, qui sort le 9 octobre, est une pastille soul-pop qui n’en finit pas de révéler ses saveurs à la fois complémentaires et contradictoires. 

A l’origine de cet EP de cinq titres, la rencontre de deux individus créatifs, des plus différents. D’un côté, Rachel, diplômée d’Etat de flûte traversière classique et chanteuse lyrique, de l’autre, Stéphane Avellaneda (surnommé SteF), batteur blues. Ce court album est le terrain de la rencontre de ces deux mondes qui parviennent à fusionner dans une forme de Soul Pop pleine de vitalité. Au jeu de batterie détonnant de SteF viennent ainsi s’ajouter, beaucoup plus inhabituels dans cet univers musical, les solos de flûte traversière de sa comparse, lesquels parfois entrent dans une osmose si parfaite, que l’instrument à vent en vient à sonner comme une percussion.

Mais, les instruments les plus intéressants sont les cordes vocales des deux artistes. Ainsi, le chant de Rachel, loin de la carrière d’opéra qu’elle avait un temps envisagée, affiche un registre grave et des tonalités soul chaleureuses. Elle adopte souvent le rythme saccadé des batteries de SteF. De son coté, lui, apporte en contrepoint dynamique, une voix plus douce et aiguë, qui l’accompagne dans des chœurs, presque enfantins par moments. Cette combinaison d’une voix imposante au premier plan et de chœurs cristallins venant l’étoffer, rappelle l’influence des musiques blues du sud des Etats Unis que le duo revendique. Cela, en y apportant une candeur bien à eux qui s’approche plus des territoires de la Pop contemporaine et permet un métissage réussi.  

Derrière les apparences

Cependant, cette candeur n’est que d’apparence. Car, si à la première écoute, on peut avoir l’impression d’un ensemble cotonneux où tout est dépeint comme allant parfaitement bien dans le meilleur des mondes, derrière cette surface aux allures superficielles, se dissimule une morosité acidulée qui sous tend l’énergie musicale débordante et chaleureuse du projet. Ainsi, « It’s alright », derrière son titre aux allures optimistes, est en réalité un cri de guerre, de ralliement face à la menace de la catastrophe écologique planant au-dessus de nous. « Dreamer », quant à lui, est un titre plein de compassion pour un personnage qui faisant le bilan d’une vie décevante se réfugie dans ses rêves. Dans ce morceau, le refrain de Rachel : « Dream and walk away from your life » (« Rêve et échappe-toi de ta vie ») a les accents d’une incantation gospel qui, à force d’être répétée, pourrait peut être faire disparaître la morosité de la vie quotidienne et ses tracas.    

De fait, l’album peut s’écouter de deux manières. En faisant attention à ce qu’il raconte, on termine l’écoute avec un goût d’amertume saupoudrée de sucre. Mais, l’auditeur peut aussi faire le choix de se concentrer uniquement sur la musicalité euphorique de ce disque et ainsi se laisser emporter dans son paradis pastel artificiel. C’est alors une échappée colorée et rêveuse face à une actualité qui l’est de moins en moins.

Dreamer, Rosaway. Distribué Ropeadope records/Infinity Gritty. 

Visuel : ©Audrey + Wandy – pochette de l’album Dreamer de Rosaway. 

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