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Variations épicènes, sept graphistes bien dans leur genre

Variations épicènes, sept graphistes bien dans leur genre

12 septembre 2020 | PAR Maëlle Polsinelli

A la MABA, la commissaire Vanina Pinter met à l’honneur le travail de sept graphistes autrices et nous invite à pénétrer au cœur de leur imaginaire, côtoyant la création et son germe.

L’exposition à la Maison d’Art de Bernard Anthonioz (MABA), labyrinthique tant les couloirs sont tortueux, se parcourt à travers sept salles, dont chacune est consacrée à une artiste. Margaret Gray, Catherine Guiral, Anette Lenz, Fanette Mellier, Marie Proyart, Susanna Shannon et Sylvia Tournerie, chacune a ses coins de mur où siègent leurs créations. Nous flânons, entre les brochures colorées de halos  en variation – symbolisant la lumière du Phare -, écrans télé où sont projetés les habillages visuels réalisés, livres de design éditorial, très grands, ou très petits comme cette Matriochka de Fanette Miller de 6,5cm de long qui nous parle de transmission entre grand-mère et petite fille. Le graphisme se fait l’écho de la petite histoire donc, comme de la grande : le travail minutieux et titanesque de Margaret Gray, conceptrice de la façade sérigraphiée des Archives départementales du Bas-Rhin, – galeries de portraits du passé alsacien et écritures de diverses époques – nous est dévoilé ici, sur les murs et dans un livre consultable.

Le métier de graphiste, tout un art 

Mais au cours de notre déambulation, une question nous poursuit. Quel est le sens d’une telle exposition, dont tout – ou presque – peut-être vu ailleurs qu’en ce lieu saint ? Leurs livres sont en commerce, le design éditorial et les habillages sont consultables sur internet, la sérigraphie est visible directement sur la façade des Archives…Et pourtant. Il y a quelque chose d’évident dans la démarche de la commissaire, Vanina Pinter : figer le métier pour montrer ce qui bouge mais que l’on ne discerne pas toujours comme étant en mouvement. Le design graphique est partout, il informe (met en forme) le réel, et nous le soupçonnons peu. Parce qu’il est trop présent ? Ou parce que nous ne le connaissons pas assez ? Susanna Shannon a apporté au journal Libération son expertise graphique, deux mois durant (de mars à avril 2012), afin de donner un nouveau souffle à leurs Unes. Elles sont visibles à la MABA, et sont une pierre à l’édifice de notre réflexion. Voit-on toujours le ou la graphiste derrière la Une ?

Cassandre, vraiment épicène ?

Vanina Pinter nous parle de Cassandre, dont un très célèbre graphiste en a fait son surnom, et Cassandre également comme le titre de l’ouvrage de Christa Wolf. Cassandre, nous dit la commissaire, est épicène. Mais nous peinons à le croire. Devant cette exposition de sept femmes, une Cassandre n’est pas évoquée mais occupe notre esprit : Cassandre, fille de Priam et d’Hécube, célèbre figure de la mythologie grecque dont les prédictions ne seront jamais crues. Ne sont-ce pas des Cassandres, ces sept graphistes qui rendent visible l’invisible ? Si la puissance de chaque salle nous échappe au premier abord, elle jaillit avec force à la fin du parcours, comme un tout. L’exposition est à voir pour ce qu’elle dit du métier, pour ce qu’elle en montre, et par la manière dont les genres se répondent. A Nogent-sur-Marne, dans un décor champêtre qui nous éloigne de Paris pourtant proche (à trente minutes en RER) le design graphique prend son sens et offre son sens. Ce qui est parfois associé à l’immédiateté – la communication plutôt que la transmission – dévoile une partie du temps long qui l’a fait naître. Y aller, donc, pour mieux comprendre.

 

Du 10 septembre au 13 décembre à la MABA, 16 rue Charles VII
94130, Nogent-sur-Marne

https://tram-idf.fr/variations-epicenes-maba/

https://www.fondationdesartistes.fr/lieu/maba/

Accès : Château de Vincennes (ligne 1) puis bus 114 arrêt Sous-préfecture.
Ou RER A : Nogent-Sur-Marne (10 min à pied).

Visuel : © Rousset-Templier

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Maëlle Polsinelli

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