Musique
Doggerel des Pixies, du rock puissant qui se perd en chemin

Doggerel des Pixies, du rock puissant qui se perd en chemin

03 octobre 2022 | PAR Adam Defalvard

Les Pixies sont de retour avec Doggerel, album inégal qui arrive pourtant à s’imposer dans le paysage musical grâce à des formules dont eux seuls ont le secret. 

La Bible des Pixies

Formés à la fin des années 80, les Pixies sont un groupe de rock alternatif avec à leur tête le chanteur et parolier Black Francis (né Charles Thompson). Un groupe mythique qui a enregistré quatre albums (pré séparation et reformation en 2004) où les paroles évoquaient souvent des univers surréalistes remplis de références bibliques (« Gouge Away », « Dead », « The Happening », « Monkey Gone to Heaven ».)

L’incontournable chanson « Where is my Mind ? » (1988) impose le style du groupe, des chansons à la fois calmes et énervées qui proposent des ruptures et où il ne faut pas faire confiance aux couplets pour donner le ton du refrain (caractéristique particulièrement frappante sur « Gouge Away ».)

On retrouve l’inspiration biblique simplement en regardant les titres des chansons qui composent ce nouvel album comme « Vault of Heaven », « Pagan Man » ou « The Lord Has Come Back Today ». Cette dernière est justement un très bon moment d’introspection au milieu du rock plus léger que proposent ici les Pixies. Une invitation à la fin des temps, « Today’s the day/That we’re closest to the sun/And everyone’s invited », avec des choeurs angéliques (qu’on retrouve à plusieurs endroits de l’album) et un excellent morceau de guitare électrique en solo au milieu du titre. 

Poésie comique

Le doggerel se traduit en français par poésie comique, et il est vrai qu’à regarder les paroles des chansons de l’album, elles paraissent plus souvent comiques que cosmiques. Rien de mal à cela, mais elles manquent parfois de l’ironie caractéristique du groupe pour relever le niveau. La chanson « There’s a moon on » par exemple, d’inspiration très folk, souffre de son écriture avec une phrase comme « Don’t like a steak with no pepper on it ». Des paroles  qui pourraient être amusantes si elles s’inscrivaient dans une chanson purement comique, ce qui n’est pas le cas. Le patchwork ne prend pas et l’angoisse cosmique du passé se substitue aux cow-boys du Texas. 

Ce n’est pas pour autant que l’album ne transcende pas par moment, loin de là. « Get simulated » et « Dregs of the Wine » s’imposent comme les morceaux phares de l’album. Sur « Dregs of the Wine », la poésie comique ressort fièrement, sublimée par une batterie et une guitare qui s’unissent parfaitement pour une mélodie endiablée. Le retour des choeurs plaintifs et aigus en fond de refrain, très Pixies, est parfait. « Get Simulated » bénéficie de cette même construction de mélodie, avec un refrain entêtant qui rappelle fortement Nirvana (pour qui les Pixies ont été une source d’inspiration.)

Du rock alternatif ?

Les inspirations des Pixies pour cet album restent plus pops et surtout folks que sur leurs quatre premiers albums. « Thunder and Lightning » apparaît presque construite entièrement pour passer à la radio et « Pagan Man » est très oubliable, avec son rythme pop lancinant et ses petits sifflotements à la Arcade Fire.

Black Francis l’a dit lui-même à propos de Doggerel, le côté punk des premiers albums n’est plus là simplement parce qu’on ne peut pas l’inventer et le créer de manière artificielle, il faut alors faire des chansons bien orchestrées. La chanson d’ouverture « Nomatterday » est justement orchestrée à la perfection, avec au milieu du titre une rupture originale qui change la direction de la mélodie et des guitares, mais aussi celle des paroles. On passe de la chanson d’amour (destinée au public ?) « And you know, I really, really, really care for you » à « Don’t piss in the fountain ». La voilà, la poésie comique. 

Doggerel reste dans son ensemble un album assez inégal qui peine parfois à être innovant et qui manque de cohérence dans son patchwork de styles. Heureusement, certains morceaux montrent bien qu’il y a encore une âme rock’ n roll au fond des Pixies. 

Visuel : Pochette officielle de Doggerel des Pixies.

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