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Débuts parisiens de Bruce Liu, 1er prix du Concours Chopin 2021

Débuts parisiens de Bruce Liu, 1er prix du Concours Chopin 2021

18 janvier 2022 | PAR Victoria Okada

Bruce Liu a remporté à l’automne dernier le premier prix à l’un des plus prestigieux concours internationaux de piano. Il a donné son premier récital à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées. Son programme, entièrement consacré à Chopin, montre une maîtrise implacable de l’instrument.

Bruce (Xiaoyu) Liu, né en 1997 à Paris de parents chinois et élevé au Canada, était déjà une figure connue parmi les mélomanes de piano les plus avertis avant qu’il ne se présente au Concours Chopin. En 2012, à l’âge de 15 ans, il a obtenu le Grand Prix au concours OSM Competition, organisé par l’Orchestre symphonique de Montréal ; en 2016, il a occupé la quatrième place au palmarès du 6e Concours international de piano de Sendai, au Japon. En 2019, il s’est présenté au Concours Tchaïkovski (où Alexandre Kantorow a été couronné du premier prix) sans pouvoir jouer davantage qu’à l’épreuve initiale. Ainsi, ceux qui suivent les concours internationaux le connaissent depuis quelques années et reconnaissent son potentiel.

Le programme de ce récital est donc constitué de pièces qu’il a présentées à Varsovie, pièces que certains ont déjà entendues via les retransmissions du concours sur internet. Il commence par le Nocturne en do dièse mineur op. 27 n° 1. Malgré son caractère dramatique, il va assez prudemment, sans l’explosion attendue au moment culminant. Dans le Rondo à la mazur qui suit, il est plus libre dans ses expressions, dans une construction qui fait transparaître une lecture plus qu’approfondie. Il y déploie un sens rythmique vif et naturel que l’auditoire retrouve dans les Variations à la fin du programme. Dans la Ballade n° 2 et l’Andante spianato et Grande Polonaise, il insiste sur l’aspect polyphonique qui traverse l’œuvre de Chopin, en faisant sortir le contre-chant ou une voix secondaire, mais sans rien exagérer. Dans l’Andante spianato, il accorde un soin particulier aux ornements et à ces notes écrites petites dans la partition, et c’est dans ces détails qui exigent à la fois une virtuosité et une sensibilité, qu’il fait preuve de son originalité discrète. Et pourtant, dans cette première partie, le son est encore assez fermé, l’instrument ne sonne guère et la montée d’émotion au climax n’arrive pas.

Après l’entracte, on assiste à un changement de registre. Avec la Sonate en si bémol mineur « la marche funèbre » et les Variations sur « La ci darem la mano » de Don Giovanni, il faut une grande solidité et une endurance… et il les explore avec intelligence. Le premier mouvement de la Sonate est toujours habité par un sens aigu de la construction, alors que dans le deuxième, il réitère la mise en dehors de la voix secondaire (à la main gauche) dans la partie centrale avec beaucoup d’élégance. Dans la célèbre marche funèbre pour laquelle il prend un tempo assez lent, la beauté de sa sonorité dans la partie médiane, céleste et transparente, nous amène dans un paradis éphémère avant de redescendre dans une marche chargée de fardeau. Le final est assez « simple », sans trop d’angoisse ni de pressentiments lugubres ; il semble goûter aux sons qui défilent.

Son interprétation des Variations sur le thème de Mozart est à notre sens la plus aboutie de ce récital. Il joue l’introduction non pas pour « introduire » simplement le thème puis les variations, mais créé un univers chopinien en posant à la fois le caractère léger et grave de l’opéra. Ici aussi, les nombreux ornements sont le terrain de jeu pour le jeune pianiste. Il les traite tantôt avec malice, tantôt avec grâce, en changeant à chaque fois de visage. Dans cette dexieme partie, il est plus engagé dans la musique, fait sonner le piano comme s’il était un autre instrument. La résonance et le son qu’il propose suggèrent quelque chose de lisztien voire de wagnérien, et cela nous donne une véritable envie de l’entendre dans un répertoire romantique tardif.

En bis figuraient deux pièces de Rameau, La Poule et Les Tendres Plaintes. Là, l’élégance de ses ornements nous révèle soudain le pourquoi de son Chopin. Il nous fait également comprendre la lignée du clavier sur laquelle Chopin prend place. Bien que vainqueur dans un concours consacré à ce compositeur, c’est probablement dans d’autres répertoires qu’il pourra mieux dévoiler et développer son potentiel. C’est avec ce sentiment que nous avons quitté l’avenue Montaigne.

Photo © Yanzhang

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Victoria Okada

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