Classique
Verbier aux pieds de Lise Lindstrom dans « Elektra » de Strauss

Verbier aux pieds de Lise Lindstrom dans « Elektra » de Strauss

28 juillet 2017 | PAR Yaël Hirsch

Ce jeudi 27 juillet, le soleil brillait sur le Val de Bagne. Et la chaleur régnait à son acmé à la grande salle des Combins où, pour son dernier jour au Festival de Verbier, Toute La Culture a pu entendre deux concerts très différents et très puissants : le VFJO (le jeune orchestre de Verbier) avec le violoncelliste Edgar Moreau et puis LA Elektra du Festival avec Esa Pekka-Salonen à la baguette et l’exceptionnelle Lise Lindstrom dans le rôle-titre.

C’est Martin Engstroem lui-même qui est venu présenter le premier grand concert des « poulains » du Festival : des jeunes de 16 à 18 ans, choisis dans toute d’Europe pour venir travailler avec les meilleurs professeurs et entièrement pris en charges : transport, habitat, nourriture et cours compris, trois semaines durant à Verbier. Il a d’ailleurs fait un appel aux dons pour eux. Pour ce concert dans la plus grande salle de Verbier, le VFJO était dirigé avec élégance par un « jeune » chef Joshua Weilertsein et répondait à une « jeune » soliste : le violoncelliste Edgar Moreau. Bref, il ne fallait pas avoir beaucoup plus de 30 ans si l’on voulait être sur scène. Or, pour le grand plaisir du public, le programme était européen et très émotif, avec pour commencer l’Elégie de Fauré que Moreau a fait vibrer avec une délicatesse et une tristesse infinie, magistralement secondé par l’orchestre. Puis nous sommes entrés dans un répertoire sacré avec l’adaptation du « Notre père » juif – un air aussi solennel que populaire chanté le soir de Yom Kippour -par Max Bruch : le Kol Nidrei. Moreau a été époustouflant dans cette pièce pour violoncelle où la tension du jugement dernier monte. Et la complicité avec Weilerstein et l’orchestre parfaite pour incarner les rôles de l’officiant à qui répond ses ouailles. Enfin, c’est sans entracte que les juniors de Verbier ont donné une fougueuse 6e symphonie de Dvorak. Menés par un Joshua Weilerstein irrésistiblement entraînant, c’est un plaisir non dissimulé qu’ils ont eu notamment dans les envolées populaires du troisième mouvement. Une performance exceptionnelle pour un nid de jeunes talents qu’on a hâte de suivre et voir encore et toujours progresser…

A 19h, les Combins faisaient salle comble pour une version concert et très attendue du Elektra de Richard Strauss, dirigé par le chef Esa Pekka-Salonen et porté par de magnifiques voix. En remplacement de Thomas Hampson, professeur à l’Académie, Eric Owens a été acclamé. Sous la houlette d’un Pekka-Salonen bouillonnant d’énergie, Verbier Festival Orchestra nous a à nouveau bluffés par sa puissance dans deux heures de Strauss terriblement difficiles et sombres. Secondé par Ingela Bringberg à la voix puissante en Chrysothémis, la sœur plus légère d’Electre, la véritable star de la soirée était la soprano américaine Lise Lindstrom. Voix hors de ce monde, dans sa longue robe verte, elle a incarné par chacune de ses cellules la passion vengeresse de Electre. Son attitude sur scène, totalement inspirée par la mise en scène expressionniste et Jugendstil de l’époque de Strauss et surtout les expressions de son visage répercutées par les écrans faisaient vivre – mieux que toute une mise en scène!- et la musique de Strauss et surtout le personnage mythologique assoiffé de meurtre et décidée à envoyer son frère tuer sa mère Clytemnestre (excellente Anna Larsson), pour avoir tué son père Agamemnon. Alors qu’elle ne quitte pas la scène dès lors qu’elle y est entrée, que même sur les sublimes parties instrumentales son visage exprimait son engagement et les mutations de la narration lyrique, la performance de Lise Lindstrom nous a permis de faire l’expérience dans notre chair de la violence immémoriale de la vengeance d’une femme – et d’une fille. Un moment de musique simplement sublime sur lequel nous quittons à regret un Festival de Verbier qui se poursuit jusqu’au 6 août, toujours sous le signe de l’enseignement et de l’excellence musicale avec des solistes comme Yuja Wang, Laonidas Kavakos ou Nikolaï Lugansky à l’affiche. Tout le programme; ici.

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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