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Ut musica poesis : Conlon et l’Orchestre de Paris en plein romantisme allemand

Ut musica poesis : Conlon et l’Orchestre de Paris en plein romantisme allemand

26 avril 2018 | PAR Suzanne Lay-Canessa

Postromantique, viennois et vénéneux, le répertoire choisi par James Conlon pour ses retrouvailles avec l’Orchestre de Paris rappelle non seulement que Zemlinsky n’a décidément aucun secret pour le chef américain, mais surtout ce que ses pages et celles du premier Schönberg doivent à la poésie et au discours amoureux. Somptueux programme, poignante exécution.

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© Dan Steinberg

C’est avec émotion que James Conlon, du haut de son estrade dressée face à ses six musiciens, rappelle en préambule les liens unissant les deux premières œuvres, relevant davantage de la gémellité que de la simple similitude. Beaux-frères – Schönberg épousera la sœur de Zemlinsky et lui dédiera l’œuvre en question –, héritiers spirituels de Mahler, Zemlinsky et Schönberg exploraient tous deux, à travers la forme du sextuor et la poésie de Richard Dehmel, un chemin entre le chambrisme intimiste de Brahms et le déploiement narratif ininterrompu de Wagner. « Maiblumen blühten überall », exécuté pour la première fois par des musiciens de l’Orchestre de Paris, brille par la belle symbiose des cordes et de leurs traits – affutés, mélancoliques, éthérés –, que s’approprie sans difficulté la soprano Aga Mikolaj.

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© Wernicke

La Nuit transfigurée est ensuite interprétée dans sa version orchestrée – pour cordes, uniquement – mais vibre encore aux nombreuses interventions de ses solistes : la remarquable Ana Bela Chaves à l’alto, en dialogue perpétuel avec le violon de Philippe Aïche. Elaborée sur la trame d’une autre poésie de Dehmel, La Nuit transfigurée se passe pourtant de voix humaine : au tourment puis au déchirement des violons figurant la femme déshonorée succède le ré majeur résolu du « sehr breit und langsam » et la virilité tranquille du violoncelle d’Emmanuel Gaugué. L’opus se conclue sur l’accalmie du « sehr ruhig » entre arpèges des alti et tenus éthérés des violons, et se voit gratifié de chaleureux applaudissements avant même que Conlon ait pu laisser reposer sa baguette.

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@ Clodi

Au retour de l’entracte, on quitte les terres du poème symphonique pour revenir à la voix et à Zemlinsky avec sa Symphonie lyrique. Au complet, l’orchestre équilibre savamment les sept airs qui constituent l’œuvre, intercalant les interventions de Christopher Maltman et d’Aga Mikolaj comme autant d’invectives dirigées l’une vers l’autre. Les poèmes de Tagore se répondent l’un à l’autre : le tourment diffus d’ « Ich bin friedlos » contamine tout, de l’enjoué « O Mutter, der junge Prinz » au final « Friede, mein Herz ». Les tournures sont également à l’écoute l’une de l’autre : pureté des timbres, phrasés tutoyant le sprechgesang sans y toucher, attaques nettes. La partition brille enfin dans toute sa complexité et dans tous ses échos : difficile de ne pas retrouver dans « Mutter, der junge Prinz » la texture si particulière de Des Knaben Wunderhorn et la supplique de « Das irdische Leben ». De quoi reconsidérer avec attention l’œuvre de Zemlinsky, et saluer le règne de James Conlon.

Du mercredi 25 avril 2018 au jeudi 26 avril 2018

Orchestre de Paris

James Conlondirection

Aga Mikolajsoprano

Christopher Maltmanbaryton

 

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