Classique

Samuel Barber, Benjamin Britten, Franz Schubert, Ludwig Van Beethoven : l’Orchestre de Paris à la Philharmonie.

Samuel Barber, Benjamin Britten, Franz Schubert, Ludwig Van Beethoven : l’Orchestre de Paris à la Philharmonie.

15 février 2019 | PAR Antoine Couder

Ponctuellement accompagné de la soprano Renée Fleming, le chef hollandais Jaap van Zweden emballe le public dans une incroyable cavalcade avec la cinquième symphonie de Beethoven.

Lyrisme échevelé. Aux dires de quelques spécialistes, le directeur musical du Philharmonique de New York a pris en quelques mois une belle assurance, imprimant d’abord la douceur de son jeu sur la Sinfonia da Requiem pour orchestre de Benjamin Britten. Attentif aux séquences qui alternent lamentation et discours plus vifs, il extrait des pupitres ce lyrisme échevelé qui papillonne entre tradition et modernité. Prélude à son War requiem écrit 20 ans plus tard, l’œuvre tire tout son bénéfice de la tension amorcée dans un premier mouvement subtilement mahlérien (Lacrymosa) et plus chaotique dans le second (Dies Irae) qui revient à l’apaisement tout au long du requiem proprement dit, exécuté en trois mouvements et glissant lentement vers le silence.

Virile interprétation. Pièce centrale de la première partie du concert, Britten fait écho à Beethoven dont l’orchestre reprend la cinquième symphonie avec brio, dans une seconde partie, ébouriffante et jubilatoire. De son célèbre cœur mélodico-rythmique, Van Zweden fait apparaître la cadence absolument moderne, tenant l’orchestre en laisse courte pour faire vibrer son tempo faussement militaire. Magie de l’orchestre de Paris et révélation pour le public qui redécouvre l’œuvre dans son interprétation à la fois virile et résolument hédoniste.

Good people from America. Pour autant, la belle performance de Van Zweden ne fera pas oublier les interventions de Renée Fleming qui compte à Paris beaucoup d’Aficionados. Et qui d’autre que celle qui a chanté l’hymne national américain lors de la finale du Super Bowl (la seule artiste classique à ce jour) pouvait mieux nous faire goûter à cette culture américaine distillée dans le Knoxville de Samuel Barber ((1915). On la sent toute pénétrée de ce texte allègre et élégiaque d’une Amérique rêvée, celle des « good people » d’antan, optimistes et en même temps convaincus de la fragilité de leur existence.

Profondeur de Schubert. Le texte de James Agee offre à la soprano l’occasion de jouer tout en subtilité pour accompagner une pièce qui compte sans doute parmi les chefs d’oeuvres de la musique américaine. Fleming toujours surprenante de spontanéité, mélange de profondeur et de gaieté, ne restera pas longtemps « en dehors » se saisissant du prétexte de trois lieds de Schubert pour démontrer sa haute science du chant. Elle délivre ainsi et juste avant l’entracte un incroyable « Nacht und Träume » qui bouleverse l’assistance. Ceux qui l’ignoraient encore ont pu apprécier cette belle promesse contenue dans le poème de Matthäus Von Collin qui accompagne la musique envoutante du compositeur. Nieder wallen auch die Träume, Les rêves aussi viennent en descendant.

Visuel : ©Hans Van Der Woerd

 

« Jusqu’à ce que les pierres deviennent plus douces que l’eau » d’Antonio Lobo Antunes : Douloureux souvenirs d’Angola
Le dilemme de Lomepal entre amour et Rap
Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il prépare actuellement une biographie de Jacques Higelin (Castor Astral, 2020)

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *