Classique

Philharmonie de Paris : Messe en Ut mineur et Ode à Sainte-Cécile

Philharmonie de Paris : Messe en Ut mineur et Ode à Sainte-Cécile

16 décembre 2018 | PAR Antoine Couder

Salle Pierre Boulez, le Mozart arrangeur d’Haendel et champion du chant liturgique était à l’honneur sous la baguette triomphante de Marc Minkowski.

Ce soir, le public était entre de bonnes mains, celle du chef Minkowski, continuateur des pionniers de la musique baroque, William Christies au premier chef, qui présentait non sans malice ce programme mozartien, de l’Ode charmante à Sainte-Cécile arrangée par le prodige pour donner — en deuxième partie — cette glorieuse pièce de résistance, messe inachevée, écrite pour la belle Constance et qui compte parmi les œuvres majeures de la musique du grand siècle.

Brutale intimité. On écoute avec ravissement les chanteurs Ana Maria Labin et Ambroisine Bré (sopranos), Owen Willetts (alto), pour n’en citer que quelques-uns, jouer entre clarinette, flûtes et hautbois des récitatifs étendus qui laissent tout loisir à la variation affable et lumineuse qui structure cette ode composée en 1739 prétendant que la musique est le seul liant qui permet à l’univers de ne pas tomber dans le chaos. Des solos instrumentaux introduisant les douze petites parties, Mozart accentue l’affirmation de la puissance de la musique dans une joie retenue et bienveillante, joliment accompagnatrice du monde tandis que le chef pousse son ensemble du Louvre à déboutonner la rythmique pour plonger ensuite et sans prévenir dans la brutale intimité des duos voix-instruments avant de lancer son final tonique et rayonnant.

Un toujours là. Après l’entracte, place donc au tragique mozartien qui s’insinue dès les premières notes du Kyrie, parfaite acrobatie des kicks de l’artiste devenu expert en messes et parfaitement indépendant. La couleur est tendre et emportée, à vrai dire magnifique et toujours difficile à jouer. Mozart survole, met de la liesse dans le goût de la mort qui approche. Il y a bien liturgie mais aussi cette incroyable présence qui semble encore s’incarner du bout des lèvres des interprètes qui chantent ce «toujours là» résistant à l’oubli. On sait que cette Messe est aussi une lettre d’amour et que — demeuré inachevée — elle garde ses mystères. La réalité de l’amour plus intéressante qu’une simple partition funèbre, c’est bien la morale de cette composition dont on retient la capacité à assembler avec «la même aisance style sévère (Kyrie, Gratias), fioritures galantes (Laudamus te) et élans dramatiques savamment contrôlés (Domine DeusQuoniam), avec un souci permanent du lyrisme qui s’exprime pleinement dans l’Et incarnatus est » (cf. Jean-Christophe Pucek). Pour autant, le credo et le sanctus sèment le doute, la confusion comme si la vibration originelle se perdait… La mort ? Cette acceptation sous la forme d’une perte d’intensité à la façon d’un nageur perdu qui cède peu à peu à la noyade. Le Benedictus remet les pendules à l’heure, nous ramenant à cette ferveur joyeuse qui nous dit à mi-voix que la mort n’est peut-être pas une affaire si sérieuse…


Visuel : Marc Minkowski © Marco Borggreve

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Antoine Couder
Antoine Couder est journaliste. Il est l’auteur de « Fantômes de la renommée (Ghosts of Fame) », une autofiction portée par l’histoire de la musique enregistrée qui a été sélectionnée pour le prix de la Brasserie Barbès 2018. Son travail explore le lien narratif entre document et fiction et plus particulièrement le thème de la musique, entendue au sens de l’écoute et de l’inspiration qu’elle procure. Il écrit actuellement une fiction anthropologique se déroulant entre l’Allemagne, la Suisse et la France.

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