Classique

Pendant un rêve, « Der Freichütz » fait apparaître l’invisible magie de la musique en forêt profonde.

Pendant un rêve, « Der Freichütz » fait apparaître l’invisible magie de la musique en forêt profonde.

12 mars 2019 | PAR Bérénice Clerc


Le théâtre de Caen accueillait, dans le cadre de Spring,  festival de magie nouvelle et de toutes les disciplines du cirque, la compagnie 14:20 pour une mise en scène, comme issue d’un songe d’une nuit au milieu des forêts, « Der Freichütz » de Weber entraîné par Laurence Equilbey, l’insula orchestra et le choeur Accentus.

 

Avant de voyager le 17 mars à Bruxelles, le .22 mars à Vienne, le 12 et le 14 juillet au Ludwigsbourg, Ludwigsburger Schlossfestspiele et au théâtre des Champs Elysée pour la saison 19/20, « Der Freichütz » fit apparaître beautés et magie à Caen.

14:20 est une compagnie de magie nouvelle, le terme est un peu étrange mais il tend à nommer une magie contemporaine, loin des clichés parfois démodés de la femme coupée en deux et du lapin sortie du chapeau après la blanche colombe. La magie mise en scène par Clément Dubailleul et Raphaël Navarro opère, dès le début du Freichütz la musique envoûte les spectateurs, les entraîne au cœur la forêt noire, dans le noyau du romantisme où vendre son âme devient possible. Comme dans un rêve, les personnages apparaissent, disparaissent, ils chantent, parlent, le chœur Accentus démultiplie l’espace. La musique se fait chair, l’invisible, le visible, le réel et l’immatériel emportent le spectateur avec la musique pleine, romantique à souhait, en mouvements et suspensions comme une bulle de savon dans un espace sans air. Des images projetées, des balles lumineuses, des mouvements aspirés par l’énergie cosmotellurique, la musique romantique, mélancolique, profonde à la joie cachée, la lumière somptueuse d’Elsa Revol, comme une mise en scène dans la mise en scène font naître un univers intemporel loin des clichés germaniques souvent associés au Freichütz. Beaucoup de poésie se dégage de la direction de Laurence Equilbey qui livre une belle énergie soutenue, joyeuse et des vents aux couleurs magnifiques. Les rôles féminins sont vocalement de très haut niveau et les hommes ne sont pas en reste. Les spectateurs chamboulés par cette vision inattendue à l’opéra, ils plongent dans l’univers magique comme Alice au pays des merveilles se laisse aspirer par les abysses de son intérieur sombre. Nous avons hâte d’entendre le scandale que le spectacle va surement susciter chez les passéistes ringards qui se rendront au Théâtre des Champs Elysée la saison prochaine ! S’il fallait trouver une faille à cet objet spectaculaire, nous pourrions reprocher le jeu des chanteurs un peu figé et les costumes tristes, ternes alors qu’ils auraient pu être la blancheur lumineuse des villageois, la joie des ombres. Mais cela ne gâche pas le plaisir et le voyage au bout de la forêt est grand. Une expérience à vivre.

 

Visuel : ©Julien Benhamou.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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