Essais

« Et ils mirent Dieu à la retraite » : L’essai de Didier Le Fur sur les origines humanistes de l’Histoire comme discipline inaugure les publications de « Passés Composés »

« Et ils mirent Dieu à la retraite » : L’essai de Didier Le Fur sur les origines humanistes de l’Histoire comme discipline inaugure les publications de « Passés Composés »

12 mars 2019 | PAR Yaël Hirsch

Ce mercredi 13 mars, la nouvelle maison dédiée à l’Histoire du groupe Humansis  publie ses deux premiers livres : un essai historique de Fadi El Hage sur la décadence de la Noblesse et, sous une couverture rouge, un essai historiographique du spécialiste de François Premier sur la naissance de notre Histoire dotée de sens à l’heure de l’humanisme. Véritable voyage du 16e siècle à aujourd’hui Et ils mirent Dieu à la Retraite est un récit passionnant.

Spinoza, Pascal, Descartes, Vico, ces penseurs européens qui ont osé mettre l’homme au centre ou en tout cas lui accorder une marge de liberté face à la toute-puissance divine, nous avons compris combien ils ont enduré possible notre individualisme et, en ébranlant le theologico-politique, nos régimes politiques sécularisée en Occident. Didier Le Fur, lui aborde la question du point de vue de l’histoire. Avec une thèse simple : l’histoire comme discipline et non plus comme simple récollection et narration est née à la Renaissance au moment où l’homme a pris son autonomie par rapport à Dieu : « Si Dieu n’agissait plus, l’homme qui avait recouvré sa liberté pouvait cependant avoir une histoire à lui, et la rechercher.

Le récit de ses progrès, depuis son état de nature jusqu’à celui d’alors, lui serait utile pour mesurer le chemin parcouru » (p.61). Passant par le rationalisme, l’idéalisme, l’historicisme, le positivisme et prononçant jusqu’au 20e siècle et l’école des Annales, l’essai montre alors comment se structure cette discipline historique autour de la notion de progrès. L’Histoire devient « utile » (p. 86) et en réalité, depuis l’été moderne elle l’a toujours été. Ce faisant Didier le Fur nous sort d’une certaine fausse innocence, montrant combien cette vision téléologique a permis de relire le passé (par exemple Michelet revisitant le 17ème siècle à l’aune de l’imprimerie et de la diffusion des savoirs plutôt que de ma poudre et de la boussole p. 145) le mettant au service des enjeux de pouvoirs présent. Et il nous laisse un peu sur le gué en misât la question qui fâche : celle de savoir si la réflexivité du 20e siècle a permis de rompre avec le règne de la Philosophie de l’histoire.

Alors qu’aujourd’hui plus que jamais l’histoire est mobilisée comme autorité, pour soutenir bien des points de vues politiques, il semble que le sens du progrès et le besoin pour l’homme postmoderne « de prendre conscience de son parcours » (p.212) demeurent. Même si bien des illusions ont été dévoilées, le texte de Didier le Fur ne dit pas mais amène à se demander s’il n’est pas difficile – même pour les scientifiques- d’abandonner l’idée d’histoire comme trajectoire qui avance.

Didier Le Fur, Et ils mirent Dieu à la Retraire, une brève Histoire de l’Histoire, Passés Composés, Sortie le 13 mars 2019.

Visuel : couverture du livre

Pendant un rêve, « Der Freichütz » fait apparaître l’invisible magie de la musique en forêt profonde.
Xavier Gras, organisateur du « Bonheur est dans l’instant »
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *