Classique

Oriental Liszt jette des ponts mélodieux sur la Méditerranée [La folle journée, Cholet]

Oriental Liszt jette des ponts mélodieux sur la Méditerranée [La folle journée, Cholet]

28 janvier 2019 | PAR Yaël Hirsch

Dans le cadre des Folles Journées en Région qui annoncent « La » fameuse Folle Journée ( du 30 janvier au 3 février) en Pays de Loire, le dimanche 27, le théâtre de verre de Cholet (Loire) faisait salle comble pour un spectacle sur Liszt Oriental pour quatuor original imaginé par Nicolas Dufetel.

Crée aux Lisztomanias de Châteauroux en octobre dernier ce spectacle imaginé par Nicolas Dufetel, chercheur CNRS à l’IReMUs) et spécialiste de Liszt, ce concert va puiser dans les origines hongroises et l’expérience du Voyage en Orient du compositeur pour proposer une grande transhumance avec des transcriptions de ses œuvres pour piano (Nathanaël Gouin), violoncelle (Astrig Siranossian) mais aussi Qanun (version orientale du cymbalum par Nidhal Jaoua) et Oud (Ihab Radwan).

La lumière est douce, tamisée et se reflète sur le piano quand Nicolas Dufetel entre en scène pour nous présenter le programme un peu extraordinaire de ce soir. Lorsque Franz Liszt va jouer pour le sultan en 1847, ce dernier reconnaît dans certains airs, alors que ceux-ci sont en fait puisés à ses racines hongroises. Et le musicologue nous rappelle que la Valachie (actuelle Moldavie) et certains confins de la Mitteleuropa ont été appelés « Turquie Européenne». C’est cette rencontre de l’Empire Ottoman et de la grande musique occidentale du 19e siècle que le concert va célébrer.

L’ode au métissage commence avec du Liszt, forcément, et en première ligne duquel l’on trouve le piano. L’on entend la Sonate en si mineur, le violoncelle entre dans la danse puis ce sont l’Oud et le Qanun qui font duo avant que les quatre instruments se mêlent dans une fête folklorique généreuse. Qui se prolonge avec la Rhapsodie roumaine qu’on redécouvre et revit autrement, toutes les écoutilles ouvertes et en fête. Nathanaël Gouin présente avec gaieté la suite du programme où l’on quitte un temps les harmonies de Liszt aux influences orientales retrouvées, pour se plonger dans un air folklorique arménien de l’Empire Ottoman. C’est un air d’exil très puissant de Komitas, joué et chanté par Astrig Siranossian.

Sans transition et sans que le public très ému ait pu assez atterrir pour applaudir, le pianiste nous emmène vers une version très mélodieuse et très justement sentimentale de la Consolation pour piano, transcrite pour les quatre musiciens. Ensuite, c’est presque l’entracte ou un autre acte avec une improvisation presque jazz du Quanun qui nous permet de goûter les notes cristallines de cet instrument que nous connaissons trop peu.

Retour à un Liszt presque orthodoxe avec les premières notes de la 3e Rhapsodie hongroise dont la transcription fait vraiment sentir les influences orientale. le piano commence fort, l’Oud se glisse dans le son du piano avec un beau regard de connivence des deux musiciens, puis le duo Piano / Violoncelle se répond avant que l’intensité dramatique grimpe encore avec les quatre instruments ensemble.

Place ensuite à la culture populaire égyptienne des années 1920 avec une ballade amoureuse pour oud et voix de Sayed Darwish interprétée par Ihab Radwan.

Un amour qui fait mal et un peu peur et qui est grandement applaudi avant que l’oud se tamise et que les quatre musiciens enchaînent sur des variation sur les danses populaires roumaines de Bartok. Le piano prend le mors avec un son puissant et une virtuosité impressionnante. À temps, on retrouve un peu de Liszt nu, mais très vite l’on se réjouit de l’union et du tour de force du quatuor qui donne presque envie de danser.

Avec malice, le Qanun nous emmène vers les rivages métissés du dernier morceau. Point d’orgue et pur moment de joie de ce concert entre Occident et Orient, le final varie à partir d’un thème de Caprice à la turque emprunté par Liszt à Beethoven. L’on passe un peu par toutes les émotions et les musiciens se challengent, sourient et se répondent dans les accélérations voulues, lorsque le thème revient.

Le concert est acclamé, avec les mains et les pieds, par le public de Chollet ravi d’avoir entendu des instruments qu’ils ont peu l’occasion d’entendre et qui se rend à la rencontre des musiciens après le concert. La folle journée a continué à Cholet hier avec un dernier concert de carnets de voyage hispanique porté notamment par le Quatuor Modigliani au Théâtre Saint-Louis. Quant à ce Liszt oriental : vous pourrez l’entendre jusqu’à Constantinople (Istanbul) en passant par La Folle Journée, le 3 février prochain à 10H au Grand Atelier du lieu Unique, à Nantes. 

visuel : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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