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Orchestre national de Lille : un concert d’ouverture tourbillonnant et audacieux

Orchestre national de Lille : un concert d’ouverture tourbillonnant et audacieux

29 septembre 2018 | PAR Alexis Duval

Pour inaugurer sa saison, la formation hauts-de-française a frappé fort avec un programme Lindberg-Ibert-Stravinsky. On en redemande !

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Assister à la naissance d’une œuvre est toujours une chance. Quelles que soient les circonstances : qu’on la fasse sienne, qu’on la laisse maturer en nous ou qu’on la juge “banalement néotonale”, comme un critique l’a souligné, jeudi 27 septembre, au concert d’ouverture de la saison de l’Orchestre national de Lille (ONL), au Nouveau Siècle. La création contemporaine doit être soutenue, et c’est que s’emploie à faire la formation hauts-de-française, depuis sa fondation par le chef Jean-Claude Casadesus, en 1976.

L’œuvre du jour, jouée pour la première fois en France, s’intitule Tempus fugit du Finlandais Magnus Lindberg, accueilli en résidence pour la saison 2018-2019. Un titre à la portée universelle qui dit à la fois l’inéluctable et l’urgence. En cinq parties, le compositeur déploie une musique très visuelle qui rappelle de ce fait la forme du poème symphonique. Même si l’opus a été commandé dans le cadre des célébrations du centenaire de la Finlande, les lignes mélodiques évoquent moins le génial compatriote de Lindberg, Jean Sibelius, que Gustav Mahler. Tantôt mystérieuse, tantôt brillante, la pièce se veut et se vit en plusieurs dimensions. A la direction, le chef Alexandre Bloch, indissociable de son costume satiné, a pris un plaisir communicatif à faire découvrir Tempus fugit au public lillois.

Une rythmique pas si éloignée du jazz

On était curieux d’entendre l’opus suivant, signé du Français Jacques Ibert. Son Concerto pour flûte (1934) n’a pas déçu : le soliste Clément Dufour, qui a remplacé au pied-levé (à peine deux jours !) le Suisse Emmanuel Pahud, souffrant, a agréablement surpris par sa grande maîtrise technique. L’œuvre est connue pour être ardue et était considérée comme impossible à jouer les premières années qui ont suivi sa création. L’Allegro, l’Andante et l’Allegro scherzando donnent à l’instrument à vent toute son envergure. Le troisième mouvement, avec son éclat tourbillonnant et sa rythmique pas si éloignée du jazz, était particulièrement réussi.

Pour clore en beauté le programme de la soirée d’ouverture, Petrouchka (1911) d’Igor Stravinsky. Comment ne pas penser au Sacre du printemps dès les premières notes du premier mouvement ? Ecrite deux ans avant, la pièce présente de nombreuses phrases mélodiques que le compositeur réemploiera dans son Sacre qui fit tant scandale. Les quatre tableaux, très différents, ont en commun une flamboyance, une franchise et une fraîcheur. On goûte avec délice à la mordante ironie de certains airs. Là aussi, l’aspect technique est redoutable : l’Orchestre national de Lille a eu un peu de mal à tenir la synchronicité, notamment à la fin du troisième tableau. Mais qu’importe, le geste était beau et l’ensemble de très bonne tenue. Avec un concert inaugural de haute volée, l’ONL fait aux mélomanes la promesse d’une saison éclatante.

Le concert est rejoué samedi 29 septembre au Phénix de Valenciennes (Nord). Plus d’informations sur le site de la salle.

Crédits photo : Ugo Ponte / ONL

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Alexis Duval

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