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Nelson Freire dans Bach, Schumann, Chopin et Villa-Lobos aux Nuits du Château de la Moutte [Live-Report]

Nelson Freire dans Bach, Schumann, Chopin et Villa-Lobos aux Nuits du Château de la Moutte [Live-Report]

11 août 2017 | PAR Yaël Hirsch

Alors que le Château de la Moutte a été la propriété de l’homme politique Emile Ollivier et de sa femme, Blandine Listz (fille du compositeur  et pianiste virtuose avec la comtesse d’Agoult), le piano est donc un instrument essentiel des nuits musicales qu’on y passe chaque été. Au coeur de leur 42e édition (qui a commencé le 1ier et se termine le 13 août), Les Nuits du Château de la Moutte ont invité le mythique pianiste Nelson Freire à venir interpréter des transcriptions de cantates de Bach, du Schumann, du Chopin et du Villa-Lobos. Un concert émouvant sous les palmiers de la Moutte que les tropéziens sont venus applaudir nombreux…

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Le placement étant libre, le public qui n’a pas assisté à la leçon de musique préalable dispensée par le musicologue Nicolas Duffetel à 18h est venu une heure en avance pour assister au concert de 21h et y être bien placé. C’est l’occasion de voir de jour le cadre magique de la Palmeraie du Château de la Moutte et de siroter un verre de vin au coucher du soleil. Après un mot bref et ensoleillé du directeur du Festival, Jean-Philippe Audoli, cette soirée placée sous le patronage de la mécène Aline Foriel-Destezet commence.

C’est avec une joie non dissimulée et vêtu d’une chemise de soie noire que le pianiste brésilien Nelson Freire entre en scène dans une lumière rougeoyante. Préparé par la leçon qui a mis le point sur le « i » de l’intertextualité, le public accueille avec recueillement quatre transcriptions de cantates de Bach que la légèreté du toucher du grand pianiste septuagénaire fait sonner avec délicatesse, dans un combat poétique avec le mistral – et un peu moins poétique avec le DJ set adverse de Breakbot et Joris Delacroix que l’hygrométrie et le vent font remonter jusqu’à la Moutte… Dans les quatre adaptations délicates, l’italianité de Siloti et Busoni se ressent tandis que la transcription pour piano du motet « Jesus meine Freude » par Myra Hess laisse une impression plus grave et plus durable. Après un salut concentré, Freire emporte son public dans l’épiphanie de ce concert tropézien : la Fantaisie en Ut de Schumann (1835) qu’Andras Schiff nous a jouée un peu plus tôt dans l’été à Verbier (lire notre article). Aérien, peut-être moins marqué par l’influence de Beethoven dans cette oeuvre que par son romantisme hanté de rêves et de succubes, Freire excelle notamment dans le deuxième mouvement où ses mains dansantes assurent l’unité complexe et enchanteresse d’une intention à la fois « énergique et modérée ». Un bref salut après la magie absolue et c’est l’heure de l’entracte avec des bulles et l’odeur des pins…

La deuxième partie du concert est plus clivante avec trois petite pièces « de caractère » et acérées issues de A próle do bébé (1943) du compatriote du soliste Heitor Villa-Lobos, suivies d’un gros morceau de Chopin : la Sonate n°3 opus 58 (1844). Freire interprète ce morceau culte avec une virtuosité tojours très (trop?) aérienne qui laisse percer quelques notes, notamment dans le deuxième mouvement « scherzo ». Applaudi très fort pour ce tube joué avec une passion qu’il a su transmettre au public, le pianiste, visiblement très heureux d’être là et satisfait de la grande qualité de l’écoute, offre avec générosité trois bis hauts en couleurs, parmi lesquels du Chopin et … du Villa-Lobos.

Il est 23h15 quand le public tâtonne hors de la palmeraie pour trouver son chemin vers la sortie – à regret!- sous un beau ciel étoile.

Les Nuits du Château de la Moutte se poursuivent et se terminent le 13 août avec un concert « jazz all star » dont le coryphée sera le génial Jackie Terrassion. Qiant à Nelson Freire, il reste dans le Sud de la France encore un peu avec le même programme prévu le 12 août au Festival de Menton et le 14 août au Festival de La Rocque d’Anthéron.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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