Classique

Nathalie Stutzmann donne de la voix aux arie antiche

Nathalie Stutzmann donne de la voix aux arie antiche

09 novembre 2017 | PAR Elodie Martinez

Dimanche, à Montpellier, la chef(fe) et contralto Nathalie Stutzmann proposait au public d’entendre un programme axé autour des arie antiche, ces airs réunis par Alessandro Parisotti afin de compiler en trois volumes, entre 1885 et 1900, des pièces vocales les plus susceptibles d’attester du génie italien dans le domaine musical, parfois en les arrangeant pour voix et accompagnement au piano. Ces Arie antiche constituent dès lors des recueils d’airs dans lesquels élèves et artistes confirmés n’hésitent pas à piocher…

Nathalie Stutzmann et son ensemble Orfeo 55 avaient déjà donné un récital d’arie antiche à Montpellier le 26 mai 2016. Cette année, le programme concocté par la contralto n’est plus le même et répond au titre de « Quella fiamma » en rapport avec l’album qu’elle vient de sortir chez Erato fin octobre. Ce titre reprend également la cantate de Francesco Conti qui fait bien entendu parti de ce riche programme composé de pas moins de 21 airs (dont certains déjà enregistrés par Cecilia Bartoli chez Decca en 1992).

La soirée débute par Sebben crudele de Caldara : Nathalie Stutzmann, hors scène, entonne les premières notes, accompagnée seulement du théorbe (Miguel Rincon). Elle entre ensuite et prend lentement place au centre, tout en continuant à chanter. Le tempo choisi ici est quelque peu plus rapide que celui que l’on entend habituellement. Suit Delize, contenti (extrait du Giasone de Cavalli), magnifiquement exécuté. L’allegro de la sonate a 3 opus 2 n°3 est le premier extrait instrumental, permettant à la chef(f) de tourner son pupitre vers son ensemble afin de le diriger pleinement et de laisser entendre tout le talent de ce dernier, dans une osmose qui force le respect, de même que dans les pizzicati de l’extrait d’Atenaide de Vivaldi, Cor moi che prigion sei, d’une unité époustouflante. Les airs s’enchaînent, enchaînant les plaisirs, et arrive le fameux Quella Fiamma ! de Conti absolument superbe, d’une nuance qui laisse passer les émotions et une forte tension dans la partition… malgré une spectatrice qui n’hésite pas à photographier avec flash et intensité jusqu’à ce que Nathalie Stutzmann lui indique d’un geste de la main de s’abstenir. Un(e) autre spectateur/spectatrice transformera par ailleurs sa loge de parterre en « discothèque » avec la lumière de son téléphone durant la deuxième partie. Passons : la magie opère. C’est finalement Ah ! Moi cor, scernito sei de Haendel qui clôt cette première partie, entraînant les auditeurs dans les profondeurs de la musique.

La seconde partie suit avec brio la première, envoûtante d’un bout à l’autre, et l’on notera un moment des plus beaux tenant en haleine la salle entière : le Sovvente il sole de Vivaldi, extrait de Andromeda Liberata.La ligne de chant est parfaitement suivie dans cette parenthèse hors du temps et du lieu où nous nous trouvions. Il y avait là véritablement quelque chose d’intime.
L’Antiche Arie e Danza Italiana de la suite n°3/1 de Respighi et le Concerto pour violoncelle de Porpora permettent quant à eux d’apprécier la direction de Nathalie Stutzmann, envoûtante et gracieuse dans ses mouvements de mains. La Passacaille n°15 de Falconieri donne pour sa part une irrésistible envie de danser qui tombe bien, puisque suit Danza, danza, fanciulla gentile de Durante. Le public, absolument conquis et à juste titre, fait alors un triomphe à Nathalie Stutzmann et à son ensemble  qui répond par deux bis, dont Plaisir d’amour qui laisse entendre une prononciation qui gagnerait en netteté, mais c’est là un bien léger bémol au vu de l’ensemble de la soirée qui donne une terrible envie de se procurer l’album Quella Fiamma ! (d’autant plus qu’une rencontre ainsi qu’une séance de dédicace suivait le concert). Un merveilleux moment qui débute la résidence de l’artiste et de son ensemble à Montpellier et ne nous fait regretter qu’une seule chose : sa fin…

©Elodie Martinez pour la photo du concert et Simon Fowler pour le portrait de Nathalie Stutzmann

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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