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Brûlante Soirée d’ouverture du Concours Menuhin au Victoria Hall de Genève

Brûlante Soirée d’ouverture du Concours Menuhin au Victoria Hall de Genève

13 avril 2018 | PAR Yaël Hirsch

Le prestigieux concours de virtuoses du violon s’est ouvert à Genève, ce jeudi 12 avril 2018, avec un riche programme : la Havanaise de Camille Saint-Saëns, le concerto en mi de Felix Mendelssohn et la symphonie du Nouveau Monde de Antonin Dvorak.

Créé en 1983 par Yehudi Menuhin et ayant révélé entre autres, Julia Fischer, Ilya Gringolts ou Ray Chen, le concours qui a lieu tous les deux ans,  sélectionne 44 candidats parmi des centaines de violonistes.

Tous ont moins de 22 ans : les juniors moins de 16 ans et les seniors plus de 16 ans, qui brilleront pendant dix jours devant un jury présidé cette année par la violoniste américaine Pamela Frank. Alors que le concours avait lieu à Folkestone jusqu’à la mort de Menuhin en 1999 et qu’il a depuis circulé dans plusieurs grandes villes du monde (Londres, Austin, Pékin, Oslo et Cardiff), il a enfin lieu cette année à Genève, du 12 au 22 avril, où cinquante concerts sont prévus, parmi lesquels bon nombre sont en libre d’accès.

Vêtue d’une printanière robe à fleur et très intense sur scène, la lauréate junior du dernier concours Menuhin qui a eu lieu à Londres en 2016, Yesong Sophie Lee, a interprété avec fougue et maestria la Havanaise de Saint-Saens (1887). Une pièce écrite pour le virtuose cubain Rafael Diaz Albertine que la jeune violoniste nous a fait vivre de l’intérieur, exotisme compris, bluffant le public exigeant du Victoria Hall.

Après elle, c’est un soliste à l’instinct affirmé, le violoniste norvégien Henning Kraggerud, qui nous a fait entendre le mythique Concerto en mi mineur de Felix Mendelssohn (1844)d’une manière à la fois très brillante et très personnelle. Avec la complicité de la chef d’orchestre Marin Alsop et de l’OSR il a même introduit l’oeuvre de manière originale, en proposant au public de juger sur pièce les deux finals – pizzicati ou pas – imaginés par le compositeur pour cette œuvre tardive, avant de donner en entier la version choisie. L’émotion et l’intensité étaient à leur comble quand les deux violonistes se sont rejoints sur scène pour un bis en duo. Ils ont joué avec un plaisir communicatif une des fougueuses compositions de Henning Kraggerud datant de 1993 et écrite pour deux violons.

Après l’entracte, l’Orchestre de la Suisse Romande dirigé par la puissante Marin Alsop nous a emmené avec la célèbre. Symphonie de Dvorak vers le « Nouveau monde » (1893) sur un rythme impeccable. Dès l’Adagio un pont était jeté entre la majesté et la modernité. La fragilité de certains bois et les explosions des percussions nous ont immédiatement embarqués. Silence puis les cordes nous ont attachés quelque part entre la gravité et la douceur dans le Largo. La vie a éclaté sous la direction de plus en plus brûlante de Marin Alsop avec le Scherzo qui mêle impressions champêtres et grand thème, éclat de joie dans la reprise du thème du premier mouvement et reflet d’une menace incertaine. L’OSR engage sans ciller le dernier mouvement Allegro con fuoco avec une énergie qui ne semble que grimper. Au rythme des tirettes, la traversée de l’Atlantique se mue en bataille héroïque. On finit avec la chair de poule, complètement galvanisé par l’énergie de l’orchestre.

Le concours Menuhin 2018 vient donc de commencer et une bonne partie des concerts seront à retrouver sur Arte concerts.

visuel : yh

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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