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Maxim Vengerov et Ilya Gringolts, deux violons pour un dimanche intense à l’Eglise de Verbier

Maxim Vengerov et Ilya Gringolts, deux violons pour un dimanche intense à l’Eglise de Verbier

23 juillet 2018 | PAR Yaël Hirsch

Alors que le prestigieux Festival de Verbier célèbre son 25e anniversaire depuis le 19 juillet (lire notre interview du directeur Martin Engstroem), Toute La Culture est sur place pour quelques jours de musique d’exception en altitude. Le voyage a commencé ce dimanche 22 juillet à l’Église pour un concert à deux violons exceptionnels dans un répertoire slave. Grande émotion d’entendre Maxim Vengerov et Ilya Gringolts. 

Chaque soir, à Verbier, il faut faire un difficile choix : alors que le pianiste Evgeny Kissin (entendu l’an dernier ici même, lire notre article) jouait à la grande salle des Combins un répertoire Chopin et Debussy, nous avons pris le chemin de l’Eglise pour entendre les deux violonistes Maxim Vengerov et Ilya Gringolts en duo d’intense musique slave (plus un Bach!).

Alors que Vengerov a fait semblant d’entamer pleinement la Sonate pour deux violons de Prokofiev (1946) qui était annoncée comme inaugurale, son complice Gringolts dépare avec malice : et c’est un happy birthday presque tzigane que les deux violonistes offrent à Martin Engstroem, assis au premier rang et qui monte les embrasser sur scène, ému. C’est bref et mutin, mais l’on se replonge vite dans l’ambiance est-européenne de ce concert pour deux violons précis et intenses.

Prokofiev arrive donc, où dès les premières notes, les deux musiciens sont en osmose. L’Andante dégage beaucoup de douceur dans une bataille qui se livre à bois nu. L’Allegro Brusco nous réveille tous et les pas des deux violonistes guident aussi le rythme et nos émotions. Prokofiev voulait que l’on saute de son siège en écoutant cette sonate ? C’est divinement réussi ! L’on respire plus doucement avec l’Andante, slave et qui nous enveloppe comme une mélodie très ancienne, avant de vivre un moment de joie pure  et virtuose avec l’Allegrissimo.

Pour la deuxième moitié de cette première partie de concert, Ilya Gringolts est seul en scène et bouleverse le public par sa technique et sa puissance dans la très mythique Sonate pour violon seul de Bartok (1943), dernière œuvre de Bartok, commandée par Menuhin au compositeur en exil aux États-Unis. Pendant près d’une demi-heure, le violoniste russe a livré une performance exceptionnelle, puits d’énergie et d’agilité arc-bouté sur son instrument, yeux fermés et intensément juste dans tous les contrastes de cette œuvre difficile, presque aride et dont il a fait retentir la pureté pour tenir le public en haleine. Les applaudissements ont été foudroyants.

Après une telle performance, la seconde Partita de Bach (c. 1720) par Vengerov a semblé nous envelopper de lumière, de douceur et de chaleur. C’était probablement le projet des deux violonistes en changeant l’ordre de leur programme de nous agresser génialement avec deux œuvres drues tellement miroirs du XXe siècle en première partie pour nous choyer avec un répertoire plus généreux et doux en deuxième partie… Pour Bach, le parti pris de Vengerov sur son sublime Stradivarius Kreutzer datant de l’époque même de cette Partita, était de nous caresser et nous emmener dans une mélodie solaire. Techniquement impressionnant, il commence avec rondeur, presque lourdeur, dans l’Allemande pour nous emmener par petites touches, jamais en brusquant ou forçant les contrastes vers la vivacité de la courante. La mélancolie vient mais presque bénie des dieux dans la Sarabande et la gigue donne envie de danser. Sensible et toujours chaleureuse la chaconne vient finir de nous envelopper et l’on aurait envie que cela continue et ne jamais sortir de ce cocon précieux et lumineux. Ovation.

En final, les deux violonistes se retrouvent pour quatre Etudes-Caprices de  Henryk Wieniawski (1835-1880) pour deux violons. « Schmalzig » (vibrant et émotionnel) et virtuose, l’ensemble est très « facile » d’accès, très séduisant et carrément solaire. Le premier caprice est une fugue facétieuse où les deux violonistes excellent. Ils se rejoignent dans le deuxième avec une harmonie irrésistible et les troisième et quatrième caprices passent comme des fulgurances tellement le plaisir de jouer se transmet.

Très applaudis, Maxim Vengerov et Ilya Gringolts  proposent en bis trois petites pièces qui montrent tous les visages de Bartok : l’humour avec un moustique, la tristesse et le folklore, comme un tribut au grand génie hongrois. Premier concert et déjà les larmes, les rires et l’impression qu’il faut sortir de soi pour apprécier pleinement la musique qu’on nous offre au sommet, à Verbier.

visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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