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Verbier : Un mercredi pianissimo qui se termine avec l’apothéose Kissin

Verbier : Un mercredi pianissimo qui se termine avec l’apothéose Kissin

27 juillet 2017 | PAR Yaël Hirsch

Le soleil a fait une apparition et la pluie a cessé sur la vallée encaissée et majestueuse de Verbier. Souriants derrière leurs lunettes de soleil, les festivaliers ont fait leur réapparition dans les rues de la ville et aux terrasses des cafés où ils traînaient -mais pas trop- entre deux cours publics et deux concerts. Notre mercredi 26 juillet a été marqué par le piano avec deux concerts puissants et une masterclass concentrée. Live-report.

Tombés du lit pour écrire avant de commencer cette journée, c’est au cours de Richard Goode, le pianiste américain présent pour la première fois à Verbier, que nous avons assisté, au Chalet Orny. Deux pianos à queue côte à côte lui permettaient de montrer sur une sonate de Beethoven quels accents donner pour un toucher plus subtil et plus juste.

A 11H, direction l’Eglise, que nous découvrions de jour et sous un rayon de soleil enchanteur, pour un récital du pianiste suisse Francesco Piemontesi. Débutant dans son répertoire de prédilection avec la sonate n°10 en ut mineur (1783) de Mozart qu’il aborde de manière mélancolique dès le joueur allegro inaugural. Cette lumière sombre fait résonner avec force le andante, absolument troublant. Mais la joie et l’éclat manquent un peu au public dans l’Allegretto final, également joué avec profondeur et mélancolie.

C’est dans Liszt  que le pianiste nous a le plus émus : dans les flots brouillés du Lac suisse de Wallenstadt où Liszt est allé avec Marie d’Agoult d’abord (extrait des Années de Pèlerinage), puis vers le miracle avec Saint François de Paule qui marche sur les flots. Le jeu intense de Piemontesi joue avec les silences et les syncopes pour nous emmener dans un univers aqueux et ténébreux qui le laisse lui-même entièrement courbé sur son piano après un dernier clair-obscur de miracle. Une petite pause au soleil et nous sommes repartis dans un répertoire romantique et néo-romantique, avec quatre préludes très noirs de Debussy et en final, la Sonate n° 20 en La majeur de Schubert. Toujours du côté sombre, Piemontesi refuse d’entrée le jeu et la légèreté dans l’Allegro inaugural et marque de syncopes et de langueurs puissantes l’ensemble de cette oeuvre tardive. Il hachure presque de lenteur le fameux Andantino du deuxième mouvement, mettant l’accent sur la modernité de l’oeuvre et reprend de la vitesse dans le Scherzo. Le Rondo final apporte une fin délicate et le pianiste est ovationné pour ce concert dont l’on sort comme d’un marécage enchanté.

L’heure du déjeuner a été -comme souvent- celle des sommets. Nous avons pris les œufs qui mènent vers le Montfort pour déjeuner en altitude au restaurant à la vue imprenable sur toute la vallée Le chamois. Puis nous avons marché la plus modeste marche de Verbier, entre La Chaux et les Ruinettes. Un peu interrompus par les vols d’un hélicoptère, nous avons pu visiter le musée en plein air imaginé avec des sculptures et des photos par la Fondation 3D, qui propose des œuvres au milieu des fleurs d’arnica et du thym sauvage à plus de 2000 m d’altitude.

Le soleil était toujours chaud sur le chemin des Combins où la tente était pleine pour accueillir l’une des stars du Festival qui fête ses 30 ans de carrière : le prodigieux et éternellement jeune Evgeny Kissin. Veste banche, visage toujours aussi fermé qu’expressif, chantonnant parfois presque sa partition, poing fermés avant de déployer une énergie folle, il a joué pour un public qui retenait son souffle, avec majesté, intensité et puissance la Hammerklavier (sonate pour piano n° 29 en si bémol majeur, 1819) de Beethoven. Saisissant son public dès les premières notes de l’Allegro, courant avec grâce dans l’Allegro, bouleversant dans l’Adagio et majestueux dans le Largo, Kissin a donné une performance simplement parfaite. Il a fallu tout le soleil et le temps de la pause pour s’en remettre et retourner prendre un shoot de beauté. Le pianiste a peut-être été encore plus exceptionnel dans la deuxième partie du concert avec une sélection extraite des préludes op. 3 de Rachmaninov, à commencer par le fameux Prélude op. 3 n°2 en Do majeur. En 45 minutes de grâce concentrée, l’on passe par toutes les émotions et aussi un peu toute l’histoire de la musique : les fantômes de Chopin, mais aussi Beethoven et même Bach, des accents plus populaires et orientaux sont perceptibles, et l’on rit, l’on pleure, l’on marche au pas dans une espèce de somme et de sommet artistique incroyable. Ovationné avec les mains et les pieds, Kissin donne de généreux bis, dont une étude de Scriabine également éblouissante.

Il est près de dix heures quand nous dînons en regardant les étoiles qui augurent d’une belle journée pour le lendemain et nous finissons par un verre et un peu de danse années 1990 au pub local où se retrouvent bénévoles, staff et artistes du festival de Verbier : le Monfort.

visuel : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Verbier : Un mercredi pianissimo qui se termine avec l’apothéose Kissin”

Commentaire(s)

  • Roberto

    – Le pianiste américain s’appelle Richard Goode
    – Le Lac de Wallenstadt (Pèlerinage et non Pélerinage) du programme de Piemontesi a été en effet joué comme première encore: le premier des deux Liszt était Les cloches de Genève.
    – Liszt et non Listz
    – Rachmaninov n’a pas écrit 24 préludes op. 3: le premier est si op. 3 n. 2; après il y en a 10 op. 23 et 13 op. 32

    juillet 27, 2017 at 14 h 47 min

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