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Manon au TCE : Juan Diego Florez promu Chevalier Des Grieux

Manon au TCE : Juan Diego Florez promu Chevalier Des Grieux

18 avril 2019 | PAR Denis Peyrat

Samedi 6 avril, les Grandes Voix proposaient au Théâtre des Champs Elysées une version de concert de Manon de Massenet. Le public était venu en masse pour assister à la double prise de rôle de Juan Diego Florez en Des Grieux et de Nino Machaidze dans le rôle-titre. L’un a convaincu, l’autre moins.

Après avoir exploré plusieurs rôles français dans son CD « L’amour » en 2014, Juan Diego Florez continue à développer de nouvelles facettes de répertoire, avec des des rôles plus lyriques que ceux avec lesquels il s’est fait connaître du grand public. Après avoir abordé Les Contes d’Hoffmann à Monte-Carlo et Werther à Zürich, il doit débuter en juin prochain en Des Grieux dans Manon sur la scène de l’Opera de Vienne. Dans la production d’Andrei Serban, il s’y produira encore avec Nino Machaidze et avec le même chef. Cette version de concert parisienne constituait donc pour les deux chanteurs une première confrontation à cette oeuvre dans sa globalité.  

Ils étaient accompagnés pour cela par la direction tonique et expressive de Frédéric Chaslin, qui d’emblée installe l’Orchestre National de Belgique dans des tempi enlevés, qui ne sont pas sans mettre parfois en fragilité le Choeur flamand Octopus. 

Si les solistes du choeur, parmi lesquels on retient l’Hotelier truculent de Philippe Souvagie, n’ont pas tous un français parfait, en revanche l’ensemble des seconds rôles sont distribués à des chanteurs maitrisant magnifiquement la langue de Molière. On retient le Bretigny sobre et efficace de Jean-Christophe Lanièce, qui dispose d’un beau timbre de baryton. Le ténor Raphaël Brémard n’a aucune peine à briller en Guillot de Morfontaine, dont il maitrise parfaitement le caractère comique sans jamais tomber dans l’excès. Le trio des comédiennes de Jennifer Michel, Eléonore Pancrazi et Tatiana Probst tire joliment son épingle du jeu. Avec de belles voix bien assorties, elles présentent une interprétation très traditionnelle de ces rôles que ne favorise pas la version de concert. Marc Barrard campe un Comte des Grieux d’excellente facture, avec toute la noblesse de son timbre plein et de sa voix large. Enfin Jean-Gabriel Saint-Martin reçoit un très beau succès à l’applaudimètre avec une incarnation naturelle d’un Lescaut fringant et assuré : un chanteur à suivre! Doté d’une voix claire de baryton léger, à l’aigu facile et teintée d’un léger vibrato, il bénéficie d’une belle aisance et d’une diction impeccable.

Tel n’est pas hélas le cas de Nino Machaidze, pour laquelle toute la soirée on aura besoin d’avoir recours au surtitres français tant sa prononciation est improbable. Le timbre est cependant agréable, et la voix brillante avec un aigu facile, même si la palette des nuances proposées n’est pas très étendue. Cependant la soprano passe à côté du rôle, dont on ne perçoit guère l’évolution psychologique : l’ingénuité du premier acte n’apparait pas et elle se contente d’une constante séduction un peu uniforme parfois à la limite du minaudage. 

Gageons que d’ici sa prise de rôle scénique elle aura pris le soin de perfectionner son français, car ce rôle mérite une meilleure interprétation. On regrette fortement ce soir que la production n’ait pas proposé ce rôle à l’une des multiples interprètes francophones actuelles qui ont Manon à leur répertoire.

Quant à Juan Diego Florez, il fait une belle entrée dans le rôle de Des Grieux grâce à de très beaux efforts stylistiques (un français très intelligible) et un engagement de chaque instant. Quelque peu mal assuré en début de spectacle, il ne convainc pas tout à fait dans l’air du rêve. Cependant en deuxième partie, il gagne en confiance dans l’acte de Saint Sulpice et obtient une ovation méritée pour son Ah fuyez douce image passionné. L’émotion retombe un peu pour les deux derniers actes, mais c’est certainement à mettre sur le compte de la version de concert. L’Hôtel de Transyslvanie et sa fièvre du jeu (qui rappelle fortement le finale du deuxième acte de La Traviata, ainsi que la solitude désespérée du départ pour le bagne méritent et demandent une version scénique. 

Pour retrouver toute la saveur de l’oeuvre à la scène, en attendant février 2020 la nouvelle production de Manon mise en scène par Vincent Huguet à l’Opera de Paris (avec le couple Pretty Yende / Benjamin Bernheim), il faudra se rendre en mai prochain à l’Opéra Comique. La production genevoise d’Olivier Py, qui a enflammé récemment l’Opera de Bordeaux avec Nadine Sierra et Benjamin Bernheim, sera reprise à Paris avec la Manon de Patricia Petitbon, qui l’avait initiée à Genève : passion flamboyante en perspective !  

Crédits : Juan Diego Florez © Manfred Baumann / Saluts TCE © D Peyrat

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Denis Peyrat
Ingénieur exerçant dans le domaine de l'énergie, Denis est passionné d'opéra et fréquente les salles de concert depuis le collège. Dès l'âge de 11 ans il pratique également le chant dans diverses formations chorales, en autodidacte mais avec une expérience qui lui permet à présent de faire partie d'un grand chœur symphonique parisien. Il écrit sur l'opéra et la musique classique principalement.

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