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Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle magiques à la Philharmonie

Ludmila Berlinskaïa et Arthur Ancelle magiques à la Philharmonie

18 novembre 2022 | PAR Hannah Starman

Le duo inséparable, sur scène et dans la vie, nous livre une interprétation virtuose et complice des Transcriptions pour deux pianos de Victor Babin devant un public transporté. Berlinskaïa et Ancelle apportent une énergie lumineuse et une gaieté jazzy aux compositions de Tchaïkovski, Rachmaninoff, Rimski-Korsakov, Borodine, Stravinski et Tsfasman.

Le duo Babin et Vronskaya

Le Studio de la Philharmonie affichait complet ce mercredi 16 novembre pour écouter les brillantes Transcriptions pour deux pianos écrites dans les années 1930 par Victor Babin. Le Moscovite Victor Babin rencontre sa compatriote Viktoria Vronskaya en 1933 à Berlin où ils étudient tous les deux sous la direction d’Artur Schnabel. Peu après, les deux solistes d’exception forment le duo Vronsky et Babin et se marient. Le couple fuit le nazisme et s’installe aux États-Unis. Il se produira dans environ 1 200 concerts à travers l’Amérique du Nord et sera admiré comme le plus brillant duo de pianistes du XXe siècle.

Une Polka pour 50 éléphants

Les Transcriptions au programme sont plus ou moins fidèles aux compositions originales. Rachmaninoff laisse à son ami Babin une très grande liberté, tandis que Stravinski n’autorise aucun écart par rapport aux œuvres originales. Toutefois, la transcription de sa « Circus Polka » est remarquablement réussie et Artur Ancelle nous explique les circonstances de sa création. En 1942, Stravinski reçoit un coup de téléphone de son ami George Balanchine. Le célèbre chorégraphe lui explique que le plus grand cirque du monde, Barnum & Bailey, veut rendre hommage à Modoc, son éléphant danseur vedette, à l’occasion de son départ à la retraite. Stravinski écrirait-il une polka pour 50 jeunes éléphants ? L’interprétation espiègle et pétrie de charme de Berlinskaïa et Ancelle provoque des applaudissements appuyés et parsemés de plusieurs « brava » bien audibles.

Des transcriptions libres 

Les trois compositions de Rachmaninoff (« Vocalise », « Torrents printaniers » et « Ici tout est beau ») revues par Babin sont davantage des arrangements que de simples transcriptions. Babin va encore plus loin dans son appropriation des quatre valses de Tchaïkovski, également au programme, pour nous offrir une paraphrase de concert sur les airs très librement adaptés de : Lac des cygnes, Eugène Onéguine, Sérénade pour cordes ou encore Casse-Noisette. De même, « Les Danses polovtsiennes », l’ensemble de danses situé au deuxième acte de l’opéra Le Prince Igor de Borodine, sont entièrement réimaginées par Babin. Le duo Berlinskaïa et Ancelle nous régale avec un jeu généreux, chaleureux et parfaitement accordé.

Hommage à l’un des pionniers du jazz soviétique

Le moment fort du concert est incontestablement la découverte d’Alexander Tsfasman, une figure majeure du jazz soviétique pendant la période des années 1920 jusqu’à la fin des années 1960, et l’un des fondateurs de l’Association européenne de jazz. Formé au Conservatoire de Moscou par Felix Blumenfeld dans les années 1930, Tsfasman est un des pianistes les plus talentueux de sa génération, et sauvé de l’oubli par le duo Berlinskaïa et Ancelle, qui vient de sortir chez Melodiya un excellent album associant George Gershwin et Alexander Tsfasman (Gershwin, Tsfasman, 2 Pianos), donnant ainsi à ce dernier la chance de connaître la notoriété du premier.

Au-délà de leur jeu unanime et techniquement abouti, tant au plan musical qu’expressif, du riche répertoire proposé, ces deux pianistes hors du commun nous enchantent par leur fusion créative, leur vitalité fraîche et l’attention qu’ils portent à la musique, au public et l’un à l’autre. Le duo Berlinskaïa-Ancelle donne envie de le suivre dans ses découvertes musicales que l’on espère nombreuses et couronnées de succès. Après tout, cela ne fait que dix ans qu’ils jouent ensemble !

 

Visuel : © Hannah Starman

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