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[Live Report]Bach par les soeurs Nemtanu et l’orchestre de chambre de Paris: générosité, convivialité et complicité!

[Live Report]Bach par les soeurs Nemtanu et l’orchestre de chambre de Paris: générosité, convivialité et complicité!

19 décembre 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

S’il est un mois propice aux réunions familiales c’est bien celui de décembre et ses fêtes de fin d’année. Ce mercredi, pour son dernier concert de l’année 2014 et, comme pour nous mettre dans l’ambiance des moments de convivialité auxquels nous nous préparons tous, l’Orchestre de chambre de Paris mettait en avant les liens du sang.  Sur la scène du théâtre des Champs-Elysées, étaient ainsi réunies la famille Bach, mais surtout les sœurs Nemtanu qui célébraient la sortie de leur premier disque en commun Bach/Schnittke. Un concert chaleureux, respirant l’amicalité et la bienveillance, eut égard de l’affection largement exaltée du public, comme du chef Sir Roger Norrington et de l’orchestre envers les deux jeunes femmes.

Les scènes classiques ne manquent pas d’histoires de famille. Il y a la dynastie Casadesus -et ces cinq générations de musiciens, compositeurs, chefs d’orchestres- les mystérieuses sœurs Labèque qui cultivent toujours plus leur ressemblance, les frères Capuçon, les frères Leleu, et les sœurs Nemtanu. Ce soir, comme dans leur disque, elles s’attachent à mettre en lumière leurs différences, interprétant chacune leur tour un concerto de J-S Bach, autant que leur complicité donnant ensemble le Concerto pour deux violons et orchestre en ré mineur.

Bach, un choix idéal pour un concert en famille d’autant que l’Orchestre de chambre de Paris s’est attaché en prélude et intermède aux prestations des deux sœurs, à mettre en lumière le travail des fils : Wilhelm Friedemann, Carl Philipp Emanuel, et Jean-Chrétien. Un répertoire qui s’il demeure pièce maîtresse de l’apprentissage instrumental, n’est que bien trop rarement représenté sur scène, hormis peut-être en Allemagne. C’est donc par la Symphonie en ré majeur, F.64 de Wilhelm Friedemann Bach que débutait le concert. Une mise en jambe fraîche et allègre qui sous la direction vitaminée de Sir Roger Norrington portait aux nues toute l’insouciance et la légèreté du style galant de l’époque. Une interprétation qui mettait également en avant la filiation musicale entre cette œuvre et les symphonies berlinoises de Carl Philipp Emanuel.

Entre enfin sur scène Deborah Nemtanu pour le Concerto en la mineur BWV 1041 de J-S Bach, partition particulièrement riche, dans laquelle le compositeur crée une sensation de mouvement et de fluctuation permanente. Ainsi soliste et orchestre n’ont de cesse de jouer au jeu du chat et de la souris, s’échangeant les thèmes, se séparant pour mieux se retrouver ensuite. Une partition qui demande donc une grande cohésion et une attention particulière. Deux exigences par avance acquises pour la violoniste super-soliste de l’orchestre, habituée à jouer sous la baguette de Roger Norrington, autant que de diriger de son violon l’Orchestre de chambre de Paris. Tonique, elle affirme et marque le caractère du premier mouvement comme pour mieux faire ressortir les dorures italiennes qui parsèment la partition, de même que les contrastes avec l’orchestre. A la fin de l’allegro, le public sous le charme n’y résiste pas, et commence à applaudir encouragé par Sir Roger Norrington. Au diable la tradition lorsqu’on vit un beau et bon moment de musique ! L’andante, lyrique et sensible à souhait dévoilera toute la clarté et la brillance de son timbre, tandis que l’Allegro Assai verra revenir la vigueur, l’énergie et la détermination du début, et ce d’autant plus dans les deux longs épisodes de solo d’une grande virtuosité technique.

Après l’oxymorique et plus classique Symphonie en mi bémol majeur du plus célèbre des fils de Bach, Carl Philipp Emmanuel, toute gorgée d’arpèges, de variations rythmiques et d’oppositions modales, place à Sarah et au plus connu des concertos pour violon de Bach : le Concerto pour violon et orchestre n°2 en mi Majeur BWV 1042. Toujours empreint de l’influence du prêtre roux, il est tellement novateur et inventif que certains musicologues s’accordent à dire qu’il annonçait déjà Mozart. Le premier mouvement déborde de gaité et pour l’incarner Sarah Nemtanu déborde d’enthousiasme, en témoigne l’engagement physique expansif dont elle fait preuve. Ainsi elle nous paraît sauter et virevolter au travers des notes, si rapides et acrobatiques soient les phrases musicales. Comme pour Deborah des applaudissements admiratifs retentissent. L’adagio sera particulièrement troublant, tout en finesse et délicatesse. La violoniste y affiche les nuances les plus pianissimo, un timbre rond, grave et moelleux. Puis, retour au dynamisme, à la vitalité, à l’énergie débordante et à la danse dans l’allegro assaï où avec l’orchestre la soliste rivalise tout comme dans l’allegro initial, d’agilité, de virtuosité et fait preuve de toujours plus d’assurance!

Après l’entracte, l’orchestre donnait la Symphonie en sol mineur de Jean-Chrétien Bach, classique, sérieuse, sombre et passionnée, puis, enfin, le concerto pour deux violons et orchestre en ré mineur. Après avoir noté les différences de timbres et de personnalités, l’une plus introvertie que l’autre, place à la complicité. Le Vivace sonne comme une récréation, un jeu de cache-cache avec ce départ fugué en canon.  Tout du long, on se cherche, on se pique, on se cache, on se trouve, on se croise, on se confond,  un colin-maillard musical, vivant et vivifiant. Mais après la récréation revient le temps d’être calme et studieux.  L’Adagio, se révéle douce et mystique rêverie où la grâce, l’élégance et la finesse du jeu des deux violonistes nous bercera littéralement. L’Allegro final est plus caractériel, avec un départ tonitruant en canon comme dans le tout premier mouvement, et ses accords en double cordes bien marqués en fin de mouvement. Néanmoins l’impression de jeu est toujours bien présente, avec ces broderies qui s’entrecroisent, ces phrases qui comme une balle de ping-pong rebondissent, s’échangent et passent naturellement de l’une à l’autre. En bref, on passe un moment aussi agréable à entendre qu’à voir. Le tout fut soutenu par un orchestre stable, agile et réceptif, et ce tout au long du concert. En outre, la complicité n’était pas uniquement entre les sœurs Nemtanu, mais bien présente  au cœur de l’orchestre, envers les solistes comme envers le chef. Une joyeuse et affectueuse camaraderie qui semblait rayonner sur tout le public et fit de ce concert un moment de générosité, et de convivialité.

Largement applaudies, les violonistes donneront trois bis, deux danses de Béla Bartók –Danse roumaine et Danse transylvanienne– en hommage à leurs origines roumaines. Puis le Final du premier duo pour deux violons op. 29 de Giovanni Battista Viotti et enfin, Präludium in memoriam Dmitri Schostakowitsch pour deux violons de Schnittke, abstrait, sauvage, abrupte et hypnotique.

Si vous n’avez pu assister au concert, n’hésitez pas et courez vous offrir leur opus Bach/Schnittke avec l’Orchestre de chambre de Paris dirigé par Sascha Goetzel.

Visuel: © Marco Borggreve

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