Classique

King Arthur dans la joyeuseté de kermesse

King Arthur dans la joyeuseté de kermesse

11 octobre 2018 | PAR Victoria Okada

Le semi-opéra de Purcell, King Arthur est une œuvre OVNI. Il est flexible et prend toute forme selon la parti pris des interprètes et de metteurs en scène. La version présenté au Théâtre de l’Athénée dans le cadre du Festival Purcell opte pour une mise en scène qui rappelle une kermesse de fin d’année, en utilisant des moyens de bord comme accessoires.

Sur la moitié de la scène, côté jardin, les dix musiciens de l’Ensemble BarokOpera prennent place. Sur l’autre moitié, les cinq acteurs-chanteurs évoluent autour d’un grand coffre au milieu. C’est de ce coffre que tout sort et dans lequel on range tout : l’épée, les armures et les costumes (symbolisés par une manche avec les attribues qui rappellent le personnage concerné), l’air froid (avec le système de diffusion de gaz blanc), et même l’eau de la mer représentée par un large tulle bleu. C’est une sorte de boîte magique, on l’ouvre et on trouve l’objet désiré ! Les cinq chanteurs jouent plusieurs rôles, dans un jeu « transparent » imaginé par le metteur en scène de Sybrand van der Werf. Ce jeu, très prisé aux Pays-Bas et en Flandre, laissent les acteurs transparaître leur propre personnalité en tant qu’individu, tout en jouant les personnages du théâtre. Ainsi, comme le précise la note d’intention artistique : « ils ne sont pas seulement Arthur ou Oswald mais montrent qu’ils font seulement mine d’être ces personnages, à l’image d’un enfant qui joue ». Le coffret / boîte magique fonctionne donc parfaitement avec ce parti pris ; avec un choix assez fragmenté de scènes et de musiques pour réduire le spectacle en 2 heures, mais dont le trame de l’histoire reste compréhensible, cela créé l’atmosphère joyeuse d’une fête de l’école, d’autant que certaines scènes sont volontairement menées de cette manière. Par exemple, des projecteurs, petit et grand, servent d’épées, un petit clin d’œil (conscient ou inconscient ?) à un saga cinématographique pour le spectateur d’aujourd’hui. Les jeux des acteurs sont parfois assez maladroits (volontaires ou involontaires ?), probablement pour laisser visible cette « transparence » de la mise en scène.

Quand ces acteurs chantent, s’ils ne possèdent pas de technique lyrique de premier plan, ils ont suffisamment de voix pour bâtir un bon spectacle réglé parfaitement (même les raccords des instruments sont indiqués par l’écran de surtitrage!). Ce réglage minuté a pourtant un petit défaut : les instruments, justement, auraient dû avoir plus de moments pour être raccordés, car au bout d’un certains temps ils commencent à se désaccorder nettement… La direction de Frédérique Chauvet (qui jouent de temps à autres de flûtes) est tonique, avec un tempo souvent assez allant. Avec la succession de petites scènes, cette interprétation donne l’impression de passer les partitions l’une après l’autre, parfois en toute vitesse, comme c’est particulièrement le cas du célèbre l’air du Génie du froid

Vers la fin, l’air Fairest Isle est une occasion de montrer un patriotisme britannique avec un grand Union Jack par rapport au tout petit drapeau européen… L’allusion humoristique ou rappel sérieux au Brexit ? Nous sortons assez perplexe même si le chœur Saint George, the Patron of our Islemet le point final dans une atmosphère de liesse invitant la salle à l’entonner ensemble…

Le Festival Purcell du Théâtre de l’Athénée présente du 10 au 13 octobre Queen Mary, « opéra imaginaire d’après Purcell » par la même équipe artistique.

Photos © L. Guizard

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