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Ivan Fischer, le Budapest Festival Orchestra et Emmanuel Ax à la Philharmonie dans Bach, Mozart et Tchaikovski  [Live-report]

Ivan Fischer, le Budapest Festival Orchestra et Emmanuel Ax à la Philharmonie dans Bach, Mozart et Tchaikovski [Live-report]

18 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Ce Mardi 17 octobre Ivan Fischer dirigeait son Budapest Festival Orchestra pour une représentation exceptionnelle en salle Boulez de la Philharmonie. Commençant par du Bach, rejoints par le pianiste Emmanuel Ax dans un concerto pour piano n°20 de Mozart époustouflant, ils ont fini par une Symphonie n°4 de Tchaïkovski tout à fait  impériale. Une très belle soirée de musique européenne.

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C’est sur une suite de Bach qu’en petit comité et debout, en fond de scène, les musiciens du Budapest entrent en scène. Dirigés à mains nues par Ivan Fischer, ils entament l’ouverture de cette Suite pour Orchestre n°3 (1730) qui fait tout à fait penser à du Lully et à tout l’esprit français du 17e siècle, même si les violons trahissent assez vite la puissance d’une musique folklorique plus allemande. Jouée avec énergie, le fameux Air de la suite saisit par sa clarté, avant que ne se suivent les exercices festifs, somptuaires et traditionnelles des danses : Gavotte(s), Bourrée, Gigue.

Quelques minutes de transition et quand les vents de de l’orchestre arrivent à l’avant de la scène, puis les cuivres et les bois, et quand Emmanuel Ax prend place à son clavier, devant Ivan Fischer armé de sa baguette de chef d’orchestre, l’on sent que les musiciens se sentent parfaitement à leur place et c’est franchement l’un des plus nuancés et énergiques Concerto n°20 de Mozart (1785) que l’harmonie entre Ax et l’orchestre hongrois nous donne à entendre. C’est d’abord l’orchestre qui s’exprime dans un début à la fois grave (la tonalité en ré mineur qu’on retrouve dans Don Giovanni) et tonique. C’est avec douceur que Ax entre dans la danse dans cet « allegro » à la fois très élégant et surprenant à chaque instant, amoureuse et quasiment suave, la « romance » nous livre un modèle de dialogue entre soliste et orchestre et à mesure que les notes nous touchent, l’on revoit tous les couples mythiques des Opéras de Mozart : Tamino et Pamina, Figaro et Suzanne, Don Giovanni et Zerline…Enfin, le troisième mouvement crée encore la surprise avec un changement de rythme puissant et une attaque de piano éblouissante. Le plomb se transmue vivement en or et l’on passe avec équilibre, brio et passion du registre du Ré mineur à l’incandescence du Ré majeur. En osmose avec l’orchestre, d’une joie communicative et désolée de ne pouvoir faire qu’un bis (une transcription d’un Lied de La belle meunière par Liszt où il exprime encore une autre face de son talent en nous racontant sans aucune parole toute l’histoire), Emmanuel Ax est applaudi à tout rompre.

Après une pause longue et harmonieuse, l’orchestre remplit la scène, avec les basses au fond, les violons répartis sur les côtés et un rang de cuivres nombreux pour une quatrième symphonie de Tchaïkovski (1877) jouée au juste point de convergence entre l’âme slave et le romantisme allemand. Tout commence comme il se doit : par un éclat de cors, auquel font écho les trompettes et à partir de là, on se laisse porter par 40 minutes de foudre et de feu, à peine interrompues par une exécution parfaitement maîtrisé du fameux troisième mouvement « scherzo » tout entier concentré dans des pizzicati aussi à vifs et clairs que mélodieux. La grande force de Fischer dans sa connivence avec le Budapest Festival Orchestra est sa toute puissance sur le rythme, avec cette possibilité de passer du tout au rien en instant, de l’hallali au silence recueilli, et donc du « fatum » de Tchaïkovski à sa grâce. Dès lors, les nuances portent et bouleversent tout au long de ce galop musical jusqu’à l’ascension du « Finale ».

visuel : Ivan FIscher © Marco Borggreve

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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