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[Interview] Mécénat Musical Société Générale : « L’idée est simplement de faire vivre et de partager la musique »

[Interview] Mécénat Musical Société Générale : « L’idée est simplement de faire vivre et de partager la musique »

28 février 2014 | PAR Marie Charlotte Mallard

A l’heure ou le budget alloué à la culture, particulièrement à la musique classique ne cesse de diminuer, où les orchestres se battent et usent de toutes les ressources possibles pour pouvoir continuer à partager leur art, le mécénat musical est devenu vital. Depuis 1987, Société Générale s’investit auprès de différents acteurs du monde de la musique classique et est ainsi devenu l’un des mécènes les plus importants du secteur. Bourses, prêts d’instruments anciens et modernes, soutient aux lieux, aux ensembles, autant d’actions que mène ce mécène. Afin de mieux comprendre l’engagement de la banque et de cerner un peu plus son investissement Toute La Culture est allé à la rencontre d’Ulrich Möhrle, responsable de Mécénat Musical, passionné et impliqué, pour qui la musique classique est un état d’esprit et participe d’une véritable culture d’entreprise.

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Parlez-nous de votre politique de mécénat ? Que représente pour votre entreprise la musique classique ? Quelles valeurs défendez-vous et partagez-vous ?

L’engagement de Société Générale dans la musique existait bien avant 1987. En 1987 la Fondation Société Générale pour la Musique est créer et devient en 1991 l’Association Mécénat Musical Société Générale.

Nous essayons d’évoluer et de faire évoluer notre politique de mécénat par rapport au besoin du monde de la musique classique. Notre but est de partager la musique. Nous menons différentes actions d’ouvertures aux publics. Au jeune public, au public éloigné, mais aussi aux collaborateurs de Société Générale, à travers le projet Demos nous cherchons par exemple à ouvrir la musique classique aux jeunes issus de quartiers ne disposant pas de structures leur permettant de pratiquer un instrument. Nous soutenons également les Concerts de Poche, qui propose une formule de concerts courts et conviviaux, qui font découvrir à un public généralement néophyte une musique classique.

L’idée est à la fois de faire vivre la musique, en aidant ses acteurs et en participant à l’insertion professionnelle, mais aussi de la partager au quotidien. Nous essayons ainsi d’être sur plusieurs terrains et de participer au mieux à la diffusion de la musique, en soutenant des ensembles (Les Concerts d’Astrée, Les Poèmes Harmoniques, Café Zimmermann…), des lieux de diffusions (Les Bouffes du Nord, L’auditorium du musée de Grenoble, les Chorégies d’Orange, entre autre), en accordant des bourses ou en prêtant des instruments anciens et modernes. Nous n’avons pas de restrictions et essayons de couvrir l’ensemble de la musique classique, c’est-à-dire toute les périodes de l’histoire de la musique, de la musique médiéval jusqu’à la musique contemporaine.

Vous possédez un fond d’instruments anciens et modernes, pourquoi avoir choisi d’investir dans ces instruments ?

La question de la constitution de notre fond d’instrument rejoint ce que je disais précédemment, quant au souci de faire évoluer notre politique de mécénat par rapport aux besoins du monde musical.

Dès 1988 de Mécénat Musical Société Générale était mis en place un partenariat avec les deux Conservatoires Nationaux Supérieur de Musique de Paris et de Lyon. Environ 1000 bourses sont ainsi attribuées aux étudiants de masters et doctorats. Lors de nos commissions, en analysant les besoins des étudiants lorsqu’ils entrent dans vie professionnelle, nous avons constaté que beaucoup d’entre eux demandaient des bourses pour financer l’achat de leur instrument. Il y a donc un cruel besoin dans ce domaine.

Face à ce constat nous avons réalisé que nous pourrions faire mieux que contribuer à l’achat d’instruments en constituant un fond d’instruments. Cela permettait d’élargir les ressources.

Parlez-nous de ces instruments, combien d’instruments anciens et modernes possédez-vous ?

La constitution du fond d’instrument a démarré doucement en 1999, avec des instruments anciens.

Actuellement nous disposons de dix instruments à cordes. Du côté des instruments anciens, nous prêtons un violon du luthier napolitain Giuseppe Gagliano de 1796 à Olivia Hughes du Quatuor Ardeo, ainsi qu’un violoncelle du grand luthier Piémontais Gioffredo Cappa de 1696, confié aujourd’hui à Jean-Guihen Queyras.

Nous avons investi dans un fond d’instruments contemporain. L’idée était d’impliquer aussi les luthiers contemporains. Il y avait donc cette double aspiration qui était à la fois de faire bénéficier à des musiciens d’instruments de très haute qualité, et de faire travailler autrement le monde de la musique. Nous avons donc passé commande à plusieurs luthiers en Europe (en Italie, en Irlande …) et l’année dernière nous avons organisé un concours. Nous avons prêté 6 violons. Il faut savoir que ce concours était également ouvert aux violonistes inscrits à partir de la 3e année du 1er cycle, de toutes nationalités et résidant en France, incluant ainsi les étudiants des nouveaux pôles supérieurs.

Nous poursuivons actuellement la politique dl’acquisition des instruments à cordes : deux altos et deux violoncelles sont actuellement commandés.

Y-a-t-il une contrepartie pour les musiciens que vous aidez, que ce soit pour le prêt d’instrument, la bourse, ou les événements ou ensembles que vous soutenez ?

Lorsque nous faisons appel aux jeunes lauréats boursiers pour donner des concerts nous n’imposons aucune date, les choses se font selon leurs actualités. Par ailleurs tous les musiciens sont rémunérés. Bien sûr des concerts sont organisés. On considère avant tout que leur permettre de jouer devant des salles pleines, lors de différents évènements, y compris des évènements d’entreprise. C’est leur permettre de roder leur répertoire et, de commencer à de pratiquer leur métier.  C’est un bon entraînement lorsqu’ils passent leurs concours par exemple ou préparent l’enregistrement d’un album. Notre politique est réellement une politique d’insertion professionnelle.

Quant aux ensembles et artistes que nous soutenons, nous proposons à nos collaborateurs d’avoir une accessibilité aux concerts. Nous avons ainsi un système de billetterie en ligne sur notre site qui leur permet d’avoir accès aux invitations aux concerts. Tout le monde peut y aller, de ceux qui travaillent dans nos tours comme du chargée d’accueil dans une banque. Ces ensembles produisent de janvier à juin 2014 environ 400 concerts.

Vous parliez de partager la musique, via les différents événements que vous soutenez et de la faire entrer également au sein de l’entreprise, comment cela se manifeste-t-il ?

Nous la faisons entrer à l’intérieur de l’entreprise et c’est d’ailleurs quelque chose de fort apprécié de la part de nos collaborateurs. Cela fait partie de la vie quotidienne de l’entreprise. Au sein de notre établissement de La Défense nous organisons par exemple un concert mensuel à l’heure du déjeuner. Il y a un kiosque avec un piano mis à disposition.

L’idée est de faire partager la musique au quotidien. C’est quelque chose d’essentiel. L’idée est également de créer des ponts entre le monde musical et celui de la banque.Très bientôt l’une de nos collaboratrices d’origine russe donnera un récital de mélodies russe. Elle a étudié au conservatoire de Moscou, elle travaille et répète depuis quelque temps son programme et le 29 avril elle le chantera lors de ces concerts du midi.

L’autre projet qui nous tient beaucoup à cœur c’est le Playing for salle Pleyel. Un projet qui est à l’initiative François-Xavier Roth et l’orchestre Les Siècles suite à l’organisation d’un grand concert pour la fête de la musique en 2012. Nous avons constaté que beaucoup de collaborateurs jouaient d’un instrument, chantaient. 158 choristes et 42 instrumentistes exactement, de quoi créer un bel ensemble de musiciens !

Des répétitions sont organisées dans nos locaux avec les musiciens de l’ensemble Les Siècles, et le 9 juin 2013 nous avons fait notre premier concert Salle Pleyel. Ce fut un vrai succès, et une expérience excellente pour les musiciens comme pour ceux venus les écouter, mais également pour l’ensemble de l’entreprise.

Pour notre deuxième saison, se sont près de 200 collaborateurs qui participeront, deux concerts sont prévus en novembre et l’orchestre et les chœur vont se déplacer à Lyon.

http://www.youtube.com/watch?v=CzuxO87HbCc

Revenons à vos actions de mécénat, comment les projets sont-ils sélectionnés et par qui ?

C’est le Conseil d’Administration de Mécénat Musical Société Général qui détermine la politique de l’association. Il faut savoir qu’il est composé de moitié par des musiciens dont Alain Meunier, violoncelliste, ancien professeur au CNSMD Paris comme président, Anne Gastinel, Jean-François Zygel, Zaia Ziouani entre autre, et de collègues et collaborateurs banquiers en activité dans la maison. Les dossiers et demandes sont à rendre pour le 15 avril et la décision est rendue en juin. Chacune des demandes est regardée, analysée avec sérieux par ce conseil qui se réunit deux fois par an.

On connait les difficultés auxquelles ont dû faire face les banques ces dernières années cela a –t-il impacté votre budget ou vos décisions ?

Non, depuis très longtemps le budget annuel qui nous est alloué pour nos actions de mécénat est fixe. Nous disposons d’1,5 million d’euros pour soutenir spectacles, ensembles, donner des bourses et acquérir des instruments. Cette somme est entièrement destinée aux actions extérieures, aux partenariats, je veux dire par là qu’elle ne comprend pas le personnel du service mécénat.

De même notre postulat n’a jamais changé, nous soutenons la musique classique, essayons d’être là où l’on a besoin de nous, de suivre l’évolution du monde musicale, de nous adapter aux différentes formes d’enseignements, et de concerts. Nous réadaptons sans cesse nos axes et recentrons nos orientations notamment du côté de l’insertion professionnelle. Nous essayons d’être très proche des musiciens, d’apporter une réponse efficace, dans la mesure du possible, de faire au mieux. C’est toujours un pari en tout cas.

Après 25 ans d’action, pour nous l’essentiel est surtout de soutenir le mieux possible les jeunes musiciens. Tous les musiciens soutenus jusqu’alors sont aujourd’hui sur les affiches de concert en France et à l’étranger, Emmanuel Pahud par exemple qui joue à la philharmonie de Berlin.

Ce que nous souhaitons c’est avant tout de voir les gens parler de musique, d’ouvrir le débat, en plus de la partager.

L’idée de ce dossier mécénat est partie du constat que parfois ces actions n’étaient pas toujours visibles et qu’elles se révélaient être de la publicité cachée. Dans la musique classique, et particulièrement chez vous, tout est clairement affiché, dans les programmes de salle, sur les sites internet, vous avez un site dédié, un compte twitter, que vous apporte cela ?

Avoir notre logo, être remercié c’est bien mais ce n’est pas notre but. Notre envie profonde est de faire vivre et de partager la musique classique, de permettre aux artistes de s’exprimer, d’aller plus loin dans leurs envies, leurs projets. Entreprendre et partager la musique. Comme vous le voyez c’est un état d’esprit.

Est-ce que quelque part vous pensez participer à la préservation du patrimoine ?

La question du patrimoine musical est une notion trop large à mon sens. La musique est quelque chose de vivant, c’est un patrimoine qui bouge. C’est quelque chose de vivant et nous allons de l’avant avec elle. Notre postulat est de faire vivre la musique parce qu’elle s’écoute et se partage. Il y a derrière cela, une idée de communion, et de permettre à cette communion d’exister. La musique évolue, la forme du concert n’est pas la même à notre époque qu’il y a 150 ans, voilà pourquoi l’essentiel et d’évoluer, d’avancer avec elle.

http://www.youtube.com/watch?v=Jkx2PrOyHqQ

Visuels: © site mécénat musical

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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