Classique

Interview de la semaine : Pierre-Yves Lascar, créateur et directeur artistique des Nuits Oxygènes

Interview de la semaine : Pierre-Yves Lascar, créateur et directeur artistique des Nuits Oxygènes

24 janvier 2020 | PAR Victoria Okada

Pierre-Yves Lascar a cofondé Les Nuits Oxygènes qui présentent régulièrement des musiciens très peu invités en France avec des programmes peu communs. Prochaine date, le 29 janvier 2020, avec le retour de Severin von Eckardstein, l’un des grands pianistes de la scène actuelle. Il parle de ce grand pianiste encore méconnu en France mais aussi de sa conception de la musique classique qui a abouti à la création du label Artalinna et du magazine Artamag’.

 

Imaginées en 2014, les Nuits Oxygènes étaient d’abord un festival, puis ont muté vers une saison. Quelles sont leurs origines ?

Deux idées principales ont guidé la création de ma série de concerts, festivals ou saisons : donner une place plus importante à des répertoires parfois peu programmés ici à Paris, et présenter principalement des artistes en début de carrière, étrangers, peu invités en France, et qui appartiennent pourtant à la race des grands musiciens. En somme, donner une autre idée du paysage musical, en s’éloignant d’un tropisme franco-français à l’œuvre chez la plupart des programmateurs nationaux.

Qu’est-ce qui vous a le plus motivé pour mettre en place ces séries de concerts ? 

Présenter des programmes cohérents (dans la « juxtaposition » des répertoires notamment) et montrer des affinités entre les œuvres et les interprètes proposés.

Quel est le concept le plus marquant ?

J’avais résumé il y a quelques années le concept des Nuits Oxygène à travers le slogan suivant : « Nouveaux artistes, nouvelles musiques, nouvelles histoires ».

Vous invitez Severin von Eckardstein le 29 janvier prochain. Pourriez-vous présenter ce pianiste très peu connu en France ? 

En effet, le 29 janvier 2020, j’invite une nouvelle fois Severin von Eckardstein, qui demeure pour moi l’un des plus grands pianistes d’aujourd’hui, trop peu sollicité dans les régions du Sud de l’Europe, et inexplicablement négligé par la plupart des grands orchestres internationaux. I

l avait remporté le Premier Prix au Concours Reine Elisabeth en 2003.
Lors de ce concert, il jouera notamment La Maison dans les dunes, extraordinaire cycle composé par Gabriel Dupont dans les années 1900 et que Severin von Eckardstein avait enregistré pour Artalinna, enregistrement qui avait reçu de très belles récompenses en France : Diapason d’Or, CHOC de Classica, et ffff de Télérama. Le 29 janvier 2020, il jouera aussi les Davidsbündlertänze de Schumann – compositeur avec lequel il développe beaucoup d’affinités – et la Polonaise-fantaisie de Chopin. Magnifique programme en perspective, je crois !


Vous avez
justement mis en place le label Artalinna et un magazine Artamag’. Pouvez-vous parler de leurs grandes lignes directrices ?

J’ai en effet créé un label, Artalinna, en 2012. Il totalise aujourd’hui 25 références. La ligne directrice s’invite dans le nom du label, mix entre les deux mots « art » et « linna », avec une lettre de jonction. « Linna » est un mot finnois qui veut dire plus ou moins « cité », « forteresse » ; on le retrouve dans des termes tels que « savonlinna » [forteresse de Savo(nie)] ou « suomenlinna » [forteresse de Finlande].

L’idée d’Artalinna est donc de créer une forme de cité imaginaire o

ù l’art domine, ainsi que son corollaire : l’épanouissement artistique des musiciens. D’où mon attention toujours importante apportée aux conditions d’enregistrement (qualité acoustique, prise de son, direction artistique, etc.).

Le magazine Artamag’ est né de mon envie que le site d’Artalinna donne cependant une idée large du secteur musical. Jean-Charles Hoffelé a répondu positivement à mon invitation d’héberger son blog « Discophilia » sur le site d’Artalinna. Chaque jour, une nouvelle chronique. Depuis août 2014, il a publié près de 1800 chroniques.

Vos recherches de nouveauté sont fascinantes. Pour dénicher avec originalité des interprètes et des œuvres, il faudrait une touche de folie. Êtes-vous geek ? Du son ? Du répertoire ?

Je préfère me revendiquer avant tout comme un mélomane passionné, désireux de découvrir le plus de répertoires possibles. Pour moi, la découverte d’une nouvelle œuvre, le coup de cœur qu’on peut ressentir à l’écoute d’une œuvre que l’on perçoit comme décisive (pour soi), est comparable à la quête toujours renouvelée du Graal. Ainsi, la sensibilité s’affine. De plus, je n’aime pas la routine, j’ai besoin chaque jour d’un élément nouveau. La routine me plonge dans une profonde dépression, et je n’ai pas envie d’être dépressif ! La musique est une formidable échappée en ce sens.
D’un point de vue factuel, je sors d’une Ecole de commerce, et travaille depuis de nombreuses années dans l’industrie discographique, avec une forte appétence pour les fonds de catalogue des grands labels

Quel est votre parcours artistique ? Pourquoi vous avez voulu faire le métier de directeur artistique ? 

Je suis venu à la production tout d’abord phonographique par passion, j’ai rencontré des artistes qui m’ont donné envie de développer des projets. Ensuite, j’ai commencé la production de concerts, par nécessité sans doute : je devais donner au public parisien l’opportunité d’écouter/d’entendre les artistes avec lesquels je travaillais étroitement.

Récital de Severin von Eckardstein : 29 janvier 2020 à 20h, Eglise Saint-Jean de Montmartre – 21, rue des Abbesses, 75018 Paris.  La réservation se fait ici

Visuel : Pierre-Yves Lascar © Jean-Baptiste Millot

 

Enchères : la Mustang de « Bullitt » détient un nouveau record !
Johanny Bert à la recherche marionnettique d’un corps utopique
Victoria Okada

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *