Classique

Haydn, Mozart et Beethoven au pianoforte, en trio, quatuor et septuor au Festival de Musique de Pâques de Deauville

Haydn, Mozart et Beethoven au pianoforte, en trio, quatuor et septuor au Festival de Musique de Pâques de Deauville

22 avril 2019 | PAR Yaël Hirsch

Ce dimanche 21 avril, la Salle de Elie de Brignac était comble pour le deuxième concert de la 23e édition du festival de Pâques de Deauville. Alors que le programme nous a menés du baroque aux romantiques avec cohérence, la soirée a culminé avec une exécution éblouissante du septuor pour vents et cordes op. 20 de Beethoven.

Avec un vrai pianoforte sur scène (et Justin Taylor sur le tabouret), la soirée a commencé avec le trio pour violon, violoncelle et pianoforte no 26 en Do mineur de Haydn (1788). C’est vraiment le clavier ancien qui donne le « la » très mélodieux du premier des deux mouvements de l’œuvre qu’appuie avec intensité le violon baroque de Julien Chauvin, avant que ce dernier ne reprenne le dessus dans cet andante inaugural et nous mène vers plus de joie et de légèreté. Le violoncelle de Victor-Julien Laferrière fait écho et ligne de basse. Le pianoforte nous renvoie à la mélancolie du mineur et les deux instruments à cordes jouent ensemble un contrepoint intense à sa tristesse qui semble venue d’un temps ancien. Et la conversation à trois voix finit en acmé par une communion des trois instruments.

Après un petit moment pour s’accorder, le deuxième mouvement « allegro spirituoso » nous emporte à l’unisson des trois instruments avec, à temps, l’instauration d’un véritable suspense. Le violon se fait intense, le clavier marque le rythme et l’on retient son souffle jusqu’à la fin.

Après une brève pause, l’altiste Pierre Eric Nimylowycz rejoint le trio pour le quatuor no2 pour piano et cordes en mi bémol majeur de Mozart, contemporain des Noces de Figaro (1786). La première note de l’allegro est majestueuse et commune; elle nous prépare à la mélodie variée, reprise en écho par le violoniste virtuose, l’alto et le pianoforte. C’est vif et cela donne envie de danser, que ce soit le pianoforte ou le violon qui mène… Les échos entre instruments apportent un peu d’ombre et une tension sérieuse à cette épopée enlevée qui finit par se résoudre.

Nouveau moment pour s’accorder, notamment le pianoforte, qui nous emmène ensuite d’un pas décidé et scandé dans le Larghetto. Les quatre instruments lui répondent avec infiniment de douceur et de constance.

Mélodieux et unanimement joyeux l’Allegretto final nous plonge avec tous les instruments dans ce que Mozart propose de plus brillant, le trio venant souvent appuyer les propositions d’envolée ou de douceur du piano. Jusqu’à ce que le trio pince et commence à mettre fin à ce dialogue aux multiples rebonds.

Après un entracte sous un ciel bien plus humide, nous disons au revoir au pianoforte et faisons place à quatre nouveaux musiciens: le contrebassiste Michele Zeoli, le clarinettiste Toni Salar-Verdu, Nicolas Chedmail au cor et Javier Zafra au basson, pour le septuor pour cent et cordes opus 20 en mi-bémol mineur de Beethoven (1800). Les quatre vents sont d’un côté, les autres solistes sont face à nous pour former deux groupes distincts.

Très majestueux et lent, l’adagio rythme un chant lancinant auquel répond la virtuosité du violoniste -chef d’orchestre absolu- qui nous emporte littéralement avec lui vers un allegro brillant bientôt repris en écho par le basson. Puis, c’est au tour de la clarinette de briller avant que les cordes ne nous fassent danser. Il y a presque quelque chose de folklorique quand clarinette, cor et basson, se répondent avec joie et vivacité.

Romantique et chantant, l’adagio cantabile est mené par une clarinette chaude et suave. Tout aussi amoureux, le violon reprend et nous enlace avec douceur. Le cor mène ensuite avec générosité et lenteur, suivi puis rythmé par l’ensemble infiniment doux et heureux.

Le menuet suivant se déroule avec une vivacité lumineuse où le violon est un phare. La suite est un festin de cordes en trio : violon, violoncelle et alto ont leur moment d’apesanteur soutenus par la basse et les 3 autres instruments. Les variations sont ensuite dans le camp de la clarinette et du basson. Et les notes sont presque operesques tellement elles sont entraînantes. Le mouvement suivant est presque militaire mais reste enjoué, avant un andante profond et grave où le cor annonce la venue d’un moment intense. Puis les cordes repartent de plus belle dans le vif, pour finir ce dernier mouvement andante avec majesté et grâce.

Une exécution à la fois parfaite et impétueuse d’une œuvre puissante, qui a emporté le public de Deauville tout à fait dithyrambique.

Rendez vous ce lundi de Pâques pour un nouveau concert, gratuit, à 16:00 avec une programmation contemporaine (Bartok, Xenakis, Taira, De May).

Visuels : YH

A noter : Le concert de ce dimanche 21 avril sera diffusé prochainement par France Musique.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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