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Edward Elgar, Ralph Vaugham Williams : Le festival Radio France Occitanie Montpellier est à l’heure anglaise

Edward Elgar, Ralph Vaugham Williams : Le festival Radio France Occitanie Montpellier est à l’heure anglaise

25 juillet 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

Cette année, le Festival Radio France Occitanie Montpellier (FROM) se consacre à la musique anglaise. Le 21 Juillet 2022, l’Orchestre National de France interprète, au Corum de Montpellier, Sea Pictures d’Edward Elgar et la Sea Symphonie de Ralph Vaugham Williams, sous la direction de Cristian Maceralu.

« Tout anglais est une île ». Rien d’étonnant à ce que ces deux œuvres insulaires soient dédiées à la mer. Elles nous conduisent dans l’Angleterre de la Reine Victoria et d’Edouard VII. C’est une période de renaissance pour la musique classique anglaise. Le concert de ce soir a été enregistré pour France Musique et pour les radios publiques, Italiennes et Roumaines. Le chef Cristian Macelaru est directeur musical de l’Orchestre National de France depuis deux ans.

Cinq poèmes, cinq mélodies pour célébrer la mer

Edward Elgar (1857- 1934) a 42 ans lorsqu’il compose les « Sea Pictures ». Il s’agit de cinq mélodies, pour orchestre et contre alto, composées à partir des textes de cinq poètes différents. L’œuvre sera créée le 5 10 1899 à Norwich sous la direction d’Edward Elgar, avec comme soliste la célèbre contre alto Clara Butt. Il s’agit d’une œuvre romantique de grande ampleur, à l’orchestration somptueuse. Elle est interprétée ce soir par « l’enfant du pays », la mezzo soprane Marianne Crebassa. Née à Béziers le 14 décembre 1986, elle a fréquenté l’école de musique de Sète puis le conservatoire de Montpellier. Elle a rencontré son public, ici même, au Festival Radio France, il y a maintenant douze ans. Le premier chant « Slea Slumber Song est une berceuse de la mer. Le poème « In Haven, Capri » a été écrit par l’épouse du compositeur. Cette déclaration d’amour est un solo, les cordes se font légères pour accompagner la cantatrice. « Sabbath Morning at Sea » est un poème mystique : la musique est solennelle, évoquant la force des vagues, la puissance des éléments. Le spectateur pourrait imaginer un paysage maritime sauvage. Les accents romantiques suscitent des «vagues d’émotions ». « Where Corals lie » est empreint de mélancolie. La voix de Marianne Crebassa est enchanteresse, d’une grande ampleur de tessiture, elle est chaude, enjôleuse, en particulier dans ses graves. The Swimmer a été écrit par le poète Australien Adam Lindsay Gordon qui se suicida à 37 ans. Quel contraste avec les mélodies précédentes : le Swimmer débute par le fracas du tonnerre ! Les accents tourmentés de l’orchestre le prouvent : les éléments sont déchainés même si la tempête sera finalement surmontée.

Un hymne à l’océan et à l’existence

Ralph Vaugham Williams (1872-1958) composa la Sea Symphony, sa première symphonie, entre 1903 et 1909. Il s’inspirera de la musique folklorique et des chants populaires anglais qu’il contribuera à promouvoir. C’est une symphonie chorale, une œuvre épique, très expressive, au souffle romantique puissant. Elle est écrite sur des textes du poète américain Walt Whitman. Outre l’orchestre, interviennent le chœur de Radio France, un baryton et une soprane.
« Song for all seas, all ships »: le début du premier mouvement est éclatant, comme un coup de clairon, la musique est d’emblée majestueuse, solennelle. « Behold the Sea » : ainsi débutent les choristes. Chœur et orchestre sont puissants, grandioses dans cet hymne à l’océan. « On the Beach at Night, alone» pourrait être un nocturne contemplatif. C’est la nuit, tout est calme mais on entend un bruit sourd, le clapotis des vagues, puis leur grondement. Le chant du baryton s’élève doucement paisiblement, c’est une prière, un culte dédié à la mer. La musique est très belle, très émouvante. Le mouvement se termine dans un simple murmure, comme si la mer s’assoupissait. Le troisième mouvement, « The Waves » est le plus suggestif. La musique est vive, agitée. Grâce à la riche orchestration, l’auditeur perçoit le flux et le reflux des vagues, les balancements d’un bateau sur la mer. Les chœurs sont très solennels, force et plénitude nourrissent cette musique à la gloire de la nature. Le dernier mouvement est d’inspiration métaphysique. Le chœur initial est d’une grande douceur, deux harpes accompagnent les choristes. C’est le temps de la réflexion, un chant quasi religieux. « O we can wait no longer » est un duo entre le baryton canadien Gerald Finley et la soprane belge Jodie Devos (qui a accepté de remplacer Lucie Crowe indisponible). Magnifique duo. C’est un chant d’amour superbe, très émouvant. Puis un duo d’une grande pureté nous conduit vers une forme de transcendance avant une reprise fougueuse et grandiose des chœurs et une fin dans un simple murmure, comme si la mer se retirait.
Le festival Radio-France Occitanie Montpellier nous a permis de découvrir deux œuvres majeures du répertoire britannique, habituellement peu jouées en France. Deux œuvres emblématiques de la renaissance musicale anglaise survenue à la belle époque. « Deux épopées maritimes » qui nous offrent une musique spectaculaire, épique, animée d’un puissant souffle existentiel. Un concert inoubliable !

visuel : © Luc Jennepin 

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Jean-Marie Chamouard

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